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La mer, le vent, la course : le "Vendée Globe"- photo Vendée Globe.
Chroniques

“Maman, les p’tits bateaux…” (1)

Quoi de mieux qu’un tour du monde en 80 jours et en solitaire pour échapper aux affres de l’actualité et jouir de cette liberté de n’avoir à guerroyer qu’avec le vent, la mer, le bateau et…soi-même. Avec l’aventure du 9ème Vendée Globe ponctuée fin janvier par un final historique, l’occasion était belle de marier le grand large au pays des volcans.

S’il est vrai que l’eau gazeuse et le vin font rarement bon ménage dans un même verre, Sainte-Marguerite et Saint-Verny peuvent parfaitement accorder l’Auvergne à la cause des navigateurs solitaires. La preuve par deux…

« Allant droit devant eux, ils font le tour du monde… »

L’aquarelliste- photo Yves Parent.

Yves Parent, Normand de naissance et diplômé de sciences Po fut vite attiré par l’eau salée de la Bretagne du côté de La Trinité. Le plaisancier ne tardait pas alors à devenir un coureur de haute mer partageant ses marques avec un petit port de la Nouvelle Angleterre.

Sa passion iodée, Yves Parent la traduisait aussi par le pinceau des aquarelles qu’il accrochait aux cimaises de quelques galeries marines sur les deux rives de l’Atlantique.

Il avait 37 ans lorsqu’en 1978 l’envie lui prit de réaliser un rêve en s’alignant au départ de la première Route du Rhum, 6500 km entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre. La course en solitaire lui convenait assez bien car même si son épouse devait lui donner trois enfants, l’homme affichait le tempérament bien trempé d’un solitaire simple et convivial.

A la proue- photo Vendée Globe.

Louis Burton, 35 ans, parisien de St-Malo, avait enchaîné huit transatlantiques et deux tours du monde en solitaire depuis sa première Route du rhum en 2010 avant de se révéler parmi les grands du Vendée Globe 2020-21.(2)

Il avait pourtant écopé de cinq heures de pénalité pour un faux-départ aux Sables d’Olonne puis contraint d’aller s’abriter sous le vent de l’ile Macquarie, à mi-chemin de l’Australie et de l’Arctique, pour réparer sa tête de mât à 30 mètres au-dessus de l’eau. Il y perdait près de deux jours, concédant 1000 milles à la tête de course.

C’est au prix d’une extraordinaire ‘’remontada’’ qu’il allait parvenir à fondre sur les meilleurs pour grimper sur la troisième marche du podium le 27 janvier dernier.

“Mais comme la terre est ronde, ils reviennent chez eux”

Le clan Burton à Salers- photo P.Desprat.

Michel Burton, père de Louis, fut journaliste avant d’être entrepreneur en communication. C’est à ce titre qu’en 2009 il achetait ‘’L’Auvergnat de Paris’’ en dépôt de bilan.

Depuis sa création par le Cantalien Louis Bonnet en 1882, l’emblématique Hebdo assurait la liaison entre la diaspora des bistrots parisiens et le pays des gentianes.

C’est donc tout naturellement que l’Aurillacois Pierre Desprat, professionnel du vin et grand promoteur des Côtes d’Auvergne dans la capitale, établissait le contact avec le père du navigateur.

De fil en aiguille, la famille Burton se retrouvait début Avril 2012 au buron du col de Néronne, au dessus de Salers, pour la traditionnelle sortie du confinement hivernal de la ‘’Légendaire’’, cuvée élaborée à la Cave Saint-Verny de Veyre-Monton sous la houlette de Pierre Desprat.

Ayant l’honneur de faire partie des intronisés dans la confrérie, j’y trouvais l’opportunité de faire connaissance avec Louis Burton (sur la photo, reconnaissable à sa casquette, derrière son père et à côté de son frère Nelson).

Les liens solidement tissés et entretenus avec l’Auvergne expliquaient donc la présence de la ‘’Légendaire’’ et d’une bouteille de gentiane dans la soute du ‘’Bureau Vallée’’ sur ce Vendée Globe.(3)

Mais pas seulement puisque le jambon de pays, les saucisses de coche et de canard sans oublier la poitrine sèche spécialement conditionnés par le charcutier cantalien Laborie, sont venus agrémenter les repas lyophilisés du valeureux skipper.

