7 Jours à Clermont : Marion, pouvez-vous nous rappeler le contexte de la déclaration de votre président concernant un risque de dépôt de bilan ?
Marion Kellin : Cela fait 8 ans que la FFR est en déficit structurel, ce dernier étant masqué, en quelque sorte, par la vente d’une partie de nos actions dans la société des 6 nations de rugby au fonds d’investissement CVC (ces revenus exceptionnels couvrent le déficit, mais ils vont s’arrêter en 2026). Le dernier compte de résultat 2023/2024 dégage une perte nette de plus de 13 millions d’€. Donc oui, tous nos efforts sont concentrés sur la réduction des charges et la recherche d’un nouveau modèle économique pour pérenniser les actions fédérales et le soutien aux organes déconcentrés et aux clubs.
7JàC : Que s’est-il réellement passé financièrement lors de cette coupe du monde 2023 attendue sous d’autres hospices ?
M. K : Sportivement, la coupe du monde 2023 a été une belle réussite (à l’exception de la déception des français avec l’arrêt du XV de France en 1⁄4 de finales, bien sûr…) mais financièrement les résultats financiers prévus ne sont pas au rendez- vous pour le GIP. (Groupement d’intérêt public). D’un autre côté, les « hospitalités » se sont bien vendues, mais en s’achetant très cher à World rugby…(soit dit en passant, c’est sans doute ce qui a fait remporter l’attribution de la coupe du monde à la France) ! Le « GIE (Groupement d’intérêt économique) hospitalité » était annoncé, à la dernière clôture du 30/06/2024, à -35 millions d’€ mais tout n’est pas encore soldé et le déficit pourrait s’aggraver. Sur ce GIE : la FFR est majoritaire à 55% !
7JàC : Votre président demande aussi l’aide de l’état ? Qu’en est-il exactement ?
Marion Kellin : L’état est partie prenante dans le GIP France 2023 (à 37%) et le solde du GIE (les 45% restants si vous avez suivi) est basculé sur le GIP, donc Florian GRILL et le tandem à la trésorerie Clotilde DELBOS/Claude HELIAS accompagnés des services salariés fédéraux, enchaînent les réunions avec les ministères (il a fallu recommencer plusieurs fois ces 12 derniers mois…) pour tenter de rééquilibrer les recettes des uns et des autres. Il serait inconcevable que la FFR soit finalement la seule perdante de cette Coupe du monde en France.
Pour Marion Kellin, il faut développer d’autres voies pour les clubs
7 Jours à Clermont : Un message qui ne rassure pas le rugby des territoires. Les missions que vous menez pour l’aide au développement du rugby sous toutes ses formes seront-elles altérées ?
Marion Kellin : Je peux comprendre que le rugby des territoires nourrisse des inquiétudes et chaque club doit effectivement réfléchir à son modèle économique. Si l’économie des clubs professionnels de Top 14 et Pro D2 présente une perte cumulée de 60 millions d’€ c’est bien que les équilibres budgétaires sont difficiles à trouver.
7JàC : Et pour les clubs amateurs ?
M. K : Pour les clubs amateurs, les problématiques sont moins au niveau financier qu’au niveau de la fidélisation de leurs licenciés et de l’amélioration des conditions d’accueil (infrastructures notamment…). Nous les incitons à développer d’autres voies comme celles de l’accueil du rugby adapté pour les personnes en situation de handicap mental ou l’accueil et la création de section de rugby fauteuil, de sections de rugby à 5 (toucher) pour tous les profils comme notamment les sections de rugby santé, du développement de leur école de rugby pour renforcer leur rôle sociétal et citoyen et d’autres opérations (exemple du TNQC – tournoi national des quartiers et des campagnes ou des Job-dating « du Stade vers l’emploi »). Le nouveau label club engagé valorise toutes les actions menées par les clubs sur différents piliers qui leur permettront de solidifier leurs fondations et de créer une nouvelle émulation au sein du club.
De son côté, la FFR développe une stratégie partenariale et a lancé son fonds de dotation « rugby au cœur » qui devrait permettre de trouver de nouveaux mécènes et de lancer de nouvelles actions et de nouveaux projets.
7JàC : Malgré toutes ces affaires, le rugby ne cesse de rassembler comme nous pouvons l’observer autour de différentes manifestations. C’est important d’envoyer des signaux positifs dans cette période tourmentée ?
M. K : Oui le rugby continue de fédérer et cela se mesure chaque week-end avec des stades pleins, la billetterie du tournoi des 6 nations qui s’est très bien vendue et le récent indice de l’étude Kantar média qui place le rugby au 2e sport le plus médiatique dont 77% des français en ont une image positive.
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