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L'Essentiel
Cette rencontre a eu lieu dans un contexte contrasté, Clermont ayant récemment été éliminé de la Coupe de France, tandis que le Red Star était classé 2e en Ligue 2, malgré des performances à domicile fragiles.
Bien que le CF63 ait montré des séquences de jeu prometteuses, il a également révélé des problèmes de gestion d'avantage et de fragilité sur les coups de pied arrêtés, laissant un sentiment de frustration face à une victoire qui semblait à portée.
Un contexte particulier, entre sursaut et contrecoup
Cette rencontre arrivait au carrefour de deux dynamiques opposées.
Une semaine plus tôt, le CF63 avait été piteusement éliminé au 7e tour de Coupe de France par Blois, lanterne rouge de son groupe de N2.
Quelque temps avant cela, il avait arraché une victoire contre Amiens dans les arrêts de jeu, nourrissant l’espoir d’un renouveau.
En face de lui, un Red Star installé dans les hauteurs du classement, surprenant 2e de Ligue 2, mais paradoxalement fragile à domicile (1 nul et 2 défaites en 6 rencontres à Bauer).
Les deux équipes partageaient une statistique amusante : ce match réunissait les deux plus gros bénéficiaires de penalties de la saison – 4 obtenus par le RSFC et 3 par Clermont (tous provoqués par Kader Bamba).
Sur le papier, la rencontre annonçait un duel entre une équipe en forme et une autre qui cherche encore son point d’équilibre.
Red Star – Clermont : Une équipe “à réaction”
Les Clermontois n’avaient presque pas touché le ballon que déjà le Red Star menait.
À la 1re minute, Durand surgissait pour reprendre un centre tendu à ras de terre après une ouverture remarquable de l’ancien 10 des “Rouge et Bleu”, Khaoui.
Une action simple et punitive, qui plongeait le CF63 dans la pire configuration possible.
Mais paradoxalement, ce coup de massue a eu un effet positif : une réaction immédiate, collective et intense.
Bamba égalise d’abord sur une frappe croisée dans un angle assez fermé (1-1, 12e), puis redonne l’avantage aux siens (1-2, 24e) en concluant d’une frappe parfaite en lucarne une action montée en une touche sur tout le terrain.
Le genre d’action qui apaise toutes les tensions d’une semaine au boulot pour les supporters.
Cette séquence clermontoise, trente minutes de jeu net, rapide, précis, tranchait avec les prestations brouillonnes des dernières semaines.
Le CF63 avait retrouvé ce qu’il perd trop souvent : la spontanéité.
Une demi-heure comme on n’en avait plus vu depuis longtemps
Entre la 10e et la 40e minute, Clermont a pratiqué un football rare pour lui cette saison (et même plus…) : bloc soudé, transmissions propres, déplacements coordonnés, et une verticalité assumée.
L’équipe touchait la surface adverse à plusieurs reprises – 19 touches au total dans le match, dont la majorité lors de cette première période – avec une maîtrise bien plus évidente que ces dernières semaines.
Il n’y avait pourtant pas de pluie d’occasions franches, puisque le CF63 ne produira que 3 occasions dans tout le match. Mais celles qui ont été construites durant cette demi-heure avaient une vraie valeur technique et provoquaient un vrai danger.
Cette maîtrise aurait dû ouvrir la voie à un break. Et c’est peut-être là que se joue une partie de la frustration : Clermont a su dominer par moment, mais pas assez et surtout pas sur la durée pour faire de ce match une rencontre référence.
Une seconde période de (mauvaise) gestion…
Au retour des vestiaires, Clermont choisit d’abord la prudence. Ce choix n’a pas été totalement stérile : Fakili touche le poteau dès la 48e, et Salmier, d’une Madjer, manque d’un rien la balle du 1-3 sur un centre de Konaté à la 84e.
Deux situations majeures qui n’apparaissent pas vraiment dans les xG car les gestes étaient difficiles.
Tout le reste du temps ? Un Clermont Foot recroquevillé sur son but, tentant de gagner du temps, comme trop souvent. Un jeu contre-nature pour cette équipe, conçue pour mieux, mais qui tente de se rassurer en refaisant inlassablement ce qui crée le doute.
Face à cette gestion maladroite, le Red Star installait progressivement sa domination territoriale et finissait par s’offrir plus de présence dans le dernier tiers.
Sur corner, avec un ballon étrangement placé avant de tirer, à la 86e, Lemonier s’élève plus que tout le monde et punit une équipe qui avait reculé trop tôt et trop longtemps.
Ce but vient punir un schéma récurrent : Clermont sait prendre l’avantage, mais gère cet avantage fragilement plutôt que d’enfoncer le clou.
Dans un stade comme Bauer, face au second du championnat, la demi-mesure ne pardonne pas.

Une performance riche d’enseignements
La lecture des données globales du match permet de comprendre pourquoi la rencontre a oscillé entre domination audonienne et réponses clermontoises.
