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Tetyana Ogarkova / Photo 7 Jours à Clermont
Tetyana Ogarkova / Photo 7 Jours à Clermont
Entretiens

Tetyana Ogarkova, journaliste ukrainienne : “on ne peut pas céder à Poutine”

Une journée dédiée à la guerre en Ukraine vient de se dérouler à la Maison des Sciences de l'Homme de Clermont. Tetyana Ogarkova, maître des conférences à Kiev, journaliste et responsable d'une ONG était présente pour témoigner de la situation dans son pays.

La Maison des Sciences de l’Homme de Clermont a accueilli, ce vendredi, une journée dédiée à l’Ukraine. Organisée en collaboration avec la Ville de Clermont et l’Université Clermont Auvergne, l’objectif des institutions clermontoises a été de sensibiliser les habitants de la capitale auvergnate à la guerre en Ukraine, débutée il y a déjà trois ans et à ses enjeux internationaux. Dans cette optique, un documentaire a été projeté et des tables rondes ont été organisées. Au lendemain du retrait de l’aide économique et de l’arrêt des renseignements américains, l’Ukraine compte désormais sur le soutien européen renforcé et donc par extension, sur le soutien français.

Tetyana Ogarkova, spécialiste de la guerre à Clermont

Une des invitées du jour a été Tetyana Ogarkova*, maître des conférences à l’Université Mohyla à Kiev, journaliste et responsable de l’ONG ukrainienne : l‘Ukraine Crisis Media Center. Au travers de cette ONG, elle a créé un podcast : L’Ukraine face à la guerre, disponible sur les différentes plateformes de streaming. L’argent amassé, grâce au podcast sert à acheter des voitures afin de les envoyer aux militaires sur le front.
À l’occasion de cette journée particulière, Tetyana Ogarkova s’exprime avec intérêt sur divers sujets tels que l’impact des associations clermontoises, la culture nécessaire en temps de guerre et les perspectives de guerre sans États-Unis.

“Il n’y a pas de petits pas ni de petite solidarité.”

7 Jours à Clermont : Voyez-vous l’aide d’une ville, comme Clermont, nécessaire à l’heure actuelle ?
Tetyana Ogarkova : Oui, à Clermont, les personnes nous aident même si ce n’est pas la capitale française. Mais on a appris une chose : dans la guerre, il n’y a pas de petits pas et il n’y a pas de petite solidarité. Les gens de Clermont, sont loin de la ligne de front, mais ils concluent des partenariats avec la ville de Kremenchouk en Ukraine tout en accueillant, ici, des étudiants et des chercheurs ukrainiens. D’autres organisent des collectes de fonds pour de multiples causes ukrainiennes. Je suis très touchée par le fait qu’à Clermont, il y a des gens qui ne sont pas indifférents à l’Ukraine. Tout ceci compte parce qu’il s’agit d’une solidarité commune. Ça remonte le moral. Dans la guerre, il n’y a rien de plus important que le moral des gens.

La culture, pour rester debout en temps de guerre

7JàC : En parlant de moral, la culture joue-t-elle un rôle important pour le regagner? 
T.O : Oui, on a découvert pendant la guerre que la culture, contrairement à ce qu’on pensait, n’est pas un ornement de la vie. Ce n’est pas quelque chose de facultatif, qu’on fait après avoir satisfait tous les besoins primaires comme manger ou se protéger. Non, la culture est quelque chose de très important, très essentiel, parce que la culture, c’est l’identité. C’est-à-dire que la Russie mène contre l’Ukraine, une guerre pour écraser son identité en tant que telle. Et donc quand on va dans les zones exposées aux risques de combat, les gens sont très preneurs de dialogues culturels et de livres que nous apportons vers les lignes du front, puisque ce n’est pas facultatif, c’est notre fondement. C’est le fondement qui nous remplit de force pour continuer le combat.

“Une trahison américaine”

7JàC : Depuis le désengagement des Américains, qu’est-ce qui a changé ?
T.O : Beaucoup de choses ont changé puisque l’aide américaine, d’un milliard d’euros destinée à l’Ukraine, a été stoppée. Trump a également coupé les renseignements des services secrets destinés à l’armée ukrainienne. Ce qui veut dire que les risques d’attaque envers la population civile sont encore plus importants à l’heure actuelle, puisque les Américains donnaient les informations permettant de lancer des alertes aériennes. Et donc les gens qui se trouvaient près de la ligne du front ou à 200 km, pouvaient s’orienter et se cacher dans les abris en cas d’alerte. Aujourd’hui, il y a moins d’alertes et plus de frappes visant les personnes civiles qui seront donc d’autant plus meurtrières.

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À propos de l'auteur

Dorian Blanot

Natif de Bourgogne, Dorian Blanot est étudiant en Master Études Européennes Internationales, à l'Université Clermont Auvergne. Durant une année en Erasmus à Saragosse en Espagne, il a suivi une formation en journalisme et se destine à faire carrière dans la presse.

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