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Le jardin botanique clermontois, en 1795. © Archives municipales, Ville de Clermont-Fd
Le jardin botanique clermontois, en 1795. © Archives municipales, Ville de Clermont-Fd
Chroniques

L’abbé Lacoste, la foi en la pédagogie

Pas facile de se faire une place dans l’histoire naturaliste clermontoise, monopolisée par Antoine Delarbre et surtout Henri Lecoq. Paul-François Lacoste a accompli cette performance avec savoir-faire dans le faire savoir.

Centralisme jacobin oblige, en brumaire an IV (octobre 1795), exit les collèges d’Ancien Régime. Vivent, souvent sous le même toit, les écoles centrales ! Placées, à raison d’une par département, sous l’autorité d’un triumvirat qui désigne les professeurs d’après leurs « qualité et notoriété », elles se veulent plus scientifiques et expérimentales que littéraires. Chacune s’accompagne donc de cabinets de physique-chimie et d’histoire naturelle, d’un jardin botanique et d’une bibliothèque publique. La liberté y est de mise, tant pour les élèves de choisir les cours que pour les professeurs de les bâtir à leur guise, à condition de
respecter les orientations officielles !
En avril 1796, l’école centrale du Puy-de-Dôme emménage à Clermont-Ferrand, la ville s’étant portée volontaire pour l’accueillir avec ses 30 000 habitants, son école de chirurgie, son « superbe » collège (l’ancien lycée Blaise-Pascal) et son jardin botanique. Au mois de juin de la même année, il est décidé d’installer la bibliothèque, ainsi que les cabinets d’histoire naturelle et de physique-chimie, dans le bâtiment appelé « ci-devant la Charité » 1 .
En histoire naturelle, le recrutement professoral connaît quelques ratés puisque le très savant M. de Saussure (enseignant à Genève et sollicité par Paris) décline courtoisement l’invitation avant que le Clermontois Mossier (désigné dix jours avant l’ouverture de l’école, le 30 octobre 1796) démissionne au bout de trois semaines pour raisons de santé.

Et l’abbé providentiel arriva…

… De Plaisance 2 , près de Toulouse, sa ville natale, le 4 février 1755. En pleine Terreur, sa passion naturaliste pousse ce prêtre constitutionnaliste à visiter l’Auvergne et un autre abbé, réfractaire à la Révolution, A. Delarbre (1724- 1807). À la fois médecin, curé de Royat puis de la paroisse Sainte-Croix de la cathédrale de Clermont-Ferrand et professeur d’histoire naturelle, il a financé et dirigé le jardin botanique de sa ville natale. Pour son ouverture, le long de la rue Bansac, la séance publique du 9 août 1781 de la Société royale des sciences, arts et belles-lettres de la Ville de Clermont-Ferrand 3 lui est consacrée. L’abbé Delarbre profite de son discours inaugural pour louer « les vertus et propriétés admirables » de la botanique.
Transféré au jardin des Plantes (1793), son jardin traverse, en 1920, l’avenue Vercingétorix, laissant place à la roseraie du jardin Lecoq. Depuis 1972, ses trois mille espèces protégées du monde entier s’épanouissent, rue de la Charme.
Naturellement, lors de son entretien avec Lacoste, Delarbre ne manque pas de lui faire savoir qu’un poste est à pourvoir à l’école centrale. Le 7 fructidor an VI (28 août 1798), sa nomination devient effective. Il rejoint MM Laurent (dessin), Laville (belles-lettres), de Serres (physique-chimie), Roquecave (mathématiques), de Pons (langues anciennes), Rabany-Beauregard (histoire), Chirac (grammaire générale) et Jeudy-Dumontier (législation).

Un accompagnement personnalisé des élèves

L’ancien collège étant réservé aux professeurs mariés, Lacoste prend ses quartiers dans l’établissement des Charitains et s’active, entre Paris et Clermont, pour peaufiner son premier cours du 24 janvier 1799, annoncé par une affiche précisant qu’il n’acceptera aucune rétribution de ses élèves, bien que la loi l’y autorise. Auparavant, le brio de son discours inaugural avait enthousiasmé les administrateurs qui l’avaient expédié au ministre François de Neufchâteau, lui aussi subjugué.
Jusqu’en 1823, d’abord à l’école centrale (fermée le 22 novembre 1804), puis au lycée impérial (crée en 1808) et au collège royal, Lacoste applique ses méthodes d’enseignement, basées sur l’éveil de la curiosité, l’émulation et un suivi particulier des élèves les moins doués. Parallèlement, le maire, Antoine Blatin, le désigne comme conservateur de son cabinet de minéralogie – qu’il a donné à la Ville de Clermont-Ferrand – et l’évêque, Charles-Antoine-Henri Du Valk de Dampierre, le nomme chanoine honoraire de la cathédrale de Clermont…
De quoi mourir comblé, le 18 avril 1826, en bénéficiant des services picturaux posthumes de Félix Bachellery et de l’éloge funèbre, devant l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont, de son ami Benoît Gonod, premier bibliothécaire de la Ville de Clermont-Ferrand, de 1827 à sa mort, en 1849.

Déjà des problèmes budgétaires !

Sous le Directoire, qui « bénéficie » de rentrées d’impôts fantaisistes, les centimes additionnels sont affectés au financement des dépenses départementales, écoles centrales comprises. Concilier grandes performances pédagogiques et petit budget suppose alors une parfaite maîtrise du système D. Un domaine dans lequel le professeur Lacoste est plus clairvoyant qu’en éruptions volcaniques, pour lui consécutives à l’embrasement de matières bitumineuses dont la région foisonne !
À Paris, centre d’approvisionnement incontournable des plantes et instruments de minéralogie les meilleurs, il marchande les prix et sait dénicher fournisseurs bienveillants et libraires vendant aux professeurs à prix coûtant. Il peut donc solliciter de l’Administration qu’elle lui « permette d’acheter les plantes chez le citoyen Vilmorin 4 [qui, n’exigeant] pas d’être payé tout de suite, attendrait volontiers un an entier ».
Avec la même opiniâtreté, il surveille l’emballement et discute les conditions de transport des végétaux. Certains sont acheminés par la diligence, « plus rapide que les routiers ». Les autres, confiés à une maison de roulage, doivent arriver à Clermont « dans une dizaine de jours », moyennant 9,30 francs par quintal.
Mais, « à force de négocier, on s’est contenté de 8 francs ».

1 Les Charitains se trouvaient à l’angle de l’avenue Vercingétorix et du boulevard Lafayette.
2 Commune aujourd’hui dénommée Plaisance-du-Touch.
3 L’actuelle Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont.
4 Il s’agit de Philippe-Victoire Lévêque de Vilmorin (1746-1804), ami de Parmentier et l’un des principaux
développeurs de l’entreprise, créée en 1743, absorbée par Limagrain en 2023.


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À propos de l'auteur

Anne-Sophie Simonet

Historienne de formation universitaire, Anne-Sophie Simonet arpente depuis des décennies le « petit monde » clermontois de la presse. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, c'est en tant que président de l'association Les Amis du vieux Clermont qu'elle invite à cheminer dans sa ville natale, la plume en bandoulière.

1 Commentaire

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  • Merci pour ce bel article, très bien écrit(ce n’est pas si courant de nos jours…) et donnant envie d’en savoir plus… On entre en lecture par curiosité et on arrive à la fin en se disant…”déjà ?”

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