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Yelyzaveta Taryhina / Photo Dorian Blanot
Yelyzaveta Taryhina / Photo Dorian Blanot
Entretiens Université

Liza, étudiante à l’UCA : « Mon corps est ici, mais mes pensées sont toujours en Ukraine »

Des milliers de réfugiés ukrainiens ont fui la guerre en choisissant comme terre d’accueil, la France et notamment Clermont pour les études.

Il y a 3 ans, la guerre en Ukraine débutait. Plus de 100 000 réfugiés ukrainiens ont fui la guerre pour rejoindre la France. Parmi eux, Yelyzaveta « Liza » Taryhina, une étudiante ukrainienne de 22 ans dont la famille habite encore à côté de Krementchouk, ville jumelle de Clermont depuis octobre 2023. Elle a décidé de suivre un master « Études Interculturelles Franco-Espagnoles », sur le site Carnot de l’Université Clermont Auvergne. Elle s’exprime, sur la situation actuelle, les études en France et la préoccupation pour sa famille encore là-bas.

« Remercier la France comme je le peux »

Dorian Blanot : Es-tu partie d’Ukraine vers la France, dès que la guerre a débuté, il y a 3 ans ?
Yelyzaveta Taryhina : La France n’est pas le premier pays où j’ai trouvé refuge. En mars 2022, j’ai voyagé en Allemagne avec mon frère et ma mère, où nous avons habité pendant 2 mois. Après nous sommes rentrés en mai 2022,  puis je suis arrivée en France le 13 juillet 2022 avec mon amie Masha. Pendant ce voyage de deux jours, nous ne savions pas où aller. On a donc décidé de contacter les personnes avec qui nous échangions sur  Tandem, qui permet de discuter avec des personnes du monde entier pour pratiquer une langue. Mais personne ne voulait nous héberger, sauf une qui voulait en contrepartie, une grosse somme d’argent. Ce qui n’était pas possible. Après cela, Masha a réussi à contacter une camarade de classe qui habitait déjà à Dijon depuis mars 2022. Cette personne nous a aidés à obtenir les papiers et nous a donnés un endroit pour dormir. Ensuite, nous avons séjourné à l’hôtel pendant 3 jours, avant d’obtenir une chambre dans une résidence sociale où j’ai résidé pendant deux ans avant de venir à Clermont.

D.B : Est-ce que d’autres personnes ont facilité l’intégration en France ?
Y.T : Oui, la vie est devenue plus facile après ces premiers jours, car on a été soutenues par des personnes qui voulaient nous aider. Tu essaies de t’intégrer pour rendre à la France ce qu’elle t’a donné. De plus, les Français de la résidence dijonnaise nous aidaient à nous intégrer en nous invitant à participer à leurs soirées et repas. Donc, j’ai rapidement réussi à m’intégrer.

« J’adore étudier à Clermont »

D.B : : Quelles études as-tu suivies en Ukraine avant de venir en France ?
Y. T : J’ai suivi une formation de 4 ans en relations internationales à l’Université de Kiev. L’espagnol et l’anglais sont des langues obligatoires. En deuxième année, j’ai eu la chance de choisir une 3e langue et j’ai opté pour le français. Après deux ans de pratique de cette langue, j’ai réussi à obtenir le niveau A2. Malgré tout, j’ai réussi à terminer ma licence en distanciel car j’étais déjà en France à ce moment-là.

D.B : Comment décris-tu aujourd’hui ta vie d’étudiante clermontoise ?
Y.T : Tout d’abord, ma vie est plus calme. J’ai fait la découverte d’un nouveau monde et d’une nouvelle culture. Chaque jour, je découvre de nouvelles choses. Clermont offre aux étudiantes des études vraiment passionnantes. Il y a de nombreuses matières variées qui m’aident à progresser en français. J’apprécie également la possibilité de faire un stage pendant mes deux années en tant qu’étudiante clermontoise, ce qui diffère du système éducatif ukrainien. Je fais tout cela tout en continuant de communiquer avec ma famille.

