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Le foot féminin et les bleues de Corinne Diacre ont fait la une de l'actualité- photo FIFA.
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C’est l’jeu ma pauv’ Marlène!

Avant le départ du TOUR à Bruxelles et en attendant que Bardet ou Alaphilippe nous montrent qu’ils ont la frite, ce sont donc les demoiselles du ballon rond tricolore qui occupaient la une en battant des records.
L’équipe de France a subi la loi des Américaines- photo FIFA.

Recalées en quart de finale du mondial, les Bleues de la pétulante Corinne Diacre avaient fait péter l’audimat sur TF1, avec une moyenne de 11,8 M de téléspectateurs face aux Américaines. Le match précédent contre le Brésil en ayant même attiré 11,9 M…d’où le débat récurrent.

Spécialiste du buzz sur les réseaux sociaux, Marlène Schiappa a sauté sur l’occasion pour ouvrir le dossier des rémunérations consenties aux footballeuses. Constatant que la Fédé de foot avait prévu une prime de victoire dix fois moindre que celle attribuée aux hommes de Deschamps en 2018 (300 000€) et découvrant l’immense écart des salaires entre les filles et les mecs au sein des clubs, notre charmante secrétaire d’Etat en charge de l’égalité hommes-femmes a donc fait le job en affirmant qu’ « il était temps de reconsidérer cela ! ».

Mais, bien sûr, elle n’a pas dit comment faire et d’où viendraient les sous…

Les lionnes de l’OL- photo O.L.

Les reines lionnes

C’est pourtant vrai qu’en matière de foot, femmes et hommes sont sur deux planètes différentes. Mars et Vénus en quelque sorte.

Juste derrière la star brésilienne Marta Vieira da Silva qui empochait la saison dernière 44 000€ mensuels dans son club d’Orlando Pride, c’est du côté de l’OL qu’on trouvait quelques-unes de joueuses les mieux payées au monde : 40 000€ par mois pour la norvégienne Ada Hegerberg (Ballon d’Or en titre et convoitée par le Real Madrid), les bleues Amandine Henry et Wendie Renard émargeant chacune à 30 000€ et Eugénie Le Sommer à près de 20 000.

Quelques exceptions qui ne font que confirmer la règle. En fait, officiellement, il n’y a pas de footballeuses professionnelles en France puisqu’il n’y a pas de Ligue pro féminine. Sur 290 joueuses de D1, seules 160 possèdent des contrats fédéraux permettant une rémunération, dont seulement la moitié à plein temps. 

De la vitrine à l’arrière boutique  

Laure Boulleau- photo Laure Boulleau.

Derrière les ‘’nanties’’ de l’OL et du PSG le fossé est abyssal. Les dix autres équipes tournent avec une moyenne de salaires mensuels d’à peine 2500€. Une misère au regard des 110 000€ des messieurs !

A Lyon et Paris les sections filles ont l’avantage d’être adossées aux énormes budgets des garçons. Avec 7 à 8 M€ dans les deux cas, les budgets féminins de l’OL et du PSG ne représentent pourtant que 2,6 et 1,5% de leurs budgets masculins respectifs (285 et 500M€).

Les filles leur coûtent (un peu) mais au moins, avec elles, les deux clubs parviennent à faire briller leur image en  assumant des ambitions européennes qui échappent aux mecs. Pour preuve les six ‘’Champions League’’, dont les quatre dernières consécutives, remportées par les filles de Jean-Michel Aulas.

Désormais coordinatrice sportive au PSG et experte à Canal+, la Clermontoise Laure Boulleau (65 sélections), passée par Riom, Yzeure et Yssingeaux avant de conclure treize années d’une belle carrière parisienne, affichait ses espoirs de voir la Coupe du monde déclencher un ‘’boom économique’’ au profit du foot féminin : « à la fin de cette Coupe du monde, je veux voir les marques s’arracher les filles pour qu’elles deviennent leur nouvelle égérie. Je veux qu’Eugénie Le Sommer puisse faire des campagnes de pub seule et sans coéquipières, comme Antoine Griezmann le fait. Depuis des décennies, on coûte plus d’argent qu’on n’en rapporte. Il est l’heure de renverser la tendance. » (1)

Ben oui mais voilà ! Pas de finale, pas de titre et pas sûr que l’engouement populaire autour de la Coupe du monde perdure au-delà de ce cet événement.

Amandine Henry- photo FIFA.

Le droit de rêver

Sur quels supports économiques forts le foot féminin pourrait-il donc s’appuyer pour répondre aux vœux de Laure…et de Marlène ?

Côté stades, si le choc OL-PSG du 13 avril dernier a battu un record avec 25907 spectateurs au Groupama Stadium, ils ne furent en moyenne sur la saison que 900 et quelques supporters dans les gradins de la D1 féminine. Seules, en général, les affiches contre les parisiennes ou les lyonnaises permettant de passer le cap des 2000.

Combien des 1 100 000 spectateurs et des dizaines de millions de téléspectateurs qui ont fait le succès de la Coupe du monde iront-ils sur les stades de D1 la saison prochaine ? Quant aux droits TV, face aux 602 M€ distribués la saison dernière aux clubs de Ligue1 (1153 M€ à partir de 2020), les 1,2 M€ payés par Canal+ pour la D1 féminine font figure d’obole… versée d’ailleurs à la FFF et non directement aux clubs.

Planétairement parlant, sur la manne financière que représentent les droits télévisés dans le foot mondial, seulement 1% revient au football féminin.

2009: comment séduire les médias? – photo FFF.

Emballé par la Coupe 2019, le président de la FIFA Gianni Infantino souhaite élargir le rendez-vous de 24 à 32 participants, doubler la dotation financière aux équipes et faire bénéficier le foot féminin d’un investissement global d’un milliard d’Euros. En admettant qu’elles se concrétisent, ces belles intentions changeraient-elles quelque chose, par exemple, pour les trois mondialistes montpelliéraines Torrent, Gauvin et Karchaoui qui se contentent jusqu’alors d’émarger respectivement à 2600, 3000 et 4000 € mensuels ? On peut se permettre d’en douter.

A moins de créer un impôt spécial ou de demander gentiment aux stars de la Ligue1 de partager leurs revenus avec les pensionnaires de la D1 féminine, la parité ne semble pas être pour demain, ni en France… ni ailleurs.

Il y a dix ans, pour ‘’réveiller’’ les médias jugés trop indifférents, les Bleues, emmenées par Gaëtane Thiney, n’avaient pas hésité à tomber le maillot…et ça avait plutôt bien marché. Que faire de plus maintenant pour valoriser la notoriété ?

Si quelqu’un a une idée géniale, qu’il ne manque surtout pas d’en faire part à Marlène Schiappa.

 

(1) Libération 21-06-19

À propos de l'auteur

Yves Meunier

Yves Meunier

Bourbonnais originaire de Gannat où il s’est essayé au rugby sous le maillot de l’ASG pendant une douzaine d’années. Diplômé d’Etudes Supérieures en Sciences Economiques à l’Université de Clermont. Journaliste à France3 Région de 1972 à 2007. Aujourd’hui impliqué avec des amis dans une aventure viticole du côté de Saint-Emilion et toujours en prise avec le sport auvergnat au sein de l’Union des Journalistes de Sports en France.

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