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On vit une époque formidable

Bon, je le sais bien, ce titre a déjà été déposé il y a trente ans. Au fil d’une BD de référence, l’impertinent Jean-Marc Reiser y décrivait alors, sur le ton d’un humour désabusé, les errements d’une société en train de basculer dans l’ère du tout et n’importe quoi. Trois décennies plus tard, rien ne s’est arrangé si ce n’est que la dictature des réseaux sociaux est venue en rajouter une belle couche sur la manière de manipuler les informations.

En marge des tragédies quotidiennes qui font vaciller la planète, le petit monde du sport et celui du Rugby en particulier n’échappe pas aux loufoqueries ambiantes.

Comme chaque année quand tombent les premières feuilles de l’automne, l’organisme censé gérer le secteur pro de la balle ovale et son diffuseur TV patenté tentent de faire le buzz en conviant quelques peoples à une très bobo-parisienne ‘’Nuit du Rugby’’. 

Je m’voyais déjà…     

Sébastien Chabal et Jamel Debbouze.

   

Cette saison, 63 ans après les débuts d’Aznavour (mais ça n’a rien à voir bien sûr), la quinzième édition du pince-fesse ovoïde avait lieu sur la mythique scène de l’Olympia où Jamel Debbouze et Sébastien Chabal étaient en charge de chauffer la salle.

Le palmarès de la cérémonie a pu avoir le don de dérouter quelques esprits cartésiens.

-Que pour la première fois une joueuse, la Rennaise Caroline Drouin, soit mise à l’honneur, c’est super.

-Que les joueurs désignent le Lyonnais Baptiste Couilloux comme meilleur jeune, rien d’anormal jusque-là.

-Qu’ils élisent Bastareaud meilleur international de l’année…c’est bien la preuve, vu les perfs du XV de France, qu’au’ « au royaume des aveugles… ».

-Que le meilleur joueur du Top14 soit le talentueux ouvreur d’Oyonnax Benjamin Botica, néo-zélandais…voilà qui confirme ce qui précède.

-Que Jérôme Garcès reçoive la médaille d’or des arbitres, why not ? …c’est chacun son tour.

-Que le collège des entraîneurs honore les staffs techniques de Perpignan et Castres…quoi de plus logique puisqu’ils sont champions respectifs en ProD2 et Top14.

Sauf qu’en 2017 Azéma et consorts, pourtant champions, avaient vu la chose leur passer sous le nez au bénéfice du truculent Collazzo et de son état-major Rochelais, auteurs, il est vrai, d’une bien belle saison mais pas champions. Comme quoi la formule de notre championnat est sûrement un chouïa bancale.

 

Mystères et vox populi

Mais passons tout de suite aux ‘’votes du grand public’’ sur internet c’est-à-dire la porte ouverte à toutes les fenêtres comme on dit chez Windows…à moins que ce ne soit chez Gad Elmaleh, je ne sais plus trop.

Sans mettre en cause la qualité des actions en question, quel crédit apporter au choix du plus bel essai de l’année (La Rochelle dans un match face à Montpellier) ou à celui du plus beau geste de Fair Play (le Toulousain Gray protégeant le Lyonnais Bruni blessé au sol) ? Sachant que l’ASM était nommée dans cette dernière catégorie pour une haie d’honneur (ne pas confondre !) faite au Rochelais…c’est dire l’importance de la distinction !

Quant au trophée du meilleur public, qui avait été le lot de consolation offert l’an dernier aux Clermontois, il est donc revenu aux bretons du RC Vannes ! Étonnant non ? 

Loin de moi l’idée que les supporters vannetais ne mériteraient pas cet honneur.

Renseignements pris ils sont régulièrement 7000 à garnir les travées du stade de La Rabine et, parait-il, très bien élevés même lorsque l’adversaire prend la raclée et qu’ils scandent « Ici, ici, c’est La Ra Bine ! ».

Mais qui, ailleurs que dans le Morbihan et ses alentours, pouvait-être au courant de ça hormis quelques poignées de supporters visiteurs venus pour l’occasion tester les biscuits locaux, l’andouille de Gémené (à proximité) ou les produits de la mer qui font la réputation du Golfe ? Il y a aussi les éventuels accros de la PROD2 scotchés devant leur télé le vendredi soir mais cela ne va pas chercher bien loin. 

La vessie et la lanterne    

Les bretons eux-mêmes seraient-ils donc en l’occurrence les rois du lobbying électronique ?

A moins que Justin Bridou, qui parrainait le trophée, n’ait mis la pression sur ses relations dans une région qui produit les deux-tiers du cheptel porcin français.

Un peu plus bas sur la côte, les Rochelais n’auraient-ils pas eux aussi mérité une palme d’or lorsqu’on sait que le stade Marcel-Deflandre vient d’accueillir son 48ème match consécutif à guichet fermé ?

Vous me direz que tout cela n’est pas bien grave puisqu’il qu’il ne s’agit que de sport. Et en plus, qui peut bien s’intéresser à ce mystérieux palmarès de la Nuit du Rugby en dehors de ses organisateurs, des récipiendaires et de leurs proches ?

Beaucoup d’interrogations pour pas grand-chose. J’en serais presque à me demander pourquoi je vous ai parlé de tout cela !

Ah si, quand-même. De prime abord ça n’a rien à voir mais, sans s’écarter bien loin, quand on découvre le classement des restaurants clermontois par les internautes de Tripadvisor, une certitude nous étreint :

La soi-disant vox populi révèle une forte tendance à « nous faire prendre la vessie pour une lanterne ».

« Et alors ?

Et alors, … on se brûle ! » rétorquait le Sar Rabindranath Duval, alias l’irremplaçable Pierre Dac.

(NDLR : que les moins de 50 ans – et les autres – aillent se régaler sur Youtube: https://www.dailymotion.com/video/x2ed95q )

 

 

À propos de l'auteur

Yves Meunier

Yves Meunier

Bourbonnais originaire de Gannat où il s’est essayé au rugby sous le maillot de l’ASG pendant une douzaine d’années. Diplômé d’Etudes Supérieures en Sciences Economiques à l’Université de Clermont. Journaliste à France3 Région de 1972 à 2007. Aujourd’hui impliqué avec des amis dans une aventure viticole du côté de Saint-Emilion et toujours en prise avec le sport auvergnat au sein de l’Union des Journalistes de Sports en France.

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