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Marc Fran9ois dans son bureau d'Info Magazine / Photo Valentin Uta
Marc François dans son bureau d'Info Magazine / Photo Valentin Uta
Entretiens

Marc François, éditorialiste du lundi

Le journaliste Marc François, publie tous les lundi un éditorial dans 7 Jours à Clermont, un exercice hebdomadaire débuté en 2009 alors qu'il était rédacteur en chef du gratuit clermontois d'Info Magazine. Une sélection de 125 éditos vient d'être publiée sous forme d'un recueil intitulé "Le cours des pages".

Marc François, fondateur de 7 Jours à Clermont est aujourd’hui retiré de la rédaction, mais il écrit toujours, notamment en pratiquant son exercice favori, celui de rédiger un éditorial hebdomadaire publié tous les lundis matin.
Maison associative basée à Roanne, les éditions De Temps À Autre, viennent de sortir Le Cours des Pages, une recueil de 125 éditoriaux publiés entre 2009 et 2025 dans Info Magazine, puis 7 Jours à Clermont.
“Les textes courts et percutants de Marc François résonnent toujours aujourd’hui, et même ceux publiés bien avant les derniers événements
nationaux et internationaux. Alors, ce clermontois serait-il un visionnaire ? Sans doute non, mais il a comme beaucoup d’observateurs attentifs et aguerris, tel que savent l’être les journalistes, un sens aigu de l’observation et une plume qui sait la traduire”.

“J’aime bien échapper aux sentiers battus”

Olivier Perrot : Quelle définition donnes-tu au mot éditorial ?
Marc François : En fin de compte, je ne me suis jamais posé la question… Un éditorial, est en principe un “papier” qui vient d’un responsable de média et qui doit correspondre à son orientation… cela reste une définition assez large. Les éditoriaux que j’ai réalisé depuis 2009, dans deux médias différents, correspondaient peu ou prou à cette définition. Après, j’ai essayé d’apporter ma personnalité. Finalement l’édito n’est pas très cadré, même s’il est dans un format bien sûr, que ce soit pour le papier ou le numérique.

O.P : Comment définis-tu les sujets que tu traites dans tes éditos ?
M. F : De temps en temps, mes éditos correspondent à une actualité sur laquelle j’essaie de rebondir pour apporter une réflexion, mais j’ai souvent voulu, aussi, être décalé par rapport à cette actualité, toujours en respectant une sensibilité éventuelle des lecteurs, parce que l’idée est de les intéresser, mais j’aime bien ce décalage avec l’actualité. Souvent quand on est journaliste, on est dans le sillage immédiat de l’actualité et moi j’essaie de réfléchir pour prendre une distance supplémentaire. L’édito peut donc être d’actualité ou tout à fait intemporel. Je ne veux pas faire un exercice purement personnel, mais je veux être sûr que certains lecteurs, puissent être sensibilisés à ce texte.

O. P : Est-ce qu’un éditorialiste peut prendre des libertés vis à vis de la ligne du média dans lequel il publie ?
M. F : Ce n’est pas le cas dans tous les médias, mais je me suis toujours autorisé à prendre des libertés sur 7 Jours ou dans le média précédent dans lequel je travaillais. J’aime bien échapper aux sentiers battus, cela a toujours été mon esprit. Le fait même du sujet, permet davantage de liberté puisque quand on parle d’un événement, on ne peut pas échapper à cette événement à cause du devoir de rigueur et de méthode pour informer le lecteur, alors que dans un édito, on peut se permettre beaucoup de choses sauf à être dans une stricte intimité qui ne pourrait pas concerner les lecteurs… mais l’intimité peut être partagée.

“L’édito était un autre exercice mais cela a été très spontané”

Olivier Perrot : Dans l’histoire de la presse, il y a eu des grands éditorialistes. As-tu des modèles ?
Marc François : Pas vraiment même si on pourrait citer des gens comme Antoine Blondin, mais pas vraiment, puisque finalement je n’ai pas été un grand lecteur de la presse. Je me suis fait moi même. J’ai toujours lu des journaux, mais je n’ai été guidé par personne. C’est quelque chose qui est venue assez spontanément. En 2008 ou 2009 quand je suis devenu rédacteur en chef d’Info Magazine, la direction a souhaité qu’il y ait un éditorial et cela m’a permis d’échapper au fait de ne faire que des articles, ce que je faisais depuis 25 ans. L’édito était un autre exercice mais cela a été très spontané. Je ne me suis pas interrogé, je n’ai pas été chercher des exemples, pour moi, il n’y a pas de mystère.

O.P : Depuis 2009, tu as écrit un millier d’éditos, comment est venue cette idée d’en sélectionner certains pour les compiler dans un livre ? 
M. F : Très simplement, j’avais été approché par un éditeur à l’époque d’Info Magazine qui souhaitait publier une sélection d’éditoriaux et je n’avais pas donné suite parce que j’étais dans l’immédiateté, j’avais du boulot, je ne voyais pas trop l’intérêt à ce moment là. Là, j’ai un ami éditeur qui dirige une belle maison d’édition associative qui a souhaité que l’on parte sur ce projet, c’est donc une autre approche. Maintenant j’ai du recul sur ce que j’ai fait, j’ai plus de temps et cela m’a intéressé de partir à la recherche de ce que j’avais pu faire.

