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Pale Riders en 1985 © DR.
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Légendes du rock / Joël Rivet : laisse le bon temps rouler…

Un père accordéoniste, une mère chanteuse et pianiste, que vouliez-vous qu’il advînt du fils ? Il chanta, il chante toujours et il chantera encore longtemps si les dieux du rock lui prêtent longue vie.

« Dans les années 1960 / 1970, on n’écoutait pas la musique de nos parents. On n’aimait pas l’accordéon, on branchait une guitare pour faire du bruit » se souvient le chanteur des célèbres Pale Riders et des Rivets Sauvage qui, au fil des années, commencent à acquérir une réputation identique à celle de leurs frères siamois, les Coyotes, une institution régionale, que dis-je, les chantres du Bon temps rouler.

Faux départ

Joël Rivet, aujourd’hui.

Les parents Rivet tenaient à ce que leurs enfants « gravissent les échelons dans la musique. » Joël a donc été contraint de faire le Conservatoire. « Pour moi, c’était l’école après l’école. Je n’écoutais pas du tout la musique qu’on y enseignait. Rien ne me plaisait. » Il était plutôt attiré par Johnny et Jimi Hendrix. Son premier album acheté, c’est Sticky Fingers des Rolling Stones en 1971. De quoi changer le cours d’une vie.

Premier groupe

Joël a commencé à jouer avec les frères Bonnefont, Alain et Philippe. Ensemble, à quinze ans, ils montèrent leur premier groupe, Smack qui s’appela également Route 66. Le répertoire comportait essentiellement des reprises des Stones. Toujours avec les frères Bonnefont, Joël était ensuite au lycée de Montferrand. « Il y avait un petit festival au lycée. C’était la première fois que je voyais des groupes en vrai. Il y avait Bateau Ivre qui, au milieu des reprises de Procol Harum, reprenait “Sweet Little Sixteen” de Chuck Berry. Je connaissais le morceau, mais je ne pensais pas qu’on pouvait le jouer ainsi. Ça m’a paru magique. C’est ça qui me plaisait, le rock sur trois accords. Berry, les Stones, Elvis. Alors que la mode était à Yes et Genesis à ce moment-là. On écoutait aussi du hard, Deep Purple et Black Sabbath notamment. » François Lenoble a rejoint Smack. Lors d’un concert à la salle des fêtes de Gerzat, on a intimé aux bouillants Smack de baisser le volume. « François m’a demandé à quel parti politique appartenait le maire. Il a pris le micro pour dire : “C’est quoi cette histoire ? Toi, le maire socialiste rose-bonbon, viens t’expliquer sur scène.” Le maire flanqué du conseil municipal s’est approché pour en découdre. Heureusement, j’ai des potes de Gerzat qui se sont interposés. Ça nous a laissé le temps de plier le matos et de déguerpir. On était grillés. »

Avec Série B en 1982.

La révolution culturelle 

Après Smack, est venu le tour d’Ambulance avec Patrick Véziand. Ambulance a eu une durée de vie honorable puisqu’après le bac, Joël et Patrick ont poursuivi tout en faisant l’école normale ensemble. « Tous les étés, on allait à Londres. On rapportait plein de disques et on allait voir des concerts. En 1976, on a vu Jam, Flamin’ Groovies, Ramones. Puis ça a été les Inmates, Costello, Pretenders, etc. C’était plus à notre portée que Genesis. » À Clermont, les concerts qui ont marqué Joël sont ceux de Dr Feelgood, Mink DeVille ou The Boys avec qui il a sympathisé après les avoir revus à Londres où il a également vu les Cramps plein de fois.

De Londres à Clermont via la Jordanie  

Joël a passé un an à Londres en 1978 comme assistant de français dans le cadre de ses études d’élève instituteur. Il vivait dans un appartement peu ragoutant dans l’East End avec ses copains Marc Dutheil et Olivier Chabrillat. « On allait au pub, on allait voir des concerts, on était aux premières loges en 1976, 1977 et 1978. » Après Londres, vient le tour du service militaire. En tant qu’instit, Joël a demandé à partir en Jordanie. À son retour en France en 1981, c’est au tour des Tortionnaires et des Guêpes. Toujours des groupes de reprises qui se produisaient au Clown quasiment tous les samedis. En même temps, avec les frères Stéphane et Pascal Mikaélian, ils ont monté Série B. « Avec Pascal à l’harmonica, forcément, on fait du J. Geils Band et quand on a les cuivres, on s’oriente plus rhythm’n’blues. »

Avec Pale Riders.

