C’était au centre de Clermont, au cœur vibrant du Massif central, dans les rayons des Volcans. Difficile d’éviter cet incipit facile, au milieu des livres de la 16e librairie de France, pour rencontrer son cogerant, Philippe Pelade.
L’évolution principale de la métropole clermontoise est assurément son offre culturelle qui a sorti ses villes d’une certaine tristesse. Sa place majeure dans le bassin auvergnat est une réalité. C’est dans ce cadre que les transports et le dynamisme commercial apparaissent des enjeux pour l’avenir.
Une dimension véritablement régionale
Éric-Marie Gauthey : Philippe Pelade, décrivez-nous votre parcours.
Philippe Pelade : Je suis né à Thiers. J’ai fini mes études à Clermont où j’ai ensuite travaillé dans diverses enseignes, dans le monde de la librairie depuis 1999, aux Volcans depuis 2005. Je fais partie des douze fondateurs ayant repris l’activité sous forme de SCOP en 2014 et j’en assure la cogérance avec Boris Surgeon depuis deux ans et demi (…). La SCOP Les Volcans (dont la librairie de Riom) emploie 49 salariés pour un chiffre d’affaire annuel de 8 millions d’euros (…).
É-M.G : Vous êtes très attaché à ce territoire. Cette image de ville noire et triste est sans doute un cliché, qui peut avoir la vie dure. Qu’est-ce qui a vraiment changé ?
P. P : Je me souviens très bien du Clermont des années 80-90. Une ville où il ne se passait pas grand-chose, où il n’y avait pas ou peu d’équipements (…). C’était assez pauvre à vrai dire. Il y avait beaucoup d’ennui.
Aujourd’hui, quand vous voyez la profusion de l’offre culturelle, il y eu très clairement une évolution majeure, autant en termes de propositions que d’équipements. La ville elle-même s’est étendue sur cette période. Elle a une dimension véritablement régionale. C’est une ville très étudiante et ce n’est pas anodin.
Révolution culturelle et dimension régionale
Éric-Marie Gauthey : Travaillant dans le domaine du commerce, vous êtes très naturellement en contact avec le public. Il a évolué au cours de ces années ?
Philippe Pelade : La dimension universitaire est une singularité. La demande est forte et marquée pour ce public d’étudiants, enseignants, chercheurs. Dans notre domaine du livre, cela veut dire des demandes et attentes au-delà du livre de divertissement par exemple.
É-M.G : Cette singularité n’est pas mise à mal par le numérique ?
P. P : Oui, c’est une préoccupation, pour le commerce en général (…). Et dans le domaine du livre, de la lecture, il ne s’agit pas pour nous de lutter (…) mais de se démarquer, y compris sur le net. Nous allons refonder et densifier notre espace en ligne et ses offres.
É-M.G : Quel regard avez-vous sur l’évolution urbaine, économique, sociale de l’agglomération clermontoise ? Le clermontois d’aujourd’hui est-il le même qu’il y a 20, 30 ans ?
P. P : Sur l’économie, on ne peut pas ne plus évoquer Michelin, qui reste un moteur économique central, mais les choses ont changé. Ce n’est plus « Michelin ville ». Et les clermontois ont changé, particulièrement depuis une dizaine d’années, avec une population beaucoup plus diverse (…), assez jeune, dynamique. Clermont est le poumon de l’Auvergne.
É-M.G : Cette dimension métropolitaine, vous la ressentez dans votre activité ?
P. P : Oui, très clairement et au-delà de la Métropole. Nos clients viennent du bassin d’attraction de Clermont. Il ne faut pas oublier que Clermont (la métropole) c’est la moitié des habitants du Puy-de-Dôme qui pèse pour la moitié des habitants de l’ancienne Région Auvergne.
É-M.G : On s’approche d’une période électorale singulière, car les municipales sont au plus près des préoccupations locales. Au-delà des préoccupations que tout un chacun peut légitimement avoir, pour vous, quels sont les enjeux essentiels pour nos villes, ces prochaines années ?
P. P : L’une des clés est le transport, dans l’agglomération et hors agglomération. Nous y sommes confrontés pleinement dans notre activité.
