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Julien Pierre et le Brennus en 2010- photo Revoir Editions.
Chroniques

Un Pierre grandeur nature

J’aurais pu disserter sur les tribulations d’un ex du pack de l’ASM en bagarre avec le club qui aurait mis en danger son intégrité physique et mentale. Mais bon, à vrai dire, ce truc médico-judiciaire surmédiatisé ne me branche pas trop. J’ai plus envie d’évoquer l’engagement d’un autre héros montferrandais. S’il a quitté le maillot jaune et bleu depuis 2015, les convictions de Julien Pierre le ramènent sans cesse en Auvergne pour une cause qui mérite le détour.

Bien qu’Aveyronnais de naissance puisque né à Rodez en 1981, le bébé Julien n’a pas vraiment eu le temps de profiter des saveurs onctueuses de la saucisse-aligot. En fait, il a passé toute son enfance… dans le zoo des Sables d’Olonnes.

Non qu’il fût un sujet insupportable au point de se retrouver derrière des barreaux mais tout bonnement parce que ses parents étaient les gérants de l’établissement.

L’instinct nature    

La main à la pâte.

Avant de s’en aller ferrailler du haut de ses 197 centimètres et ses 110 kilos dans les packs de La Rochelle, Bourgoin, Clermont et Pau, le jeune Pierre eut donc le plaisir de se former au rugby avec les copains du RC Sablais. Mais comme le petit avait l’esprit plutôt ouvert, la formation ne s’arrêta pas aux contours de la balle ovale. Puisqu’il y habitait, le zoo fut tout naturellement un merveilleux terrain de jeux, d’observation et de sensibilisation à la cause animale.

Ainsi, au fil du temps et de l’intérêt porté aux choses de la nature, le petit enfant puis le grand ado s’imprégnèrent d’une certaine culture environnementale. De l’observation à l’action, il fallut attendre une bonne douzaine d’années pour que le Chameau, surnom dont l’affublaient gentiment ses coéquipiers, trouve le déclic du passage à l’acte. C’est au cours de l’été 2009, au terme de sa première saison montferrandaise ponctuée d’une finale (perdue) contre Perpignan, que se révèle la vocation.

D’un voyage à Sumatra, JuPi, autre surnom, rapporte le paludisme et une terrible impression de fin du monde à travers des paysages irrémédiablement bouleversés par la production intensive d’huile de palme. Le paludisme se soignera mais pour le reste… 

Révélation

Panthères des neiges à Ardes-sur-Couze.

« Forêt brulée, mangrove détruite…ces images m’ont ouvert les yeux. Tu te rends compte que ça ne repoussera jamais, que c’est terminé !»

Le temps de fêter le Bouclier historique du 29 mai 2010 avec ses potes de l’ASM et voilà que des idées prennent corps entre Clermont et les hauteurs d’Ardes sur Couze où Julien est entré en contact avec les propriétaires du Parc Animalier d’Auvergne, spécialisé sur la faune des sommets du monde et réserve zoologique pour des espèces menacées. Le courant passe mais les hommes ne veulent pas s’emballer sur un coup de pub. Trop souvent, des sportifs pros de renom se contentent de coller leur image à une bonne cause sans lendemain.

« J’observe beaucoup avant de me mettre en action !» Comportement certes peu recommandé sur un terrain de rugby mais qui va porter ses fruits pour concrétiser les intentions.

En 2013 JuPi et les ‘’Jaune et Bleu’’ laissent le titre européen à Toulon mais tout n’est pas perdu cette année-là. Portés par les mêmes valeurs, le Parc et Julien créent l’association La Passerelle Conservation qui, en 2015, deviendra un fonds de dotation. Sa vocation est de récolter des financements en vue de mener des actions d’intérêt général.

Objectif atteint pour le grand Pierre qui se console des deux finales perdues, Coupe d’Europe et Top14, au moment de faire ses adieux à l’ASM. 

Partir, revenir

Au terme de sept années clermontoises agrémentées de 27 sélections dont une finale de Coupe du Monde en 2011 avec le XV de France, JuPi part donc endosser la tunique verte (tiens donc !) et un rôle de leader dans le pack de la Section Paloise qui retrouve le Top14.

Un investissement sans faille pendant trois saisons au sein de la ‘’Green Team’’ béarnaise ne l’empêche pas de rester connecté en permanence avec La Passerelle Conservation dont il est aujourd’hui encore le président. Du Béarn ou en terre auvergnate, il continue d’assumer pleinement son engagement afin de soutenir des programmes de sauvegarde choisis avec son autre ‘’Green Team’’, celle des contreforts du Cézallier.

En 2017, le gibbon du Laos, le panda roux du Népal ou la panthère des neiges de Mongolie ont ainsi fait partie des premiers bénéficiaires de ces actions privilégiant les espèces présentes dans le parc d’Ardes sur Couze. 30 000 euros avaient pu être reversés grâce à divers événements organisés sur le site. Dans le même temps Julien s’était très investi dans le projet de Maison de la Nature Auvergnate ouverte fin 2017 à Orbeil, tout près d’Issoire, qui réunie cinq associations naturalistes…dont La Passerelle Conservation.

Objectif  100 000 euros  

La main dans la …patte.

Pour cette année 2019 le Parc et la fondation lancent l’EURO NATURE. Sur chaque ticket d’entrée, 1 euro sera directement reversé aux associations soutenues, tout comme les dons de l’opération ‘’Adoptez un animal’’ qui consiste non pas à emporter à la maison une panthère des neiges qui tiendrait compagnie à Médor (on s’en serait douté) mais à parrainer une des espèces à préserver grâce à un don ouvert à déduction fiscale. Recette globale espérée : 100 000 Euros.

L’EURO NATURE ne vise pas seulement à préserver l’ours du Tibet ou les Kulans du Kazakhstan. Parmi les 16 programmes aidés l’Auvergne est désormais présente avec ’Biodiv’Educ’ initié par La Passerelle du président Julien Pierre. Ce projet pédagogique s’appuie sur des technologies innovantes afin d’intéresser petits et grands à la préservation de la biodiversité, notamment en milieu forestier. « Ça me tient vraiment à cœur. Je ne sais pas ce qu’on va laisser à nos enfants mais ils vont faire le monde de demain…à nous de leur transmettre de bons réflexes. »

Retiré des crampons et désormais coordonnateur sportif en charge du développement à la Section Paloise, JuPi ne reste pas non plus les deux pieds dans le même sabot du coté de l’Auvergne.

 

En savoir plus www.parcanimalierdauvergne.fr

 

 

 

À propos de l'auteur

Yves Meunier

Yves Meunier

Bourbonnais originaire de Gannat où il s’est essayé au rugby sous le maillot de l’ASG pendant une douzaine d’années. Diplômé d’Etudes Supérieures en Sciences Economiques à l’Université de Clermont. Journaliste à France3 Région de 1972 à 2007. Aujourd’hui impliqué avec des amis dans une aventure viticole du côté de Saint-Emilion et toujours en prise avec le sport auvergnat au sein de l’Union des Journalistes de Sports en France.

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