De Pale Riders en Rivets Sauvage

« Je ne sais pas pourquoi on s’est appelés les Pale Riders après les Guêpes. Notre répertoire était toujours bâti sur du Chuck Berry. » Quel Clermontois n’a pas de souvenir d’une mémorable soirée à un concert des Pale Riders ? Le groupe n’a laissé aucune trace discographique étonnamment alors qu’il existe bien un enregistrement live au Club 3000. Enregistrement peu concluant de l’avis du groupe et de Spliff Records qui devait publier le disque. Les bandes sont restées dans les tiroirs. À la fin des Pale Riders, plusieurs membres sont partis aux USA. Joël les a rejoints en Californie en 1995 où un poste d’enseignant l’attendait. À son retour, il s’est tourné vers les racines, vers Hank Williams. « Des choses plus authentiques. On s’est mis à trois avec mon frère Christophe à la contrebasse et Bruno Sauvage à l’harmonica. C’étaient le début des Rivets Sauvage. » Le groupe, toujours en activité compte en plus dans ses rangs, Christophe Adam à la batterie et Jacques Moiroud à la guitare. « J’ai toujours eu beaucoup de chance, j’ai toujours été bien entouré. On continue pour s’amuser. » Un véritable all-star-band clermontois qui écume les bars de la région, « c’est notre élément. On ne fait que des reprises. On fait finalement la même chose que faisaient les musiciens de bal autrefois, mais pas avec le même répertoire et pas dans les salles des fêtes, mais dans les bars. »

French Kiss

Joël Rivet et son frère Christophe © DR

Puisque la crise sanitaire interdisait toute représentation publique, ça a incité les plus créatifs à réfléchir à de nouveaux concepts. Christophe Adam, autre grande figure du rock clermontois (Sales Gosses, Fafafa), a créé au printemps dernier sa chaine Youtube baptisée French Kiss. « J’ai la chance d’y apporter ma modeste contribution. Il a plus de cent chansons d’enregistrées et filmées à ce jour. L’idée est de se filmer chez soi en train d’enregistrer des chansons en français. J’en ai quelques-unes dessus. Ma fille aussi. Pour trouver la chaine, il faut taper “French Kiss Christophe Adam”. » Si au départ, French Kiss n’avait d’autre ambition que de trouver une occupation ludique à la scène clermontoise pendant le confinement, son succès est tel que la chaîne commence à accueillir des étrangers. « C’est une belle initiative. C’est stimulant. »

Le ridicule des anglicismes

La conversation se poursuit pour arriver à un sujet qui irrite passablement l’enseignant qu’est Joël Rivet, « l’invasion des anglicismes. » Réaction étonnante pour un garçon qui chante en anglais depuis 40 ans. « Il y en a partout. Même à la radio. Sur France Bleu, j’ai entendu parler de “happy hour” chez la Jeanine dans le Cantal, c’est sûr que “happy hour”, ça lui parle à Jeanine. On parle de “cluster” à la place de foyer. Tout à l’heure, je passe devant un bar où il était écrit “no bar, apéro dinatoire only” ! Et là, on ne frise pas le ridicule peut-être ? » Rock’n’roll un jour, rock’n’roll toujours.

Les Rivets Sauvage © DR.

À propos de l'auteur

Patrick Foulhoux

Patrick Foulhoux

Journaliste et grand amateur de musique rock, Patrick Foulhoux a collaboré pendant de nombreuses années avec des magazines consacrés à la musique (Rollling Stone, Rock Sound, X-Rock...) et des titres de la presse de territoire. Sa passion pour le Rock l'a conduit à devenir directeur artistique de labels, tourneur, manager, organisateur de festival et écrivain.

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