C’est ainsi qu’Alexandre est grand ! est le nom du spectacle de Daniel Touraton, un seul en scène hommage aux chroniques de l’écrivain Alexandre Vialatte écrites de 1952 à 1971 et publiées (sauf 10), dans La Montagne.
Daniel Touraton connaît très bien, lui aussi, ce quotidien pour y avoir travaillé en tant que journaliste près de quatre décennies. L’heure de la retraite venue, il était temps pour lui de retourner au théâtre amateur un premier amour rencontré à 19 ans dans les locaux clermontois du CRAD, Centre Régional d’Art Dramatique.
Même si on a beaucoup vu Daniel Touraton sur scène, dans des rôles du théâtre classique, Alexandre Vialatte était devenu pour lui, un point de passage obligé, les fameuses chroniques apportant une formidable matière à interprétation.
“C’est terrible de faire des choix dans les textes des chroniques”
Olivier Perrot : Sans trop s’avancer on peut dire que tu aimes Alexandre Vialatte
Daniel Touraton : Oui j’aime Vialatte. Ça fait 50 ans que j’aime Vialatte… peut-être plus. C’est une coïncidence, mais on a été collègue pendant 6 mois au journal. J’y suis rentré en novembre 1970 et lui envoyait des chroniques depuis Paris. Il est mort au printemps 71, mais je ne l’ai jamais rencontré. Je lisais ses chroniques régulièrement, à peu près tous les matins je lisais une ou deux chroniques. Je trouvais cela génial et puis le temps a passé. J’avais laissé le boulot de comédien et mais un jour je me suis dit que ce serait bien de travailler les textes de Vialatte et non pas de les lire. Je voulais le dire à ma façon, à la façon dont je le ressens.
O.P : Vialatte a énormément écrit, ton seul en scène, dure une heure… il a fallu opérer des choix.
D.T : On ne sais pas ce que l’on choisit. Il a fait quelque 900 chroniques mais c’est plus facile de travailler sur les chroniques que sur les romans… donc les chroniques, je les ai toutes lues et là ça été l’enfer parce qu’on se dit ça c’est bien, et puis c’est bien aussi… et au bout d’un moment on s’aperçoit qu’on a trop de choses et qu’il faut faire des choix… c’est terrible de faire des choix dans les textes des chroniques de Vialatte. Il y en a toujours qui est meilleure que l’autre, on se rendrait fou avec cela. J’ai laissé beaucoup de chroniques que j’adore.
O.P : Tu as fait des choix de chronique qui finalement ne marchaient pas avec le public ?
D. T : Tout ce qu’il a écrit peut être dit, ce n’est pas un problème. Il faut juste arriver à trouver le bon rythme et la bonne respiration. L’auteur a sa propre respiration, cela se voit à la ponctuation. On s’interroge sur ce que renvoie l’auteur, plein de sensations et même des émerveillements. Alors il faut trouver comment le traduire, comment faire passer ce que l’on ressent et à qui. Qui va supporter pendant une heure que je lui raconte des trucs ? Cela a compliqué les choses mais au fond, pas tant que que ça, car à partir du moment où j’aimais toutes les chronique, je me suis senti à l’aise. Je n’ai pas été contraint, sur aucune chronique. Mais au final il y en a que j’aime plus que les autres. Celle sur les avares avec laquelle je débute, n’est pas celle que je préfère.
O. P : Vialatte est-il toujours d’actualité plus de 50 ans après sa mort ?
D.T : Je pense que c’est d’actualité car la poésie est toujours d’actualité. Il y a une forme de poésie et de fantaisie dans ce qu’il a écrit qui passe les années et les décades. Vialatte pour moi fait partie de ces écrivains, peu importe l’époque qu’il a choisie, et même décrite, reste cette force poétique, cette force d’évocation, ce regard biaisé sur les choses. Les seules choses qui sont datées sont les situations des événements… mais au fond son regard est presque un regard d’historien, talentueux en plus.
“Il déforme les choses, il a un côté surréaliste aussi…”
O.P : Vialatte parle-t-il encore aux jeunes ?
D.T : Non… il expliquait lui même qu’il était un auteur notoirement méconnu. C’est vrai que même en Auvergne, il n’y a pas énormément de gens qui connaissent Vialatte. Mais quand on voit le style de son écriture c’est quand même quelque chose. Moi ce que je fais, c’est rendre hommage à cette écriture, à cette façon de voir les choses, ce regard qu’il pose, sur les gens, sur les mœurs… c’est ça qui est important, mais maintenant, les jeunes ont d’autres préoccupations.
O.P : Le XXIe siècle est numérique. Si Vialatte vivait en 2025, tu penses qu’il utiliserait les réseaux sociaux ?
D. T : Oui mais je pense qu’il les utiliserait pour voir ce qui s’y passe et poser son regard sur ce qui s’y passe. C’est un observateur. Mais il déforme les choses, il a un côté surréaliste aussi… ça c’est intéressant mais est-ce que ça intéresse les jeunes ? Mon but c’est de leur dire lisez-le, régalez vous de cette écriture là, ce regard… c’est une nourriture.
O.P : Daniel Touraton a-t-il lui-même changé ?
D. T : Il a vieilli ! (rire). Dans la tête moins, mais des fois je me dis que je suis terriblement vieux. J’ai mal aux abattis, c’est terrible.
O.P : La question était plus sur le passage de la presse au théâtre, toujours la transmission mais finalement avec plus de liberté…
D. T : 38 ans dans la presse… Maintenant je fais un autre métier. C’est autre chose, j’ai tourné une page. La presse ça m’a beaucoup plu, c’était une grande et belle période de ma vie. Mais quand je suis entré dans la presse c’était pour abandonner mes désirs de comédien. Cela devait être mon métier mais on m’a dit “tu ne vas pas faire le saltimbanque, tu va jamais gager ta vie”. Je m’étais dit ok si je trouve de quoi bosser, tu parles en 1970 tu te baissais, tu ramassais un boulot.
O.P : Finalement le théâtre, la presse, la transmission, Vialatte… c’est cohérent.
D. T : Oui, c’est cohérent et peut-être que si je n’avais été journaliste, je n’aurais pas été intéressé par Vialatte.
Pour connaître l’actualité de Daniel Touraton et les prochaines dates de C’est ainsi qu’Alexandre est grand ! rendez-vous sur son site web.














Merci Olivier !!!!