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Gédéon, pilote de la LMT01 pour une démonstration sur le Campus des Cézeaux / Photo 7 Jours à Clermont
Gédéon, pilote de la LMT01 pour une démonstration sur le Campus des Cézeaux / Photo 7 Jours à Clermont
Innovation

L’avenir de la course d’endurance moto s’écrit à l’École d’ingénieurs SIGMA

Sur le campus des Cézeaux, SIGMA a lancé un projet pédagogique d’envergure, véritable défi consistant à imaginer une moto de course d'endurance 100% électrique et l'aligner au départ des 24h du Mans 2028.

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L'Essentiel

SIGMA, sur le campus des Cézeaux, a lancé le projet SIGMA Regen Superbike, visant à créer une moto de course d'endurance 100% électrique pour les 24h du Mans 2028, en rassemblant étudiants, enseignants et anciens élèves.

L'équipe travaille sur deux systèmes, l'un pour la régénération de la batterie au freinage et l'autre pour le changement rapide de batterie, avec l'objectif de participer aux 24h du Mans 2026 avec la LMR01, qui devrait avoir une puissance de plus de 220 cv.

Le projet, évalué à 5 millions d'euros, nécessite des partenariats et du sponsoring, et est soutenu par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, tout en étant perçu comme une aventure humaine enrichissante pour les participants.

 

L’évolution climatique a imposé un tournant vers des mobilités de plus en plus décarbonées. Alors que les vélos, les voitures et désormais les camions électriques sont de plus en plus nombreux à circuler, le monde de la moto reste en léger retrait dans son évolution. Très peu de motos électriques sont présentes sur les routes et du côté compétition, le petit championnat Moto-E ne semble pas créer beaucoup d’enthousiasme chez les amateurs. Pourtant la course, auto ou moto demeure un véritable laboratoire pour mettre au point et tester des innovations.

SIGMA Regen Superbike un défi technologique

Du côté d’Aubière et du campus des Cézeaux, l’école d’ingénieurs SIGMA a lancé un projet pédagogique d’envergure, qui réunit une vingtaine de personnes : des étudiants en mécanique, des enseignants et des anciens élèves. Ce projet, qui se nomme SIGMA Regen Superbike, est un véritable défi puisqu’il consiste à imaginer et mettre au point une moto de course d’endurance 100% électrique et l’aligner au départ de l’édition 2028 des 24h du Mans. L’enjeu est de taille car pour participer à une telle courses, la machine doit être aussi performante que les machines thermiques et être capable de tourner non-stop 24 heures, avec le minimum d’arrêts pour ne pas se retrouver au bas du classement. Les ingénieurs travaillent donc sur deux  systèmes. Le premier pour la régénération de la batterie au freinage, sur la roue avant, l’autre sur le changement rapide de la batterie lors des arrêts ravitaillement.
L’équipe a déjà mis au point la LMT01 (comme Le Mans Test), qui embarque une motorisation faible puissance, sans régénération permettant de valider le concept. Elle a déjà effectué un tour de démonstration lors des derniers 24h. L’objectif est désormais de faire tourner la LMR01 (Le Mans Race) lors de l’édition 2026 avec le système (encore secret) de régénération. La LMR sera équipé d’un moteur développant une forte puissance, similaire aux moteurs thermiques, soit l’équivalent de plus de 220 cv.

