Un MUN, comme Model United Nations, est un rassemblement de jeunes, totalement organisé par des jeunes, qui prend la forme d’une conférence intergouvernementale de l’ONU et dont le but est de sensibiliser la jeunesse aux grands enjeux du monde, aux relations internationales et à la diplomatie, en abordant des sujets d’actualité.
Les MUN sont organisés un peu partout en Europe et dans le monde, sous la houlette de l’ONU. Les plus prestigieux sont ceux des universités américaines de mais le MUN, le plus exceptionnel est le FerMUN, qui se déroule, les locaux de l’ONU.
Dans de nombreux pays, les MUN commencent au collège ou au Lycée. En France, ils sont généralement organisés dans les grandes écoles et les universités, mais à Clermont, c’est l’Ensemble scolaire international Massillon & Ecole Bilingue Internationale de Clermont qui en porte l’organisation.
Cette semaine une centaine d’élèves ont investi, l’Hôtel de région pour organiser, 4 jours durant, le ClerMUN 2025 qui traite du thème « Droits et liberté ».
Parmis les nombreux intervenants, nous avons rencontré Alain Le Roy, ambassadeur de France et ancien Secrétaire général adjoint de l’ONU, chargé des opérations de maintien de la paix.
« Cela vaut le coup de transmettre »
7 Jours à Clermont : Ce n’est pas la première fois que vous participez au ClerMUN. Qu’est ce qui vous pousse à venir ?
Alain Le Roy : C’est la 4e ou 5e fois que je viens au ClerMUN. J’y reviens parce que je retrouve à chaque fois chez ces jeunes, quelque chose qui me donne de l’espoir. J’habite à Paris, je rencontre souvent des jeunes qui me disent « On ne va plus voter, tout cela ne sert à rien, la politique c’est tous des corrompus, l’ONU c’est zéro… » et évidemment cela me désespère. Ici, je sens au contraire, chez tous ces jeunes motivés, une envie de prendre en main les affaires du monde. Ils sont tout à fait conscients des problèmes qu’il y a dans le monde, ils ne sont pas du tout naïfs, mais simplement ils ne disent pas qu’ils ne peuvent rien y faire. Au contraire ils se demandent comment contribuer pour améliorer les choses.
7JàC : Cette attitude positive vous donne-t-elle de l’espoir ?
A. L. R : Oui évidemment cela donne beaucoup d’espoir. Tous ces jeunes que j’ai rencontré, soit dans la session plénière, soit dans les comités, sont des jeunes qui ont réfléchi, qui ont préparé et qui je le répète ne sont pas naïfs. Ils ont envie de contribuer à améliorer Clermont, la France, la planète et l’organisation de la planète à travers l’ONU.
7JàC : Avez-vous l’impression que les jeunes que vous côtoyez au ClerMUN ont plus de maturité ?
A. L. R : Ils ont la maturité de jeunes de 16 à 18 ans… mais puisqu’ils ont beaucoup réfléchi, ils ont une maturité plus élevée. J’en rencontre beaucoup du même âge qui sont moins matures parce qu’ils sont plus désabusés. Ici ce ne sont pas des jeunes désabusés. C’est très fort de rencontrer des jeunes qui donnent la pèche et c’est pour cela que je viens. Je me dis que cela vaut le coup de transmettre parce que ces jeunes croient aux mêmes valeurs, ils ont des envies de faire bouger les choses, de ne pas accepter que le monde soit gouverné par la loi du plus fort, par l’anarchie ou par les régimes autoritaires… et tout cela avec leurs réflexes, les nouveaux codes de leur génération, les réseaux sociaux et tous les nouveaux moyens à leur disposition.
« Ils veulent contribuer à améliorer les choses et ça c’est très beau »
7 Jours à Clermont : Quels sont les grands sujets dont vous avez débattu avec eux ?
Alain Le Roy : Bien sûr l’ONU dont c’est la 80e année, les difficultés actuelles de l’ONU, le fait qu’elle est critiquée mais irremplaçable et indispensable, de l’Ukraine, de Gaza, du Soudan, du Congo… tous les grands sujets liés aux tragédies dans le monde.
7JàC : Est-ce que l’écologie reste présente dans leurs préoccupations ?
A. L. R : Cette année, l’écologie les préoccupent un peu moins que les autres années parce que les conflits mondiaux sont tellement forts que cela prend encore plus de poids. L’Ukraine, Gaza, Monsieur Trump aux États-Unis, c’est sûr que ça les mobilisent plus, parce que les médias en parlent plus que du climat. Mais quand on creuse un peu, le climat reste important pour eux. Et je leur dis que pour le climat ce n’est pas un seul pays qui peut avancer. C’est la COP de Belém, c’est l’ONU qui peut aider à résoudre. C’est valable pour le climat, mais aussi les pandémies, le terrorisme, la régulation du numérique mondial, il faut des organismes internationaux et le seul qui a vocation universelle, c’est l’ONU.
7JàC : Restent-ils optimistes malgré tout ?
A. L. R : Oui, ils sont inquiets mais pas au point de dire qu’il n’y a plus rien à faire. Ils voient que le monde est en difficulté, qu’il y a des régimes autoritaires terribles, des privations de droits de l’homme et de liberté dans un grand nombre de pays… ils pourraient dire en conclusion qu’il n’y a plus rien à faire, qu’ils restent chez-eux, mais au contraire ils veulent contribuer à améliorer les choses et ça c’est très beau.
7JàC : Ont-ils pleinement conscience du rôle de l’ONU, des ambassadeurs et du besoin de médiation dans le monde ?
A. L. R : Oui par définition. S’ils viennent au ClerMUN, c’est qu’ils croient que l’ONU peut faire quelque chose, même si elle n’est pas parfaite… mais c’est ce que l’on a inventé de mieux pour essayer de faire de la médiation dans les conflits. Elle n’a pas été capable d’empêcher la guerre en Ukraine, à Gaza ou même au Soudan, mais elle a contribué à diminuer la taille de certaines catastrophes. Ça ils en ont la conscience mais ils voient qu’il y a d’autres choses comme le rôle fondamental de l’Union Européenne, les Unions Africaines… Personne n’a critiqué la charte de l’ONU et les valeurs exprimées restent universelles pour la génération de 1945 comme pour celle d’aujourd’hui.
7JàC : Pour participer au ClerMUN les jeunes doivent respecter un dress code, alors qu’à leur âge, on casse plutôt les codes. Qu’est ce que cela montre selon vous ?
A. L. R : Je n’avais pas réfléchis à cela… C’est vrai qu’avant tout ce sont des jeunes respectueux, comme si on leur avait inculqué des valeurs de respect. C’est clair que dans l’éducation le respect est très important si l’on veut dialoguer car le dialogue n’est fructueux que s’il y a respect. Bravo à l’éducation qu’on leur a donné, ça se voit dans les vêtements mais ce qui m’a le plus frappé c’est le respect dans la discussion, le respect des arguments de l’autre, même si on est pas d’accord.












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