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Il n’y a pas que Murrayfield, le rugby et la bière!

Le motif personnel de cette escapade d’avril à Edinburgh n’a que peu d’intérêt, si ce n’est pour poser le cadre d’un rassemblement familial et d’amis pour des anniversaires multiples.

Bien plus étonnant aura été cette météo improbable avec quatre journées continues de ciel (presque) bleu. Pas sûr que cela arrive ne serait-ce que tous les dix ans dans la capitale écossaise !

Alors forcément, parlant météo, comme à Dublin ou sous d’autres cieux, on ne peut s’empêcher de faire le lien entre ces climats hostiles qui, si souvent, s’enflent de tempêtes et alourdissent le ciel jusqu’à ramper sur terre, qui teintent de gris et de sombre les esprits les plus enthousiastes comme les portes les plus colorées et le sens de l’hospitalité, la chaleur des rapports, le goût de la fête, le refuge du pub et autres cèilidh.

Le cèilidh ? Un fait social

Car c’est de ce mot gaélique (version scottish) dont il s’agit. Il rassemble encore, en toutes circonstances, les générations pour des danses que l’on (que je) qualifierait dédaigneusement de folkloriques de notre côté de la Manche. En kilt, en joie, en claquement de talons et écrasements de pieds à en faire trembler le parquet jusqu’aux Hébrides ! Le cèilidh est un fait social, pas du folklore pour touristes.

Petits et grands, old school ou jeunes actifs exilés aux quatre coins du monde, toutes et tous retrouvent alors sur la piste (et au bar, obligatoire), la saveur d’un moment, le rythme codifié mais très tolérant dans son respect de pas de deux ou de tous orchestrés par un maître de danse impassible quant à l’anarchie qui règne parfois sur la piste. Et cela n’a pas l’air simple (j’ai joué là mon rôle favori d’observateur, à défaut de participer – lamentablement je dois l’avouer – à ces diableries) !

Comme chaque pas s’enchaîne dans une réaction de groupe, le moindre écart, le moindre accroc se répercutent en cascade et brisent la tentative d’harmonie. Outre les pieds écrasés déjà mentionnés, c’est les rires qui fusent alors. Et l’essoufflement. C’est que c’est physique un cèilidh ! Pas question d’être fatigué ni estropié pour soutenir les sets pendant deux ou trois heures. Les voltes et virevoltes se ponctuent de « polka ! » clamés d’une voix de stentor par le maître de danse, à son affaire.

Certains sets amènent au final chacune et chacun à se croiser au moins une fois, passant de l’une à l’autre en croisements de bras, prise de main ou de taille. Les pas ne glissent jamais. Ils cognent, ils frappent, ils claquent et, au fil des heures, les genoux se plient et se lèvent moins, les gestes sont moins assurés, les visages plus rouges où perle la chaleur de l’effort. Ça explique peut-être qu’au fur et à mesure se délite la chorégraphie et se vident les pintes. Ou inversement.

Un soleil trompeur

A ces motifs les lendemains sont brumeux, sans lien avec la météo clémente. Déambuler dans la ville sous les rayons du soleil est trompeur. La pierre des bâtisses élégantes se pare d’un beige-ocre qui n’était pas dans mon souvenir, pluvieux et glacial, d’une précédente visite. La foule surtout est surprenante.

Bien sûr il y a ce mélange des genres et des styles si typically british. Mais plus encore, ce phénomène tout à fait singulier et pour le coup très scottish. C’est que les Ecossais, au premier rayon de soleil sont trompés comme la nature aux premières chaleurs. Ils croient que c’est l’été ! Alors que nous autres continentaux, à qui il ne faut pas le faire, gardent prudemment écharpes et manteaux, les voilà qui arpentent Princes street en short, débardeurs, et autres tongues (si, si !).

Arthur’s Seat rayonne sur la ville du haut de ses 251 mètres tandis que, sur Calton Hill, des groupes en haillon savamment passementés d’oripeaux déroulent des cérémonies païennes et barbares (au sens où les romains l’entendaient) autour du monument national. Difficile, malgré les questions posées alentours, de savoir s’il s’agissait d’une répétition en vue du festival de fin août, d’une tradition estudiantine locale ou d’une survivance des Pictes.

Une demi-heure plus loin, à North Berwick, le soleil est toujours là pour magnifier le paysage côtier et son petit port devenu chic. Les nuages passent vite, comme cette brève escapade qui s’achève au cri des goélands.

À propos de l'auteur

Eric Gauthey

Né avec la crise des missiles de Cuba, son enfance, ses études et ses premières années de la vie d’adulte furent nomades.
Au début des années 90, il émigre à Clermont-Ferrand pour se sédentariser. Son métier, non moins sédentaire, l’engage dans le service au public (transports publics de l’agglomération clermontoise).
Le voyage reste sa passion, pour ses vacances mais pas seulement. Cofondateur d’Il Faut Aller Voir et du RV du Carnet de Voyage, il pousse jusqu’à publier deux ouvrages : « Cher Bouthan » – 2011 et « Buna Tatu » - 2017 (sur l’Ethiopie).

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