Cela expliquerait-il la performance ?

Rhum, 1978- photo Yves Meunier.

“Va quand tu seras grand, tu sauras comment faire…”

La présence des eaux salées qui sourdent près de la rivière n’auraient probablement pas suffit à convaincre Yves Parent de suivre la route des saumons en direction de Saint-Maurice ès Allier.

C’est un cheminement familial et professionnel qui avait conduit le navigateur de La Trinité à se retrouver à la barre de la société des Eaux de Sainte-Marguerite durant les années 70-80.

D’un naturel plutôt discret, il avait fini par nous annoncer sa participation à la Route du Rhum quelques jours seulement avant le départ du 5 novembre 78.

Un petit saut sur la rive droite de l’Allier pour faire connaissance avec l’auvergnat de Bretagne et cap sur Saint-Malo en compagnie de mon cameraman afin d’immortaliser l’évènement pour FR3.

La veille du grand jour nous retrouvions le marin sur son bateau personnel, un monocoque She36 de 10m80 fiché du n°30 et baptisé ‘’Sainte-Marguerite’’ pour cause d’auto sponsorisation.

L’ami Parent y embarquait ses rations de survie mais surtout une belle quantité de conserves du terroir préparées par la famille.

Sans stress, le skipper du plus modeste bateau de la course allait mettre le cap sur la Guadeloupe pour danser sur l’eau avec des stars nommées Kersauson, Malinovsky, Poupon ou Florence Arthaud. Sans oublier Alain Colas qui disparaitra sur son trimaran Manureva.

« …Pour lutter vaillamment contre la mer et l’vent »

Louis Burton- photo Louis Burton.

En ces temps héroïques le seul cordon ombilical reliant la terre aux navigateurs du monde entier s’appelait Saint-Lys Radio, une station ondes courtes basée près de Toulouse. Les infos se limitaient donc aux positions des bateaux de tête. Pour le reste…’’pas de nouvelles, bonnes nouvelles’’. « Tu peux compter que, sauf fortune de mer, je devrais filer un tiers moins vite qu’eux » m’avait averti l’homme du Sainte-Marguerite.

Intuition vérifiée lorsqu’une semaine tout juste après le vainqueur Mike Birch, il débarquait à Pointe-à-Pitre en 19ème position au bout de 30 jours et quelques minutes d’absolue solitude.

Yves Parent repartira sur ‘’le Rhum’’ quatre ans plus tard sous la bannière des Economats du Centre, mais sans toucher au but, contraint à l’abandon.

Depuis cette époque révolue, la solitude n’est plus tout à fait ce qu’elle fut.

Sur des bateaux ultra connectés, comme celui de Louis Burton, les navigateurs peuvent converser avec leurs proches via WatsApp ou appeler les techniciens restés à terre pour être assistés dans les réparations par téléphone ou par mail. Sans compter les interviews en direct avec les médias. Tout ou presque dans la gestion du bateau passe par l’informatique avec les risques encourus.

L’aventure c’est toujours l’aventure ! Pas étonnant que la voile fasse rêver, parait-il, douze millions de français. « Maman, les p’tits bateaux… »

(1)- comptine pour enfants sur une mélodie d’Erik Satie.

(2)- abandon sur le Vendée Globe 2012-13. 7ème en 2016-17

(3)- monocoque IMOCA de 28m vainqueur du VG en 2017 avec Armel Le Cléac’h

 

 

 

À propos de l'auteur

Yves Meunier

Bourbonnais originaire de Gannat où il s’est essayé au rugby sous le maillot de l’ASG pendant une douzaine d’années. Diplômé d’Etudes Supérieures en Sciences Economiques à l’Université de Clermont. Journaliste à France3 Région de 1972 à 2007. Aujourd’hui impliqué avec des amis dans une aventure viticole du côté de Saint-Emilion et toujours en prise avec le sport auvergnat au sein de l’Union des Journalistes de Sports en France.

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