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Mon Copilote: des trajets plus accessibles pour les personnes à mobilité réduite

Depuis sa création en 2016, Mon Copilote (anciennement Handivalise) enregistre une belle progression. Sur Clermont-Ferrand, la plateforme collaborative prévoit, pour 2020, un nouveau plan d'action.

Lors de la 5e Conférence nationale du handicap (CNH) le 11 février dernier à Paris, Emmanuel Macron avait incité les futurs maires à s’emparer de la question de l’accessibilité des personnes à mobilité réduite ; d’en faire un “sujet de campagne” durant les élections municipales. Un discours ressenti comme allant dans le bon sens par les défenseurs des droits des personnes handicapées. Reste toutefois, selon eux, à passer du discours aux actes. Car  si la France entend officiellement jouer les bons élèves, dans les faits, elle a encore beaucoup à faire. En atteste les résultats d’une consultation menée conjointement en janvier 2020 par l’APF France handicap et l’IFOP dans laquelle 9 personnes sur 10 déclaraient : “(éprouver) encore des difficultés d’accessibilité lors de leurs déplacements.” (1) Sur le dossier de l’accessibilité – et en dépit d’une politique européenne ambitieuse en la matière (2) -, la France accuse du retard, malgré des dispositifs incitatifs comme la PCH, prestation de compensation du handicap, qui, durant cette conférence, a d’ailleurs fait l’objet d’une annonce d’extension. Il n’en demeure pas moins que les mesures en vigueur ne répondent que partiellement aux attentes des usagers. C’est cette carence qu’Anne Keisser et son associé, Olivier Arsac, souhaitaient combler. Partant de son expérience personnelle, cette originaire du Havre initie en juin 2016 un projet d’innovation sociale, Handivalise. Deux ans plus tard, fort d’un passage dans un incubateur et un élargissement du dispositif au public senior, le projet change de nom. Ce sera Mon Copilote.

Une plateforme collaborative dédiée aux trajets des personnes à mobilité réduite

Collaboratif et solidaire, le projet s’inscrit dans une politique de société inclusive. Ce terme, Anne y tient. Susciter la prise de conscience de l’opinion publique sur les obstacles que rencontrent les publics à mobilité réduite est, pour elle, essentiel. Les réduire, un devoir. Une des inégalités les plus fortes concerne la mobilité. Or c’est un critère majeur d’insertion. Travail, relations sociales, loisirs, toutes ces activités la requièrent. Sans elle, difficile de vivre pleinement. Dignement. De se sentir un citoyen à part entière. Améliorer la mobilité joue donc un rôle crucial dans l’intégration de ces publics. Par-delà son offre de services, Mon Copilote est né d’un autre constat. Si, pour les personnes à mobilité réduite, le frein principal résulte d’une insuffisance de services, un autre l’est tout aussi sûrement : il est sociétal. Quelle place pour elles dans la société ? Faire évoluer cette même société vers une intégration durable des populations concernées ne peut se faire sans une politique adaptée d’inclusion et non plus d’insertion. Ce n’est qu’en combattant la ghettoïsation qu’évoluera la perception de l’opinion publique sur le handicap. Tel est, in fine, l’objectif de Mon Copilote : éduquer par la mise en relation, le lien et l’entraide.

Quèsaco Mon Copilote ?    

Accompagner permet de créer des liens intergénérationnels.

Concrètement, Mon Copilote, ça se présente comment ? Suivant le principe de Blablacar, sous la forme d’une plateforme numérique de covoiturage qui permet de mettre en relation pilotes (handicapés, seniors) et copilotes, en fonction du mode de transport souhaité : pied, tram, bus ou voiture. Pour les accompagnants, deux statuts sont possibles : le bénévolat ou l’auto-entrepreneuriat. Quatre antennes existent d’ores et déjà sur le territoire national et quatre territoires d’implantation. La première, historique, s’ouvre en septembre 2017 à Clermont-Ferrand. La seconde, à Pau, trois mois plus tard. Dans la région parisienne, en 2018, à Sénart. Enfin, fin 2019, dans le département de l’Essonne. Pour la logistique, Mon Copilote compte une équipe de sept personnes. Sur le plan local, depuis novembre 2019, l’animation est assurée par Marine Neyrial. Côté chiffres, Mon Copilote affiche un beau départ. 3033  inscrits pour 3779 trajets. A Clermont : 379 pour 1815 (2).

Un développement au plus près des besoins

De ses retours d’expérience la plateforme aura tiré plusieurs enseignements, dont deux : la majorité des trajets se font sur de courtes distances ; les usagers plébiscitent le relais-téléphone. C’est sur l’amélioration de ces deux points que Mon Copilote concentre actuellement ses efforts. Dans le même temps elle adopte une stratégie de rapprochement avec les acteurs du transport de PMR (3) afin d’optimiser son offre de services aux heures de pointe. Développant, entre autres, sur Clermont-Fd, un partenariat avec le service MooviCité de la SMTC, service local de transport des Personnes à mobilité réduite. Demeure un point d’interrogation : les copilotes bénéficient-ils d’une formation à l’accompagnement de ces publics spécifiques ? Oui,  assure Sandie Poncet, chargée de développement. A leur demande, les copilotes peuvent  bénéficier d’ateliers de sensibilisation au handicap, assurés en partenariat avec l’AMH, l’association des Malades et Handicapés d’Aubière et l’association Valentin Haüy. “Mais, tient-elle à souligner, la plupart des accompagnateurs sont souvent déjà sensibilisés à la solidarité.

En cette année 2020, Marine Neyrial a fort à faire. La préparation d’une formation de sensibilisation au handicap à destination des stagiaires de Fit Formation (4). Et trois missions à remplir : diagnostiquer les besoins des pilotes, développer de nouveaux partenariats avec les acteurs du secteur, encourager le bénévolat des copilotes. Programme chargé en perspective.

 

1), “Accessibilité en France : toutes & tous concerné.e.s“, APF France handicap / IFOP, janvier 2020.
(2), Stratégie européenne 2010-2020 en faveur des personnes handicapées, Commission européenne, 15/11/2010.
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex:52010DC0636
(3), Statistiques du mois de février 2020.
(4), PMR, personnes à mobilité réduite.
(5), FIT (Formation Insertion Travail) : plateforme de formation et d’accompagnement des publics en insertion par le développement de la mobilité, l’alphabétisation et la lutte contre l’illettrisme.

 

 

 

 

À propos de l'auteur

Sandrine Planchon

Sandrine Planchon

Après une prépa lettres et des diplômes en sciences humaines, Sandrine Planchon s'oriente vers la radio. Depuis 1999 elle travaille différents formats sur Altitude, Arverne, RCF, RCCF. Investie depuis 2015 dans un projet sur le numérique avec Elise Aspord, historienne de l'art, elle encadre aussi depuis 2014 les projets d'étudiants du Kalamazoo College (US).

2 Commentaires

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  • Merci beaucoup Sandrine ! L’article sur “Mon Copilote” retranscrit exactement notre activité et notre mission d’inclusion des personnes à mobilité réduite dans la société.
    Le sujet est très bien cerné et restitué avec talent !

    • Merci pour cet article et ces informations.
      Je ne connaissais pas cette application, c’est une très belle idée.

      Mes amitiés à Olivier PERROT.

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