Audrey Aragnou qui dirige le Muséum Henri-Lecoq depuis an et son adjoint Charles Lemarchand, s’emploient au quotidien à créer une nouvelle dynamique pour ce musée des sciences, installé au cœur de Clermont depuis 1873. Ils défendent bec et ongle, l’idée qu’un tel établissement doit valoriser l’histoire naturelle à travers ses collections patrimoniales mais aussi via des médiums contemporains comme la photographie, afin d’offrir au public un accès plus facile et moins figé de la discipline. La directrice réaffirme que le muséum veut sortir du cloisonnement et la photo, même poétique, est tout à fait en mesure d’appuyer un discours scientifique. L’exposition + 2 degrés / contre-feux en est le parfait exemple. Elle illustre une des conséquences du réchauffement climatique, le titre étant bien entendu, une allusion au rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C.
Témoignage photographique des mégafeux sur les îles grecques
Mayvonne Arnaud, est une photographe engagée, préoccupée par les questions de société. Très attentive aux formes spontanées d’organisation des individus, au fil des catastrophes, des mutations urbaines, des bouleversements territoriaux ou des exodes, elle observe depuis 2019 les conséquences du changement climatique, notamment les méga-feux de forêts. Elle s’est rendue, à de nombreuses reprises, en méditerranée où elle a été marquée par les mégafeux qui ont détruit des hectares et des hectares au début des années 2020, un phénomène consécutif au réchauffement climatique. La photographe a beaucoup arpenté les forêts calcinées, en particulier sur les îles grecques très touchées par ces mégafeux. En se rapprochant de la population locale pour comprendre « l’après », elle a porté son regard sur des sols jonchées de cendres qui témoignent des ravages provoqués par les incendies sur la faune et la flore. Ne pouvant pas témoigner de l’odeur, elle a cherché à évoquer via la photo, la disparition, interroger sur « le comment faire quand tout a disparu », en imaginant la trace.

De la noirceur à l’espoir
Maryvone Arnaud a construit un récit, en utilisant la forme du bandeau pour présenter ses clichés. Les premiers de forêts calcinées sont poignants et en même temps très beaux car l’artiste sait mettre en valeur la verticalité des seuls éléments restant après les incendies, les troncs d’arbre. Sa vision reste cependant optimiste grâce à un cheminement qui débute dans la désolation pour se terminer dans l’espoir de la renaissance, avec la nature qui se montre résiliente. Entre les deux, la poésie prend le dessus, les points verts réapparaissant dans un océan de matières grises.
Pour étayer son propos, la photographe a également procédé à des installations dans les vitrines typiques du muséum. Sur les étagères couvertes de cendres, des pots en verre contiennent les cendres présumées de végétaux et d’animaux, une manière d’illustrer cette notion de disparition, assez proche finalement de l’idée développée dans La Genèse, lorsque Dieu dit à Adam Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière.

Quand la photo permet de lire la nature
« Dans son travail, Maryvone Arnaud montre bien que là où un incendie se produisait en théorie et naturellement, toutes les N décennies, voir les N siècles, là, il arrive à se produire 4 fois par décennies » commente Charles Lemarchand. « La forêt n’a pas le temps de se reconstituer et au bout d’un moment, après plusieurs passages d’incendie sur le même endroit, le sol est complètement brûlé, la banque de graines au sol est également décomposée, on a donc une simplification de la flore qui s’installe et une forêt qui n’est plus fonctionnelle. C’est ce que montre cette exposition photo ».
«+ 2 degrés / contre-feux», l’expo photo de Maryvone Arnaud, muséum Henri-Lecoq de Clermont jusqu’au 26 mars 2026















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