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Julien Oury Photo Vincent Roche
Julien Oury / Photo Vincent Roche
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Julien Oury : « l’ASM est toujours en phase de rétablissement »

Arrivés au chevet d’un club en souffrance en janvier 2023, Christophe Urios et son staff s’efforcent avec abnégation, dans un contexte que nous savons difficile, de remettre le club à la place où il doit être. L'avis de Julien Oury, journaliste et fin connaisseur du rugby, nous livre ses ressentis, sur l’état actuel du club, avec pertinence.

Philippe Thivat : À la suite du match contre Castres où l’ASM a ramené son premier point de bonus défensif, Christophe Urios s’est montré plutôt insatisfait, montrant une certaine colère. Toi, qui connais bien le personnage, es-tu surpris par cette réaction ?
Julien Oury : Christophe est un garçon qui a toujours su utiliser les méthodes de management, sans peut-être d’ailleurs essayé d’en sortir un tout petit peu. Le jour où son équipe fait un mauvais match, il ne va pas forcément leur rentrer « dedans », et lorsqu’il y a un mouvement vertueux qui se met en place, il va en profiter pour mettre une petite pique. Je pense qu’il n’est quand même pas mécontent de ce point obtenu, parce que peu d’équipes peuvent ramener quelque chose de Castres. Ce top 14 est extrêmement serré comme nous pouvons le voir tous les week-ends. Tous les points comptent, comme tous les petits détails, ce qui ajoute de la saveur à ce championnat. On voit qu’une équipe comme Pau qui travaille bien depuis des années, va certainement aller chercher une qualification méritée. Il faudra donc batailler jusqu’au bout.

Pour Julien Oury, Christophe Urios est plus que jamais l’homme de la situation

Philippe Thivat : On parle un peu du jeu de l’ASM, avec un gros pack dominant, mais un jeu derrière un peu pauvre ?
Julien Oury : C’est aussi l’ADN de notre club d’être fort devant. On sait aussi combien Christophe Urios est marqué par l’histoire de ce club. Sa première référence a d’ailleurs été le fameux monstre à 16 pattes de l’ASM des grandes années 70. Après, par rapport aux moyens du moment, il tend vers cette base-là, avec un pack qui comme chacun sait a du répondant dans l’adversité. Aujourd’hui, il fait avec ce qui l’a, et il ne le fait pas trop mal, je trouve. Quand on regarde les meilleurs marqueurs de TOP 14 ou de PRO D2, nous avons souvent à faire à des avants. Ce rugby peut-être plus restrictif, est pour moi, le rugby par essence.

Philippe Thivat : Il faut bien rappeler qu’à son arrivée, le club, était, à tous les niveaux, très mal en point ?
Julien Oury : Oui, nous sommes bien d’accord, et pour moi Christophe est plus que jamais l’homme de la situation. Christophe est un garçon qui peut s’adapter à toutes les sortes d’équipe. Là où il excelle à mes yeux, c’est lorsqu’il a une équipe moyenne, il en fait toujours une équipe meilleure. Il a cette capacité à pousser les joueurs au- delà des 100 %, et de les amener à 120, 130 %, de leur possibilité. Il aurait certainement voulu un peu plus de confort, de moyens, mais il fait avec ceux actuels. Et n’oublions pas qu’il a toujours réussi, là où il est passé. N’oublions pas non plus, que Bordeaux caracolait en tête en 2020, avant l’arrivée de la COVID, alors qu’un titre de Champion de France, leur tendait les bras.

« Rester sur la même page comme il aime le dire »

Philippe Thivat : Christophe Urios, homme de la terre, de la paysannerie au sens noble du terme, a des valeurs qui collent parfaitement à cette mentalité auvergnate, rude, rustique et travailleuse. Quel est ton avis là-dessus ?
Julien Oury : Complètement. Je le vois plus dans une équipe comme l’ASM, que comme Bordeaux, même s’ il y avait cette corrélation avec le vin. C’est un homme qui rappelle combien les valeurs de travail, de labeur sont importantes, comme ici en Auvergne. Nous sommes dans un projet sportif, où il a fallu d’abord affiner certaines choses, les stabiliser, avant de renforcer cette ossature, avec des facteurs X, en capacité de faire basculer une rencontre comme il le soulignait il y a 2 ans. Même si nous n’atteignons pas nos objectifs, il faut continuer à avancer dans ce championnat si serré. Il faut laisser du temps au collectif pour se mettre en œuvre, et rester sur la même page comme il aime le dire.

