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musicien dans la rue / Photo pasja 1000 - Pixabay
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Fête de la musique : esprit d’origine es tu là ?

21 juin : jour le plus long, jour de la Fête de la musique. À Clermont, on souhaite retrouver l'esprit d'origine de la Fête, comme l'avaient imaginé Jack Lang et Maurice Fleuret. Il n'y aura donc pas de grand plateau place de Jaude cette année.

« La musique sera partout et le concert nulle part » ! Cette phrase a été prononcée par Maurice Fleuret, après sa nomination par Jack Lang ministre de la culture en 1981. Ce directeur de la musique et de la danse évoquait  une « révolution » dans le domaine de la musique avec l’idée de faire se rencontrer toutes les musiques, sans hiérarchie de genre ni d’origine. Il n’hésitait pas à évoquer « une libération sonore, une ivresse, un vertige qui sont plus authentiques, plus intimes, plus éloquents que l’art ».
Un an plus tard, une enquête sur les pratiques culturelles des Français révèle que cinq millions de personnes, dont un jeune sur deux, jouent d’un instrument de musique. Les manifestations musicales organisées jusqu’alors ne concernent qu’une minorité de Français. Décision est prise d’organiser une grande manifestation populaire permettant à tous les musiciens de s’exprimer et de se faire connaître. Cette manifestation est organisée pour la première fois, le 21 juin 1982, jour le plus long de l’année, c’est la Fête de la musique.

Fête et faites

La préparation de la première Fête de la musique a lieu dans la précipitation. Les principaux acteurs sont prévenus, des affiches imprimées et placardées vite fait. Dans l’équipe de Jack Lang, on ne sait absolument pas, si cet appel sera entendu. Et pourtant, en ce soir du 21, Français et instruments sont dans la rue, le pari est gagné. Répondant aux questions de Xavier Lacavalerie de Télérama, en 1983 Maurice Fleuret précise les intentions : « Il fallait un événement qui permette de mesurer quelle place occupait la musique dans la vie individuelle et collective. Un mouvement spectaculaire de prise de conscience, un élan spontané pour alerter l’opinion et peut-être aussi… la classe politique. C’est pourquoi le ministère de la Culture a eu l’idée d’organiser une Fête de la musique en 1982. Une fête non-directive, qui rassemble tous les Français pour qui la musique compte ».
L’idée était donc bonne. L’appel à descendre dans la rue pour faire de la musique a été suivi et le rendez-vous devient un incontournable dans toutes les localités françaises, des villages jusqu’aux métropoles. La Fête de la musique devient même européenne à partir de 1985.

Fête des watts et de la merguez

Si l’idée de Jack Lang et Maurice Fleuret est, à l’origine, de faire jouer le grand public, on assiste rapidement à une évolution de la fête qui devient un énorme rendez-vous populaire. Les musiciens amateurs jouant spontanément devant chez eux disparaissent au profit des professionnels qui proposent leurs services, moyennant finances, aux institutions et aux commerçants, bistrotiers en tête. La Fête de la musique devient progressivement la fête des watts et de la merguez mais aussi de la « bibine » qui coule à flots. La rue finit par devenir le théâtre d’une gigantesque cacophonie sur fond d’odeur de frites et de bière. L’esprit d’origine est oublié, le 21 devient un défouloir pour la jeunesse. Le violon classique est englouti par les sonos qui crachent de la musique techno façon rave-party. Pour les amateurs de musique, le 21 est presque devenu un cauchemar.

Retour aux fondamentaux

Comme la majorité des villes, Clermont est tombé dans le panneau en distribuant de nombreuses autorisations et en donnant son aval annuel à un gigantesque plateau place de Jaude. La phrase de Maurice Fleuret, mort en 1990,  « La musique sera partout et le concert nulle part » est oubliée depuis longtemps.
Mais en 2023, dans la capitale auvergnate, on parle de retour aux fondamentaux pour la Fête de la musique,  expression souvent employée dans le milieu du rugby… Cette année pas de plateau place de Jaude, au profit de choses plus spontanées. Retrouver l’esprit d’origine c’est aussi ramer dans le sens de la candidature à la capitale européenne de la culture en 2028 et valoriser les nombreux talents du territoire.
À propos de fondamentaux, comme elle sait si bien le faire le 21 juin, la météo pourrait bien jouer les trouble-fête. Comme en 2022, Météo France annonce des orages et des coups de vent pour la soirée. Il ne serait pas étonnant que préfecture et mairie décident de retirer les autorisations.

À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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