Hors agglomération, c’est tout le problème posé par les temps d’accès, de Paris ou d’ailleurs qui constitue un vrai frein et une vraie difficulté pour faire venir des auteurs (…), un besoin essentiel pour une activité comme celle des Volcans.
Au sein de l’agglomération, l’interrogation est de savoir quelles conséquences auront sur le centre-ville les projets en cours (InspiRe).
L’enjeu des transports, l’enjeu du commerce de centre ville
Éric-Marie Gauthey : Vous aviez eu un précédent, avec le tram, juste en face des Volcans ?
Philippe Pelade : Tout à fait, et positif (…). Je n’ai pas de jugement sur ces sujets. J’appréhende les effets sur le rapport des clermontois à leurs déplacements (…) mais, surtout, pour les habitants hors agglomération et leur pratique du centre- ville de Clermont. En faisant simple : quelle sera l’attractivité (commerçante) du centre face à ces questions de déplacements et des commerces en périphérie. Un autre enjeu est de défendre le territoire.
É-M.G : Parce que l’on est menacé ?
P. P : Non, mais nous sommes très mauvais pour nous vendre. Très souvent ce sont des personnes extérieures qui parlent en bien de Clermont, de sa région.
C’est un enjeu d’attractivité de nos territoires (…). A notre niveau, ça passe par la qualité d’accueil des auteurs et autrices à laquelle nous attachons beaucoup d’importance, depuis plusieurs années.
Enfin l’enjeu du commerce dans nos villes, mais aussi du comportement des consommateurs est important. Peut-on facilement accéder aux commerces ? Veut-il toujours des commerces physiques ? Préfère-t-on se faire livrer ? Toutes ces questions se posent.
É-M.G : Le commerce en ligne échappe au cadre des municipales ?
P. P : Oui, bien sûr, mais l’action publique peut être plus ou moins forte pour aider au maintien, voir au développement du commerce physique, en ville (…). C’est un enjeu car le commerce physique crée du lien.
« Il ne faut pas baisser les bras, au contraire »
Éric-Marie Gauthey : Pour cet enjeu, commercial, donc économique et social, on a d’un côté des grandes enseignes, volatiles, le commerce en ligne et puis on a des commerces comme le vôtre, en SCOP. C’est un montage d’intérêt pour maintenir des activités de commerces, de services ?
Philippe Pelade :Ça peut être une réponse, pas la seule. Les SCOP ne sont pas délocalisables, ne peuvent pas être rachetées. Ce sont aussi des aventures collectives, obligatoirement. Dans notre cas les douze fondateurs avaient besoin de porter le projet ensemble (…), il n’était pas envisageable par une où deux personnes. Mais c’est bien un modèle qui s’adapte et peut s’adapter à beaucoup d’activités (…).
Mais, vraiment, le véritable enjeu c’est le devenir du commerce de centre-ville. C’est difficile aujourd’hui mais il ne faut pas baisser les bras, au contraire.
C’est pour cela que nous étendons notre espace rencontres et créons un café. C’est pour renforcer un espace de convivialité, avec un vrai service. Cela participera de la dynamique du quartier des Salins, avec les autres cafés ou restaurants, avec la Comédie, la Maison de la Culture. Avec le KAP, nouveau learning center, un formidable outil pour les étudiants, qui remplace la bibliothèque Lafayette et avec, demain, la Grande Bibliothèque (…) !
É-M.G : Les Volcans sont une référence aujourd’hui pour Clermont, à l’instar du Furet à Lille, de Mollat à Bordeaux ou d’Ombres Blanches à Toulouse ?
P. P : Oui, de manière évidente pour le centre (de la France). Nous sommes au 16e rang national et Les Volcans sont réputés pour ses animations, plus de 300 par an et très diversifiées, bien au-delà des seules rencontres d’auteurs et d’autrices. (…). C’est un lieu de commerce, mais c’est un lieu culturel, connu et reconnu (…) dans la France entière. Nous sommes persuadés, comme pour nos villes, qu’il faut travailler sur l’image. On vend les Volcans, on vend l’image de Clermont en même temps (…).





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