Aristote en son temps eut beau se pencher sur le paradoxe de l’œuf et de la poule que celui-ci continue de préoccuper l’homme (et la femme) du 21e siècle. En un autre terme : Les talents individuels forgent-ils le collectif ou serait-ce l’inverse ? ‘’Les deux mon capitaine’’ serait-on tenté de répondre du côté de l’ovale montferrandaise, forte d’une expérience centenaire sur le dessus du panier.

Cent ans parmi l’élite ça se fête ! C’est donc le 20 septembre prochain, jour de la réception de Pau, que le stade Michelin mettra les petits plats dans les grands. Heureuse coïncidence puisque c’est justement un 20 septembre 1925 que les Jaune et Bleu, qui jouaient alors en blanc, avaient entamé leur aventure en ‘’excellence’’ par un match de préparation sur le terrain d’Aurillac (victoire 39 à 6) avant la phase régionale et les poules nationales du championnat. Bilan positif de cette première saison parmi les grands : 22 victoires, 3 nuls et 4 défaites.
L’envie d’avoir envie
Difficile d’imaginer une telle performance pour la saison qui se profile, le contexte de la compétition d’aujourd’hui n’ayant plus rien à voir avec celui d’il y a un siècle.
Après une saison dernière satisfaisante au regard du retour dans le top6 mais trop souvent marquée par des sorties de route dommageables, le chef Urios entend forger une ‘’force du collectif’’ qui est, dit-il « génératrice de talent individuel ». C’est donc face à l’immense bannière claironnant ‘’c’est à plusieurs que l’on devient unique’’ affichée au terrain d’entraînement que les troupes ont sué sang et eau pour des retrouvailles estivales on ne peut plus physiques. Rien qu’à les regarder, ça m’avait fatigué !
Sans compter les mises en scène hors stade des ‘’Défis Vulcains’’ où forgeage et bûcheronnage devaient instiller à la troupe, une et indivisible, l’envie d’avoir envie.
Il est vrai qu’avec une entame à domicile contre les champions toulousains le 7 septembre suivie d’une escale à La Rochelle, il vaudra mieux être prêt au combat avant de songer à honorer les glorieux anciens qui ont permis à leur club de tenir son rang au fil du siècle.
Lesquels anciens et leurs supporters auront dû digérer quelques déconvenues au sommet de l’Europe et les dix finales hexagonales perdues avant de soulever enfin le bouclier en 2010 puis en 2017.

L’hirondelle d’Auckland…
S’il est juste que du collectif peut naître le talent individuel, on peut s’autoriser à penser, façon Coluche, que l’inverse n’est peut-être pas faux. N’a-t-on pas constaté au fil des derniers exercices que certains postes manquaient d’envergure au regard de ce que proposait ’effectif de la précédente décennie. Ainsi, pour exemple, Camille Lopez parti à Bayonne, laissant dans la charnière un vide que l’implication du vétéran Urdapilleta ne suffisait à combler.
Sans moyens financiers ni force de conviction permettant d’attirer à Clermont un n°10 niveau bleu blanc rouge, c’est donc du côté d’Auckland qu’est venu le salut espéré. Briefé par Vern Cotter, son désormais ancien coach des ‘’Blues’’ qui connait bien la maison ‘’Yellow’’, Harry Plummer a débarqué au Michelin dès le début juillet habité par une évidente envie d’intégration. Forgé aux premiers rudiments de la langue de Molière (et d’Urios) avant son départ de Nouvelle Zélande, l’élégant n°10 (27 ans, 1m84, 94 kg) enchaine les cours de français afin de huiler la communication avec ses coéquipiers…en sachant bien ce qu’on attend de lui.

Une positive attitude qui n’est pas sans nous rappeler celle de Tony Marsh, autre néozélandais arrivé à Clermont en 1999 pour huit saisons en jaune et bleu et 21 sélections sous le maillot du XV de France. Mais, comme l’avait déjà dit l’incontournable Aristote avant Sandrine Rousseau : « une seule hirondelle ne fait pas le printemps ». Alors, wait and see !
… et les autres
Pendant que Plummer se posait à Clermont, quelques Montferrandais vadrouillaient avec plus ou moins de bonheur en compagnie d’un coq plutôt déplumé au pays des kiwis : Régis Montagne, Killian Tixeront, Baptiste Jauneau, Léon Darricarrère plus le désormais Bayonnais Alexandre Fischer qui fut d’ailleurs le plus en vue face aux Blacks.
Les retrouvera-t-on dans le groupe France de l’automne lorsque les cadors exclus de la tournée en Nouvelle Zélande par un calendrier démentiel revêtiront le maillot bleu ?
Le calendrier, tiens, justement. Voilà des lustres que reviennent chaque année les syndromes de l’indigestion de compétitions qui affecte notre élite. Mais, comme chez Cabrel, ça continue encore et encore. Les calendriers du Top14, de la coupe d’Europe, des tournées d’été et d’automne plus le Tournoi des six nations mobilisent 48 dates, sans compter les périodes de préparation et de récupération. Rappelons si nécessaire qu’une année, même bissextile, ne compte que 52 semaines. Essayez donc de faire entrer un litre de Côtes d’Auvergne dans une bouteille de 75cl !

Billevesées
Contrainte de se passer d’une grande partie de ses meilleurs éléments accaparés par la conquête du Brennus et rincés par les cadences infernales, la France devra-t-elle encore se contenter d’aligner des équipes bis alors que, dès la saison prochaine, une très officielle
Ligue des Nations remplacera les tournées et les tests-matchs obsolètes ? L’envie d’avoir envie ne suffira pas au XV tricolore pour jouer une partition majeure. Mais comment faire ?
Amincir le TOP14 avec un TOP12 avec ou sans barrages serait sans doute une solution. Mais ceux qui l’ont déjà évoqué ont pris un carton rouge. Bizness is bizness. En fait, toujours fière de ses exceptions culturelles, la France est la seule des grandes nations du rugby à ne pas considérer son équipe nationale comme une priorité absolue, malgré les grands discours dont elle se régale.
En revanche, faute de ‘’cojones’’ la LNR a quand-même des idées fortes. Ainsi, ‘’afin de valoriser l’avant-match et marquer le respect envers les arbitres’’, il a été décidé qu’à la sortie du tunnel les deux équipes leur formeraient une haie d’honneur ! Un show télévisuel auquel les intéressés ont déclaré ne pas avoir envie de se prêter. Et vlan !
L’herbe du Michelin, très mal classée par les experts-jardiniers de la LNR, a tout le temps de retrouver sa verdeur avant que le principal l’emporte sur l’accessoire.








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