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Marc Batard fils de l'Everest / Photo Théo Livet
Marc Batard fils de l'Everest / Photo Théo Livet
Chroniques

Marc Batard : la dernière croisade ?

Et si, entre deux épisodes caniculaires, nous allions prendre le frais sur les pentes de l’Everest ? Peut-être pourrions-nous y croiser l’incontournable Marc des cimes, l’auvergnat d’adoption, dans sa quête perpétuelle d’humanité. Depuis quelques années, Marc Batard s’est lancé dans une entreprise que nous avons déjà évoquée qui consiste à rendre moins mortelle la voie népalaise menant sur le toit du monde. Une aventure sans fin ?
Marc Batard en Bourbonnais / Photo Yves Meunier
Marc Batard en Bourbonnais / Photo Yves Meunier

En cette période de chassé-croisé des juilletistes, nous avions sûrement plus de chance de trouver notre homme en vadrouille hexagonale que dans les neiges de sa seconde patrie himalayenne. A moins qu’il se soit mis en pause vacances dans la quiétude de son village de la Celle, aux confins de l’Allier et du Puy de dôme. Mais non, la chaise longue douillette en face des collines bourbonnaises, ça n’est pas son truc.
« Allo Marc, bonjour ! Comment vas-tu ? » Bruit de voiture «  Ça va et toi ? Je suis sur la route de Chamonix pour un rendez-vous ! » Et l’insatiable de m’expliquer qu’il doit rencontrer le colonel patron du Groupe Militaire de Haute Montagne dont il pourrait avoir besoin des services.

En croisade

C’est qu’à 73 ans il ne désarme pas notre ‘’sprinter de l’Everest’’, ainsi baptisé en 1988 après qu’il ait atteint le toit du monde en moins de 24 heures en solitaire et sans apport d’oxygène. Un record toujours au guinness book.
Sans les crampons ni le piolet, le solitaire des 8849 mètres a repris son bâton de pèlerin afin de mettre sur pied une ultime expédition qui doit finaliser la voie dénommée Sungdare Sherpa-Marc Bâtard. Une alternative au passage de ‘’l’Ice fall’’, cascade de glace où près de 50 sherpas ont trouvé la mort depuis un demi-siècle.
En fait, la croisade entamée trois ans plus tôt aurait dû être bouclée au printemps dernier lorsqu’une équipe de 18 personnes s’était retrouvée autour de l’initiateur pour achever l’équipement de quatre murs dont trois parois rocheuses. La mise en place de barreaux métalliques style via ferrata était assurée par un groupe de 7 cordistes.

Tracer la voie / Photos Marc Batard
Tracer la voie / Photos Marc Batard


L’espoir d’atteindre l’objectif allait malheureusement fondre comme neige au soleil, emporté par l’arrivée d’une météo peu favorable et des ennuis de santé dus à un problème de nourriture qui gagnaient une partie de la troupe. Début mai, Marc décidait donc de stopper l’expédition qui devait, cerise sur le gâteau, se prolonger par l’ascension du Nupste, un sommet de 7861 mètres voisin de l’Everest. Grosse déception et retour au bercail malgré les rouspétances de quelques uns des équipiers.

Ferraillage / Photo Marc Batard
Ferraillage / Photo Marc Batard

Rebelle toujours

« J’aurai pu envisager d’y retourner cet automne pour achever le projet mais le délai était trop court pour monter le financement d’une nouvelle expédition ».
C’est ainsi que j’ai retrouvé notre rebelle d’autant plus grognon que ses critiques formulées à l’égard du YouTubeur Inoxtag lui ont valu en retour des remarques désagréables. Le jeune influenceur en question a réalisé et sorti fin 2024 un film relatant son apprentissage express de l’alpinisme qui l’a propulsé en l’espace d’un an du statut de novice à celui de ‘’vainqueur’’ de l’Everest (Plus de 8 millions d’abonnés sur YouTube).
« Le film est très beau mais ce qui me fout en rage c’est qu’avec un gros budget (estimé à près d’un million d’euros) il n’y a pas grand-chose derrière l’esthétique sinon du vent et des messages écolos peu convaincants gobés par la presse…bien sûr ! »
Écorché vif de nature, Marc le révolté enchaîne sur le dossier quasi insoluble de la sur fréquentation de l’Everest dont les dommages collatéraux vont de la pollution de la montagne à la multiplication des accidents : 31 morts sur les mois de mai cumulés de ces trois dernières années dont certains provoqués par un embouteillage à l’approche du sommet atteint ce printemps 2025 par 600 alpinistes. Premier arrivé sur le toit du monde il y a 72 ans, Edmund Hillary doit se retourner dans sa tombe.

Embouteillage au sommet / Photo Nirmal Purja MBE
Embouteillage au sommet / Photo Nirmal Purja MBE

Une dernière marche à 100 000 euros

La cour suprême népalaise ayant demandé au gouvernement de limiter le nombre de permis d’escalade, les autorités viennent, pour toute réponse, d’augmenter le tarif dudit permis qui passe de 11 000 à 15 000 dollars par personne. Pas sûr que cela décourage les aventuriers friqués souvent davantage portés par leur ego que l’amour de la montagne. Par sûr non plus que cela impacte le bizness des agences sachant que le prix total de l’aventure se situe entre 50 000 et 100 000 € selon le confort souhaité…sans garantie aucune d’atteindre le nirvana.

Glacier Khumbu & camp 2 / Photos Théo Livet
Glacier Khumbu & camp 2 / Photos Théo Livet

« 100 000 euros et même un peu plus, c’est justement ce qu’il me faut trouver pour repartir et achever l’équipement de cette voie sécuritaire destinée surtout aux sherpas qui sont les premières victimes du glacier du Khumbu » Un financement mais aussi la recherche de soutiens logistiques ajoute Marc Bâtard. Ce qui explique les allers et venues dans l’hexagone afin de porter la bonne parole autour de son film ‘’L’Everest en partage’’(1) et garder le contact avec ses sponsors dans la perspective de pouvoir achever le projet au printemps 2026.
« Ce que je voudrais avant tout c’est que le gouvernement du Népal, premier concerné, participe enfin au financement. J’attends sa réponse en espérant qu’elle soit positive sinon la suite pourrait ne jamais venir… »
Porté depuis toujours par ses engagements humanistes, le sprinter de l’Everest, qui se dit en pleine forme, saurait-il dès lors se contenter de sacrifier seulement à sa discrète passion d’artiste-peintre ? J’en doute un peu.


(1) Film de Théo Livet. Carbone productions.

L'artiste-peintre / Photo Yves Meunier
L’artiste-peintre / Photo Yves Meunier
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À propos de l'auteur

Yves Meunier

Bourbonnais originaire de Gannat où il s’est essayé au rugby sous le maillot de l’ASG pendant une douzaine d’années. Diplômé d’Etudes Supérieures en Sciences Economiques à l’Université de Clermont. Journaliste à France3 Région de 1972 à 2007. Aujourd’hui impliqué avec des amis dans une aventure viticole du côté de Saint-Emilion et toujours en prise avec le sport auvergnat au sein de l’Union des Journalistes de Sports en France.

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