Philippe Thivat : Sommes-nous toujours en phase de rétablissement ?
Julien Oury : Oui je pense que nous en sommes encore à ce stade, et que nous nous approchons vers la phase de guérison, en retrouvan progressivement la santé. C’est un processus qui est long. Toulon en est le parfait exemple, après avoir marché sur l’Europe en 2010. Il leur a fallu 8 années avant de retrouver les phases finales, mais sans titre de Champion de France. Nous avons encore besoin de franchir une étape de plus, d’aguerrir les jeunes, de recruter les facteurs X. Nous sommes au début d’un projet. Il va peut-être falloir attendre 2 à 3 années pour retrouver le niveau souhaité. Et tout cela dans une société du « tout tout de suite », où l’on pense que les résultats vont venir en claquant des doigts. La Coupe d’Europe, nous a ramenés à une certaine réalité.

Philippe Thivat : On voit aussi l’éclosion des jeunes au plus haut niveau. C’est plutôt positif tout cela ?
Julien Oury : Oui, et on revient à ce qui fait l’essence de l’ASM, à savoir aussi s’appuyer sur ce point fort. L’ASM s’est par le passé beaucoup appuyée sur sa formation. Cela fait partie de son ADN, et cela fait plaisir d’observer ce lien fort qui est fait entre la formation, et les professionnels de nouveau. Corrélé à un recrutement intelligent, fait avec les moyens actuels, le club continue à avancer. Quand on voit les performances de nos internationaux Régis Montagne, et Barnabé Massa, on se dit qu’il est pertinent d’aller voir ce qui se passe en PRO D2.

Julien Oury par Julien Oury
Julien Oury par Julien Oury

« Un club qui s’est rapproché de ses supporters »

Philippe Thivat : Un club qui est allé, grâce aussi à Christophe Urios, retisser ce lien qui s’était distendu avec ses supporters ?
Julien Oury : Les supporters avaient été clairement coupés de leur club. Les méthodes d’entraînement de Franck Azema, puis de Jono Gibbes par la suite sont très très loin de celles que met en avant Christophe Urios. Il a bien compris que pour avoir ce petit supplément d’âme, il fallait s’appuyer sur nos atouts extérieurs, qui commencent par celui des supporters. Ce sont les valeurs du rugby, celles du partage, du plaisir, des émotions. Pour nous journalistes, la possibilité de voir une mise en place est quelque chose d’extrêmement positif. Cela a changé complètement les choses, et permet de mieux analyser ce qui se fait. Tout cela est le fruit du regard de Christophe Urios sur le rugby. De même, les aménagements de la restauration dans l’enceinte du club, mises en œuvre par les dirigeants trouvent leur écho auprès des supporters. C’est pratique, et chaleureux en même temps.

Philippe Thivat : Avant ce déplacement à Toulon, invaincu à domicile, il va falloir penser à consolider la défense ?
Julien Oury : Bien évidemment, puisque le rugby implique d’avoir une bonne assise défensive. Si l’ASM a pris l’eau sur ses matchs à l’extérieur, elle est quand même troisième ou quatrième défense à l’extérieur. On prouve que l’on a cette capacité à ne pas lâcher (ou presque) nos matchs à l’extérieur, même s’il faut que l’on soit, au final, plus proche de nos adversaires. Si le Stade Toulousain est aussi fort par exemple, c’est que ce club, s’appuie sur une grosse défense. C’est quelque chose qu’Ugo Mola met toujours en avant dans ses interviews. Nous avons de gros déplacements à venir, cela commence par Toulon, ce week-end, qui voudra mettre certainement pas mal de rythme dès le début de la rencontre. Il faudra donc être prêt à répondre à une rude adversité dans l’antre de Mayol.

Julien Oury en interview Photo DR
Julien Oury en interview / Photo DR
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À propos de l'auteur

Philippe Thivat

Philippe Thivat, est correspondant d’un hebdomadaire dans l’Allier et intervenant auprès de l’ASM Romagnat rugby féminin en tant que rédacteur journaliste sportif. Il est également engagé dans le rugby citoyen qui œuvre grâce à ce sport à l’intégration des personnes handicapées et de personnes migrantes.

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