L’électrification mais pas que

“On est sur de la moto et toutes les problématiques de dynamique en compétition sont hyper importantes” explique Sylvain Charlat, enseignant à l’École SIGMA “On ne peut pas juste positionner un moteur et positionner des batteries. On a une grosse partie de réflexion sur l’endroit où l’on place ces éléments sur la moto. Sur le championnat Moto-E, la première génération de machine était mal née, on va m’en vouloir de dire cela, mais il n’y avait pas eu de prise en compte suffisamment réfléchie de ces problématiques de centre de gravité. Tout pilote moto ne monte pas sur une machine qui ne correspond pas à ses attentes et ses ressentis. Donc il n’y pas que l’électricité, il y a le monde de la compétition et ses problématiques associées”.
L’écurie la plus ancienne participant championnat du monde d’endurance, National Moto basée en région parisienne, a fourni toute la partie cycle. “Il s’agit d’un 1000 Honda CBR d’origine qui nous avons électrifié et qui a permis de faire tout notre développement. Les carénages sont fourni par Blinder qui est aussi partenaire” précise Alexis Bosson, initiateur et co-responsable du projet. “La partie inférieure d’une CBR Thermique est constituée du moteur, c’est a dire que le moteur reprend la rigidité. Ici ce qui a été conçu est un berceau tubulaire qui vient se mettre en lieu et place du moteur thermique et qui reprend la fixation d’amortisseur car initialement l’ancrage sa fait au niveau du moteur. Ce berceau permet d’intégrer tout le système d’électrification, c’est a dire le moteur, l’inverter et la batterie précise l’ancien étudiant qui a retrouvé son ancienne école pour travailler sur ce projet.

La LMT01 dans et devant l'école SIGMA / Photo 7 Jours à Clermont
La LMT01 dans et devant l’école SIGMA / Photo 7 Jours à Clermont

Gagner en autonomie

“L’idée est d’avoir un changement rapide de batterie, afin de faire des ravitaillements de la même manière que les motos thermiques ravitaillent en essence” précise Alexis Bosson. “Aujourd’hui, on devrait être sur 5 batteries, cela devrait permettre de tenir 24 heures. Mais il faut bien voir que la technologie des batteries évolue tous les jours, on est dans une période où cela va très très vite. Aujourd’hui pour les 24h, on reste sur une vision à plusieurs années, 2028 ou 2029, donc c’est très compliqué de se prononcer sur le côté batterie dans le détail, puisque les solutions évoluent très rapidement”. Évidemment l’évolution technologique permettra de faire baisser le poids des batteries. “Une moto trop lourde est très compliquée à piloter et c’est pour cela que l’on a envisagé le système de régénération. On doit pouvoir diminuer la taille des packs batterie afin d’en diminuer le poids” reprend Alexis Bosson. Mais malgré les avancées, il n’est pas question de penser que la régénération pourra autoriser un fonctionnement non stop. “Ce ne sera pas possible. Dans tous les cas, on a une perte d’énergie, on ne vas pas générer plus d’énergie que ce que l’on a consommé pour mettre le véhicule en mouvement. Il a des pertes principalement par frottement qui font que l’on consomme quand même de l’énergie”.

Sylvain Charlat & Alexis Bosson Photo 7 Jours à Clermont
Sylvain Charlat & Alexis Bosson / Photo 7 Jours à Clermont

“Un projet génial”

Le projet SIGMA Regen Superbike est estimé à 5 millions d’euros dans son intégralité. Autant dire que le sponsoring et les partenariats sont fondamentaux. Même si la Région Auvergne-Rhône-Alpes, très impliquée dans le développement de la mobilité décarbonée, apporte son soutien, toutes les aides restent les bienvenues pour ce projet vraiment innovant qui contribue à faire avancer la recherche sur la problématique de l’autonomie des véhicules électriques. Au delà de l’aspect technique, il est également une aventure humaine à forte motivation “Pour un prof, c’est un projet génial bien évidemment” se réjouit Sylvain Charlat “J’ai envie de dire que l’on ne travaille plus avec des étudiants mais avec des collaborateurs. On travaille en équipe est on n’est plus en prof… on est un entrepreneur avec des problématiques financières et techniques et qui s’adosse à son équipe”. Pour Alexis Bosson, qui a apporté l’idée avec Dorian Mieusset, un autre ancien étudiant de SIGMA, proposer le projet à leur ancienne école sonnait comme une évidence car elle était en mesure de constituer le bon support tout en permettant à d’autres étudiants en formation de s’impliquer eux aussi.

Il est possible de suivre l’actualité du projet sur le site SIGMA Regen Superbike

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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