L'Essentiel
Il a redécouvert le plaisir de l'architecture artisanale en 2021 en s'inscrivant sur Instagram, rassemblant aujourd'hui plus de 140 000 abonnés, et souhaite montrer que l'architecture peut rester un art manuel et humain.
Son ouvrage, intitulé "Les secrets d'un coup de crayon d'architecte", s'adresse à un large public, alliant professionnalisme et accessibilité pour ceux qui souhaitent découvrir le dessin à la main dans le domaine architectural.
Après avoir travaillé pendant quelques années avec des logiciels et ordinateurs, le cabinet Delcros Associés, où travaillent l’architecte Harrison Delcros et sa femme, a souhaité laisser de côté le numérique pour donner place aux feuilles de papier. L’architecte de Montferrand, désireux de montrer au grand public son travail artisanal, décide en 2021 de se lancer sur Instagram, une initiative qui devient au fil des années un réel succès avec aujourd’hui plus de 140 000 followers. Une belle occasion pour inviter son public dans un lieu atypique, à découvrir les coulisses de son nouveau livre et le fruit d’un travail artisanal.
Un lieu de travail et de vie dans les pierres de Montferrand
7 Jours à Clermont : Qu’est-ce que ce lieu représente pour vous à titre personnel et professionnel ?
Harrison Delcros : Ce lieu est une des plus vieilles maisons de Montferrand, avec les premières parties datant du 13e siècle. C’est le lieu qu’on occupe pour nos bureaux d’architectes mais c’est aussi notre lieu de vie, on est un peu comme ces boulangers qui habitent au-dessus de leur four à pain. Effectivement il y a cette grande galerie qui fait plus de 40 mètres de long tout en pierre, que l’on a entièrement restaurée nous-même. On a d’ailleurs découvert une pièce entièrement ensevelie de gravats dans laquelle on a enlevé 220 tonnes à la main. Donc ça représente beaucoup de travail, mais on avait envie de faire un écrin pour pouvoir travailler dans une démarche artisanale de réaliser tout à la main.
7JàC : Que souhaitez-vous que les visiteurs retiennent de cette expérience et de ce lieu ?
H.D : J’aimerais que les visiteurs comprennent que l’architecture est encore un artisanat et que ce n’est pas définitivement et irréversiblement un métier de bureau industrialisé et déshumanisé parce qu’aujourd’hui l’informatique et les logiciels prennent beaucoup de place. Mais je me suis rendu compte que si ça existe encore, on peut encore faire de l’architecture comme ça.
“J’avais envie de redonner du sens à mon métier d’architecte”
7JàC : Votre particularité c’est de tout dessiner à la main, mais pourquoi ce choix dans une ère devenue très numérique ?
H.D : Tout d’abord parce que je me suis posé une question toute bête : savoir si c’était vraiment efficace de travailler à l’ordinateur car nous, on ne fait pas des gros projets de plusieurs milliers de mètres carrés. Donc il s’est avéré que non, ce n’est pas vraiment efficace l’ordinateur et quand on dessine à la main devant nos commanditaires et en réfléchissant avant de poser le crayon sur la feuille et bien ça nous amène à être très performant. L’autre raison aussi c’est que cela nous donne du plaisir, et donne du sens à notre métier. Depuis que je suis passé à la main j’ai l’impression d’être artisan comme je fais un métier manuel, alors qu’avant j’étais concepteur ce qui est un métier de tertiaire en quelque sorte.
7JàC : Comment s’est opéré la bascule entre ces deux différents procédés ?
H.D : Alors c’est vrai que je maîtrise très bien les logiciels derniers cris, notamment parce que pendant mes études je n’avais pas le choix, et quand il a fallu que je trouve du travail je n’avais pas le choix non plus. Par la suite quand on a monté notre entreprise le pli était pris et on a passé 4 ans sur l’ordinateur, je faisais tous mes plans sur des logiciels BIM, des logiciels en 3D qui génèrent automatiquement les plans, avec des visites virtuelles je gravais des QR code sur mes maquettes découpées au laser qui permettaient de faire des visites, etc. Donc je maîtrise tous les logiciels mais c’est juste que l’on s’en lasse, je peux le faire mais n’importe qui concrètement qui sait manier une souris et taper sur un clavier peut le faire aussi, donc il n’y a pas vraiment de savoir-faire. Tout ça se ressemble et donc j’avais vraiment envie de redonner du sens à mon métier d’architecte.
7JàC : D’ailleurs quels outils utilisez-vous pour réaliser vos plans et dessins ?
H.D : Mon stylo plume d’écolier Parker, 18 euros à Leclerc.. et après des feuilles de papier un peu épaisses pour les chantiers et des crayons de couleur. Voilà c’est tout, c’est très rudimentaire mais après évidemment il faut de quoi scanner les documents, les dessins, les réimprimer etc… Mais mes outils d’architecte à proprement parler sont très rudimentaire.
Une redécouverte de l’architecture sous de nouveaux traits
7JàC : Vous venez de publier un second livre sur Les secrets d’un coup de crayon d’architecte. La question est de savoir à qui il s’adresse ? Aux professionnels, aux passionnés ou simplement au grand public ?
H.D : Oui c’est ça, c’est les trois en même temps. C’est une collaboration avec un éditeur qui m’a commandé cet ouvrage, ce sont les Éditions du Moniteur, et en fait le Moniteur c’est une institution, une maison qui fait beaucoup d’ouvrages destinés aux professionnels et eux voulaient un ouvrage sur le dessin à la main très professionnel. Je leur ai donc proposé un ouvrage en plus d’être professionnel, qu’il soit suffisamment ludique et simple dans l’expression, pour que n’importe qui, qui souhaiterait découvrir les dessins ou l’architecture puisse y prendre du plaisir. D’ailleurs, l’ouvrage s’appelle Les secrets d’un coup de crayon d’architecte, avec un sous-titre un peu provoquant puisque c’est “ou l’intelligence naturelle du dessin à la main”.
7JàC : Quel conseil aimeriez-vous donner à un jeune architecte qui souhaite se lancer dans cette pratique manuelle ?
H.D : S’il devait y avoir un seul conseil, ce serait de dessiner à la main pour et devant ses commanditaires, faire de beaux dessins dans la pénombre, feutré de son bureau ça n’a pas beaucoup de sens. Ce qui a vraiment du sens, c’est de jeter des feuilles de papier sur la table, de faire asseoir ses clients à côté, ou les artisans et de dessiner devant eux. C’est en réalité une espèce de pictionary en mode expert, mais c’est comme ça que l’on prend vraiment du plaisir et que professionnellement ça peut marcher.








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