O.P : Tu as du retenir certains textes et donc en éliminer d’autres, qu’est ce qui a guidé tes choix ?
M.F : C’est effectivement une sélection que j’ai faite. J’ai relu la quasi totalité de mes éditos, cela a parfois pu être fastidieux d’en relire 10 ou 15 dans la foulée. Déjà ce sont ceux qui m’on plu dans leur style, dans leur sensibilité ou dans leur sujet. Après j’ai voulu éviter autant que possible les récurrences. J’ai pu traiter un même sujet à trois ans d’intervalle et cela peut être intéressant de voir  le décalage. Mais enfin j’ai voulu qu’il y ait une variété de sujets avec une alternance liée à l’actualité et des choses plus décalées. Je pense à un édito sur Colombo… Peter Falk pourquoi et à quel moment je m’intéresse à ce personnage ?  Je ne le sais pas moi même, j’avais peut-être vu un truc à la TV. J’ai aussi sélectionné Retour au Salford, retour dans un bar que je fréquentais à l’adolescence, qu’est-ce qu’il est devenu aujourd’hui, qu’est ce que j’y ressens ? C’est un mélange de tout cela, mais c’est un choix personnel.

O.P : En les relisant tous as-tu constaté que ton style avait changé au fil des ans ?
M. F : Non pas tellement. Il y a une évolution dans la forme, puisque ce que je faisais pour Info était d’un format plus court qu’aujourd’hui, mais le changement vers le numérique n’a pas changé mon style. Quand j’ai commencé les éditos, j’étais déjà expérimenté, il n’y a pas eu d’évolution. Cependant, je me rappelle d’avoir reçu un courrier d’une lectrice très attentive, qui adorait mes éditos et qui me disait qu’elle trouvait que j’avais perdu mon humour et que j’étais moins drôle qu’avant. Est-ce qu’il y a une part de gravité qui est arrivée en fonction de ma vie personnelle ou des événements du monde ? Je ne sais pas… alors j’essaie de garder cet humour et de varier aussi les styles, de ne pas être toujours dans un style un peu littéraire.

O.P : Pourrais-tu établir le Top 5 ou le Top 10 de tes éditos préférés ?
M. F : Non…. mais je pourrais le faire. C’est sûr que je suis plus concerné, à postériori, par quelque chose d’un peu personnel que par un rebond sur l’actualité. Par exemple, il y a plusieurs publications sur le Covid. Là par contre, j’ai fait le choix de les garder parce que cela montre l’évolution et pour le lecteur je trouve que c’est intéressant de les relire car il sont répertoriés sous forme chronologique et cela montre déjà l’évolution de la société.

“c’est une façon de remonter le temps sur 15 ans”

Olivier Perrot : Que conseilles-tu aux gens qui ont Le Cours des Pages entre les mains pour l’apprécier au mieux ?
Marc François : Je conseille aux gens de le lire petit à petit, car les textes n’ont rien à voir les uns avec les autres, cela pourrait devenir rébarbatif de lire 20 éditos de suite. Il y a des morceaux choisis à découvrir et à travers la presse on peut trouver de bons moments d’écriture, de partage, d’idées, de réflexions. Mais il y a différentes portes d’entrée dans cette sélection, on peut aussi considérer que c’est une façon de remonter le temps sur 15 ans. On peut voir Clermont évoluer, on peut retrouver des choses d’actualité oubliées, mais à travers un traitement assez personnel.

O.P : Publier un tel ouvrage, c’est aussi pour toi l’occasion de remettre en valeur le travail de la presse écrite qui peine à conserver ses lecteurs ?
M. F : Oui c’est valorisant pour la presse écrite. J’aimerai que ce soit une alternative aux contenus des réseaux sociaux, mais cela n’est pas fait pour cela. C’est simplement des fragments de ce que j’ai pu faire. Et puis il y a cette idée que les articles de presse sont jetables… c’est le problème de la presse écrite, on met des heures à écrire, il y a des gens qui bossent dessus, tout cela peut-être très apprécié mais ça part à la poubelle. Alors le passage à un livre qui est plus intemporel, c’est satisfaisant.

Le cours des pages, éditoriaux de Marc François, publiés entre 2009 et 2025. Les éditions De Temps À Autre
114 pages, 12€ plus frais de port éventuels. Ouvrage actuellement disponible à la boutique Prizzly-manufacture d’images14 rue Pascal à Clermont, et aussi  en vente directement auprès de l’éditeur, (asso.dtaa@gmail.com), sur Helloasso ou via 7 Jours à Clermont (7joursaclermont@gmail.com) 

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

1 Commentaire

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  • Effectivement, nous étions attentifs à ces éditoriaux car ses écrits ne maniaient pas la langue de bois. Ajouté cela un soupçon d’humour bien décapant, Marc était (et sans doute est toujours) disponible : ainsi, nous avions échangé à quelques reprises par emails interposés. Sans parler de ses visites au Ballainvilliers 😉
    Personnellement, je garde un bon souvenir de ses éditos. Bonne continuation !

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