Le Red Star a produit davantage de situations dangereuses, avec 1.07 de xG contre 0.44 pour Clermont, et a conservé le ballon plus longtemps (56 % de possession contre 44 %).
Il s’est aussi créé 6 occasions, soit le double de son adversaire, et a davantage investi la surface auvergnate.
Cela s’explique essentiellement par des tirs plus faciles pour le Red Star et par la longue période de gestion de clermontois qui ont accepté de subir le match plutôt que de le dominer.
Les Audoniens, courant après le score, ont donc soutenu leur tempo par une activité plus élevée dans l’intensité, totalisant 652 courses à haute intensité contre 585 pour le CF63.
Pour autant, l’équipe de Proment et Mazeyrat n’a pas été totalement étouffée malgré tout : elle a compensé cette domination territoriale en s’imposant dans l’engagement, avec 55 % des duels remportés, un contraste net avec les 45 % du Red Star.
Cette agressivité a permis au CF63 de rester dans le match malgré un rapport d’occasions défavorable, et d’être plus incisif sur ses tirs que ne le laisse penser son xG modeste avec une technique supérieure.
Reste que les chiffres ne masquent pas certains défauts persistants : des périodes de gestion mal gérée, un recul progressif systématique après avoir pris l’avantage, et une fragilité évidente sur les coups de pied arrêtés, dont celui qui amène l’égalisation.
Autant de détails qui, mis bout à bout, coûtent une victoire qui semblait vraiment accessible.
Bamba lumineux, Fakili inspiré, Salmier précieux
Kader Bamba a encore été la figure de proue de l’équipe.
Deux buts, du liant, des prises d’initiative, et une vraie influence dans les zones où Clermont avait besoin de créativité. Bien aidé, il faut le dire par le mouvement incessant de Camblan, positionné en pointe, qui a créé beaucoup plus d’incertitude aux défenseurs centraux audoniens que les déménageurs habituels au poste.
Fakili, lui, a alterné percussion et justesse, ponctuée d’une frappe sur le poteau qui aurait pu tout changer. Sa complémentarité naturelle avec N’Simba (un peu moins affuté que contre Amiens) sur le côté gauche, si elle reste perfectible après seulement quelques matchs ensemble, a été l’un des axes les plus productifs du CF63.
Salmier a réalisé un match solide, confirmant qu’il demeure fiable tant qu’il n’est pas exposé dans des duels en grande vitesse. Son compère M’Bahia a, de son côté, assuré son rôle sans fioritures. Tout comme Baallal devant eux.
Saivet a, lui, livré un match de labeur, gagnant beaucoup de duels et apportant un équilibre nécessaire. On aimerait voir plus souvent sa technique sur les longues balles et les passes qui cassent les lignes, mais il assure les tâches plus obscures, mais pas moins importantes !
À l’inverse, la paire Coulibaly – Socka a souffert, trop peu dangereuse offensivement, trop friable sur certaines séquences défensives. Un constat à nuancer cependant, car Socka a su, parfois, sur des déboulés tranchants, apporter un peu d’air voir provoquer une menace offensive. Il s’est en tout cas battu comme un beau diable.
Guivarch, souvent décisif cette saison, paie une erreur sur le second but qui ternit un match par ailleurs honnête, mais sans génie.
On note également la rentrée incisive de Konaté qui en seulement 13 minutes a réussi à être le joueur du match avec le plus fort xA (passes décisives attendues de 0.38) et le 2e clermontois à toucher le plus de ballons dans la surface adverse (3, derrière les 5 de Camblan).
Une base sur laquelle construire, mais un mental encore instable
L’élément le plus encourageant de ce nul réside peut-être dans la capacité de Clermont à produire, par séquences, du jeu de qualité : des combinaisons, des accélérations, un bloc plus compact.
Mais l’élément le plus inquiétant est tout aussi clair : la récurrence des temps de flottement, la tendance à reculer après avoir marqué, et la difficulté chronique à sécuriser une avance.
Les trois prochains matchs contre des équipes classées 15e, 16e et 17e constitueront un test majeur.
Si ce CF63-là parvient à reproduire les 30 minutes vues à Bauer sur un match entier, il peut remonter très nettement au classement. S’il reproduit les dernières 20 minutes, il restera probablement englué dans la zone de turbulence à espérer les contre-performances des équipes qui luttent pour le maintien.
Ce 2-2 est une photographie fidèle de ce que Clermont est aujourd’hui : une équipe capable d’éclairs enthousiasmants, mais encore trop fragile pour imposer sa loi sur 90 minutes. Le travail de reconstruction et l’approche par le plaisir de jouer semble commencer à payer.
Il y a, évidemment, du positif à retenir quand on tient tête au deuxième du championnat dans son stade. Mais il y a forcément un regret d’avoir laissé filer une victoire qui paraissait à portée, plus par manque de confiance, parfois par nonchalance, que par manque de capacité à faire mal à l’adversaire.
Reste à voir ce que ce match deviendra : une embellie et un point isolés… ou le début d’un vrai redressement.
Voir la réaction de Grégory Proment
Red Star – Clermont : Le résumé vidéo
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