À Clermont, l’année 2025 aura été marquée par l’accélération de la requalification du site Michelin de Cataroux. Alors que le PIC s’apprête ouvrir dans quelques jours, le Quartier des Pistes a entamé sa mue avec la déconstruction des bâtiments condamnés et la sauvegarde des structures qui seront réemployées pour accueillir les futurs activités du Quartier des Pistes.
Directeur de l’ensemble du programme et président de la SAS Cité du mouvement, Jean-Paul Chiocchetti suit avec attention et engagement, l’évolution de l’ancien site industriel appelé à devenir un nouveau quartier de Clermont.
Un quartier animé 7 jours sur 7
7 Jours à Clermont : Dans quel état d’esprit travaillez-vous sur ce projet ?
Jean-Paul Chiocchetti : L’état d’esprit est d’ouvrir le quartier sur la ville, ça c’est très important, renforcer l’attractivité du territoire, faire en sorte que chaque visiteur, ils seront probablement plus de 400 000 par an, puisse vivre une expérience. Et puis, je ne l’oublie jamais, en faire un quartier animé 7 jours sur 7. Ce n’est pas un agglomérat de destinations où l’on ne viendra qu’une fois, il faut que chaque visiteur ait envie d’y revenir.
7JàC : Comment présentez-vous ce projet de nouveau Quartier des Pistes ?
J-P. C : Ce n’est pas facile de le décrire avec les mots. En fait ce sont des projets aussi divers que variés. On a des pôles d’attractivité qui sont des expériences, je pense à la cité du mouvement, je pense à la cité verte, à la F4… là on vit quelque chose d’un peu particulier, on a des destinations plutôt patrimoniales, je pense à l’Aventure, je pense au Very Food Trip, on a des destinations plutôt liées à l’hospitalité, des logements, un hôtel plutôt décalé, et puis on a aussi des destinations qui sont des lieux de vie habituels dans une ville, comme une salle de spectacle, tourisme d’affaires, loisir, commerce.
7JàC : L’ouverture des pistes sera un élément moteur…
J-P. C : Le quartier des pistes, sans les pistes… ce n’était pas possible. Elles ne sont plus en activité depuis maintenant 25 ans et on va leur redonner vie dans un peu moins de 5 ans, en en découvrant une partie, pour offrir une accessibilité avec libre déambulation pour que les visiteurs puissent se rendre compte à quoi elles servaient, quels en étaient les usages, et puis on va garder le pont roulant et les 5 pistes au nord, dans lesquelles nous mettrons des attractions. On pense à l’expérience immersive qui pourra nous permettre de revivre ce qu’il s’y passait, c’est à dire des tests d’endurance tourisme et poids lourds à l’époque pour Michelin. Mais on pense à plein d’autres usages, comme des escapes games, un certain nombre d’activités, qui permettront de vivre à l’intérieur des pistes quelque chose que l’on aurait jamais imaginé faire depuis 100 ans.
7JàC : Expliquez-vous ce que sera la Cité du mouvement
J-P. C : La cité du mouvement est peut-être l’objet dans lequel on a le plus de mal à se projeter car il n’existe nulle part. Il vient de l’idée novatrice de dire que les gens sont de plus en plus sédentaires, bougent de moins en moins et finalement des maladies chroniques apparaissent avec des difficulté d’autonomie et de fin de vie. C’est un problème de santé publique mondial. Cette cité du mouvement sera un démonstrateur. On a travaillé avec le CHU et l’Université. On a développé le concept, sous l’égide de l’ASM omnisport et je l’ai présenté à la Cité des sciences qui est prête à nous suivre et à nous aider. On a travaillé la scénographie, la muséographie, on a agrégé des investisseurs qui ont envie de prendre un risque avec nous. Comme c’est un problème de santé publique et que le projet est décalé, j’ai des partenaires qui croient d’abord au concept avant la rentabilité de leurs investissements. Ce projet, qui n’est pas une salle de sport, coûtera au départ, un peu plus de 15 millions d’euros. Il offrira une expérience individuelle, permettant de comprendre pourquoi il est bon de pratiquer une activité physique tous les jours, de mieux manger et de mieux dormir pour vivre plus longtemps en bonne santé. On y ajoutera un test individuel de vitalité, qui tiendra compte des capacités propres et sera scientifiquement prouvé par le CHU et l’UCA, pour délivrer une recommandation personnalisée, d’activité physique, d’alimentation et de sommeil que chacun pourra, ou non, mettre œuvre.

« dans 10 ans, on pourrait avoir la latitude de Pau »
7 Jours à Clermont : Vous insistez beaucoup sur le caractère écologique du projet. Le changement climatique en est-il un moteur ?
