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(c) Camille Henrot
(c) Camille Henrot
Culture

FRAC Auvergne : y aller dare d’art

Parfois inaccessible, (très) souvent réputé comme tel, l’art contemporain n’est jamais que l’art qui se fait en ce moment. Le FRAC Auvergne nous en propose un panorama représentatif, fort et élégant, pour célébrer les 20 ans du prix Marcel Duchamp.
C. Cogitore - "Indes galantes"
C. Cogitore – « Indes galantes »

Damien Cabanes, Clément Cogitore, Éric Baudelaire, Carole Benzaken, Bernard Frize… Ce sont au total 17 artistes qui seront exposés par le Fonds Régional d’Art Contemporain (FRAC), du 22 janvier au 30 avril, dans leur espace rue du Terrail et à la toute nouvelle Canopée du groupe
Michelin, place des Carmes. La visite, gratuite, vaut le détour. Elle constitue une chance rare de s’initier à l’art contemporain, ou de se rafraîchir les idées : l’exposition se veut un tour d’horizon des univers multiples explorés par les artistes et plasticiens des deux dernières décennies. Deux points communs relient ces œuvres : d’une part, leurs autrices et auteurs ont été récompensés par le Prix Marcel Duchamp, qui a pour vocation à  « distinguer les artistes de la scène française les plus significatifs de leur génération ». D’autre part, tous les travaux présentés ont été acquis par le FRAC au fil des années. Plus haut que les nues, le titre de l’événement, est à comprendre à double sens, explique Laure Forlay, l’une des deux commissaires de l’exposition avec Jean-Charles Vergne, le directeur du FRAC. « D’abord, la lecture invite à comprendre « nues » comme les « nuages ». C’est l’idée d’être porté, au sommet du monde, que doivent ressentir les artistes, quand ils sont récompensés. Mais on peut penser aussi au Nu, symbole du classicisme en peinture, de l’académisme. Or, au début du XIX° siècle, il y a eu une vraie volonté de bousculer les codes ambiants,
l’académisme justement. C’est la naissance des mouvements d’avant-garde, qui souhaitaient bousculer les codes et ont généré une plus grande liberté dans les représentations. Or c’est bien cette liberté créatrice que nous proposons de contempler dans Plus haut que les nues.  »

Un art libre et libéré

Baudelaire - "The dreadful details"
E. Baudelaire – « The Dreadful details »

En effet, de nombreuses formes (peinture, photographie, installation et vidéos), et de nombreux genres sont à découvrir ou redécouvrir dans l’exposition. Ainsi, la photographie frappante d’Éric Baudelaire intitulée The Dreadful Details, choque de prime abord, en montrant sur un très grand format (deux mètres sur trois) ce qui semble être une image prise sur le vif, en guerre d’Irak. En réalité, il s’agit d’une fabrication : toutes les personnes sont des comédiens ou comédiennes et leurs postures reconstituent l’histoire de la photographie de guerre, depuis son origine, la guerre de Sécession américaine, jusqu’à aujourd’hui. Un questionnement sur les conflits armés, mais aussi sur la réalité de l’image, sa validité, son discours, toujours pertinent aujourd’hui à l’heure des fake news et des intox à gogo. Contraste complet avec l’image d’Éric Poitevin, sans titre, acquise par le FRAC en 1997. Elle représente une simple mare, couverte de lentilles d’eau, vue de dessus. Le cadrage est si serré qu’il en devient abstrait. « L’idée de l’artiste est de nous amener à regarder autrement notre environnement proche », explique encore Laure Forlay. « Et à faire attention à toutes les matières du vivant. Quand on est face à cette photographie de plus de deux mètres de large, on passe de tache colorée en tache colorée, de trouée de lumière en trouée de lumière… On navigue à la surface de cette eau, comme à la surface d’une peinture. » Une beauté nette et lumineuse.

Dans un autre registre encore, on découvre aussi la série photo King Kong Addition, extraites du film du même nom, dans lequel Camille Henrot a superposé les trois versions du gorille le plus célèbre du cinéma. Un des rares mythes parfaitement contemporains. Pourquoi cette superposition ? Parce que les trois films, datés de 1933, de 1976 et de 2005, brossent une peinture de l’Amérique, de ses évolutions, mais aussi de sa vision de l’autre, de l’identité, de la violence et de la beauté au fil des âges. Hissée au sommet de l’Empire State Building, la créature symbolise ici cet envol plus haut que les nues auquel le FRAC Auvergne nous invite à nous confronter, dans cette exposition puissante et chaleureuse.

Informations pratiques

Adach - "Granica"
Adach – « Granica »


Plus haut que les nues
, du 22 janvier au 30 avril 2022.
FRAC Auvergne, 6 rue du Terrail, et à La Canopée, Groupe Michelin, 23 place des Carmes Dechaux (les œuvres sont différentes dans les deux espaces).

Visite libre et gratuite. Pass sanitaire demandé.
Horaires : du mardi au samedi de 14H à 18H et le dimanche de 15H à 18H au FRAC Auvergne,
et du lundi au vendredi, de 08H à 17H, à La Canopée.

Toutes les infos sur le site du FRAC Auvergne .

À propos de l'auteur

Julien Millanvoye

Écrivain, journaliste et chroniqueur, Julien Millanvoye a travaillé pour Blast, We Demain, Radio Nova, Ravages et Lui Magazine. Il est l’auteur de "Réveillez-moi, J’ai un Métier !" et "Vivent les Vents d’Hiver".

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