D.B : Arrives-tu à obtenir facilement des nouvelles d’Ukraine même ici à Clermont ?
Y.T : Oui, j’échange tous les jours avec ma mère et ma grand-mère. Elle me raconte les bombardements à Krementchouk, la grande ville à côté de chez moi. Parfois, elle me dit qu’elle ne sait pas quoi faire car il y a des drones qui passent dans la ville. Elle est perdue entre sortir dehors et se faire tuer ou rester chez elle avec le risque de mourir également. De plus, je suis les actualités en Ukraine avec des canaux d’information ukrainiens sur le réseau social Télégram. Ce qui me permet de savoir où sont les endroits bombardés la journée et quand les alarmes sonnent. J’ai peur pour mes amis enrôlés, ma famille encore là-bas. Et moi je suis en sécurité ici, en France.

D.B :  Te sens-tu seule à Clermont ?
Y.T : Oui, je n’ai pas l’habitude d’être seule et d’être si loin de ma famille. A Kiev, j’habitais avec une amie. J’avais déjà du mal à vivre sans ma famille à Kiev avant la guerre. Aujourd’hui , être étudiante à Clermont sans eux en temps de guerre, c’est encore pire. Mon corps est ici à Clermont mais mes pensées sont toujours en Ukraine.

« L’Ukraine, mon pays me manque »

D.B : Quelles étaient les conditions de vie en Ukraine avant les 3 ans de conflit ?
Y.T : Selon moi, la vie en Ukraine était « normale » même s’il est évident que certaines personnes souffrent de la pauvreté.
Avant l’invasion russe, les Ukrainiens pouvaient vraiment profiter de la vie. Après le début de la guerre, j’ai regardé à la télévision et Poutine affirmait que cette opération avait pour but de sauver des vies. Je ne comprends pas cette affirmation. Quelques temps plus tard, j’ai vu sur les réseaux sociaux, certains messages de soldats russes interceptés par les services secrets ukrainiens où les soldats disaient : « Maman, je ne comprends pas ce qu’on fait là, ils vivent mieux que nous, ici en Ukraine. La vie était semblable à celle que l’on pourrait imaginer dans les pays libres. Les conditions de vie étaient plutôt agréables et répondaient aux besoins du peuple.

D.B : As-tu l’occasion de retourner en Ukraine ?
Y.T : Oui, j’y suis allée quelques fois mais le trajet dure 2 jours. Les voyages sont donc assez limités entre les deux pays. Et chaque fois, j’essaie de trouver les moyens les plus rapides et les moins chers pour retourner là-bas. Je compte y aller en avril et le trajet va se faire de la manière suivante : je dois aller à Lyon pour prendre un avion jusqu’à Cracovie en Pologne, ensuite je prends un bus pour aller à la frontière ouest de l’Ukraine. Et pour finir, je prends le train pour aller à Kiev et après aller à Krementchouk avant de terminer le trajet en voiture avec ma mère.

D.B : As-tu peur lors de ces trajets en Ukraine ?
Y.T : Dès que je passe les frontières à l’ouest, j’ai peur car je dois traverser le pays pour aller à l’est de l’Ukraine. La traversée prend une journée. Lorsque la situation est « calme » vers là où j’habite, je suis un peu rassurée mais sinon j’ai peur tout le long de mon voyage.

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À propos de l'auteur

Dorian Blanot

Natif de Bourgogne, Dorian Blanot est étudiant en Master Études Européennes Internationales, à l'Université Clermont Auvergne. Durant une année en Erasmus à Saragosse en Espagne, il a suivi une formation en journalisme et se destine à faire carrière dans la presse.

1 Commentaire

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  • Hé bien moi j’aide une quinquagénaire ukrainienne à retrouver un poste. Une personne adorable, que l’on sent très cultivée et ouverte d’esprit.
    J’espère que quelqu’un saura lui donner une nouvelle chance dès la fin mars – elle est actuellement de retour dans son pays.
    Pour tout renseignement, n’hésitez à me contacter via ‘7Jours à Clermont’ – merci pour elle !

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