Jean-Paul Chiocchetti : La volonté était d’être écolo. Ma première préoccupation était de me projeter dans l’évolution climatique de Clermont. J’ai travaillé avec les experts français, notamment Franck Boutté qui a été l’homme de la transition écologique 2022. Après toutes les études, et j’ai été le premier surpris, on a partagé l’évolution climatique de Clermont, on peut penser que dans 10 ans, on pourrait avoir la latitude de Pau, dans 25 ans celle de Marakech et on le vit déjà aujourd’hui l’été. L’idée est de penser que finalement, on fait un lieu de vie pour des décennie et qu’il faut prendre en compte cela. Construire un espace vert, ce n’est pas déconstruire quelque chose et planter une pelouse, c’est utiliser des techniciens environnementaux pour savoir comment planter 300 arbres, à quel endroit, analyser l’ombre, le soleil, la protection pour faire des îlots de fraicheur, pour en faire finalement un « quartier dromadaire » et en en faisant un quartier exemplaire en terme de conservation de patrimoine.
7JàC : Le projet n’est-il pas un peu surdimensionné ?
J-P. C : C’est une bonne question. Ma préoccupation depuis le début, est de venir complémenter l’offre de Clermont-Ferrand, absolument pas d’être en concurrence avec qui que ce soit. Simplement, quand on parle aux preneurs, qui ont leur business model et qui ont fait des études de marché, ils voient finalement qu’il y a un attrait sur Clermont, que le quartier viendra renforcer. On imagine bien que pour les investissements privés, je pense notamment à la salle de spectacle, ils ne vont pas s’engager à investir en ne pensant que le marché est là. Pour beaucoup de gens ça fait peur, mais on espère un peu de concurrence mais surtout beaucoup plus d’offre que ce que l’on a aujourd’hui.
7JàC : Comment le quartier des Pistes va-t-il s’inscrire dans Clermont ?
J-P. C : Ce ne sera pas un quartier à part, on viendra chercher un lieu de vie particulier. J’habite Clermont depuis une vingtaine d’années ; si j’ai envie d’y passer un bon moment un dimanche, il faut m’indiquer où aller parce que je n’ai pas encore trouvé… ici je veux faire en sorte qu’il y ait une animation régulière avec des professionnels, que l’on donne envie de venir, en apprenant quelque chose, que l’on s’éduque, que les enfants soient contents, tout comme les parents et les grands-parents et qu’ils y reviennent. L’idée est bien de venir et revenir.
7JàC : Pour qui sera construit ce nouveau quartier ?
J-P. C : Notre volonté est de faire de ce quartier soit un quartier inclusif. L’inclusion, on va la faire avec beaucoup de partenaires grâce à ma deuxième casquette de président de l’ASM omnisport. En partenariat avec toutes les associations, on va faire en sorte que la destination soit de santé publique par exemple avec la Cité du mouvement, mais aussi amener la population à venir apprendre quelque chose en traversant le boulevard pour profiter de ce qui sera offert. La cité verte proposera beaucoup d’emplois aidées et l’on voudrait que ces emplois soient occupés par des habitants des quartiers Nord de Clermont.
7JàC : Les murs et les fil de fer barbelé de Cataroux va-t-il disparaître ?
J-P. C : Ce sera un quartier ouvert de façon visuelle, mais il y aura quand même 4 entrées, car on veut prendre un peu le mode de fonctionnement du jardin Lecoq. Le quartier devrait être ouvert à tout le monde entre 6 heures du matin et 1 heure du mati, pour pouvoir nettoyer et en faire un parc sécurisé.
7JàC : Finalement ce nouveau Quartier des Pistes va permettre de faire perdurer l’accompagnement de Clermont par Michelin débuté depuis très longtemps…
J-P. C : Oui, moi je le prends comme cela. Est-ce que je continue ou je fais perdurer ? En tout cas je remercie Michelin de nous donner les moyens de le faire, d’en être les animateurs. Ma plus grand fierté est d’avoir pu agréger en moins de 4 ans, des partenaires aussi divers, publics et privés qui ont trouvé un intérêt au projet et qui contribuent à l’enjeu. Cela a été difficile car il a fallu qu’ils croient à la complémentarité en investissant surtout, et je n’ai pas peur de le dire, dans une petite ville de province. J’ai eu plus de mal à agréger les partenaires à Clermont que j’en aurais eu, si j’avais proposé cela à Lyon, Marseille ou Paris. Le défense du territoire m’anime depuis le début.
lire aussi nos articles Florent Menegaux, président de Michelin : « le quartier des pistes sera grand public » et Stefano Favretto, l’homme qui va redonner vie aux Pistes Michelin





Commenter