Thomas Snégaroff anime depuis 2021, l’émission C politique diffusée tous les dimanche à 20h00 sur France 5. Ce magazine d’une heure, est un forum de discussion où l’on échange sur une question marquante d’un fait d’actualité avec des intellectuels, des acteurs de terrain, des témoins, ou des citoyens.
Pour 2025, les équipes de C politique et de France Télévisions ont souhaité prolonger la réflexion en sortant des plateaux de télévision pour porter le débat citoyen directement sur le terrain autour de questions d’intérêt public en présence d’intellectuels, d’historiens, de philosophes. Ce nouveau rendez-vous se nomme Les rencontres de C politique. Clermont a été la ville choisie pour la première édition qui a pour thème Mobilité : ralentir pour être heureux ? une problématique qui touche la métropole clermontoise comme de nombreux territoires. Pour débattre sur ce sujet, Thomas Snégaroff a invité Jean Viard, sociologue, Pascal Picq, paléontologue et Sylvie Landrieve, directrice du Forum vie mobile, think-tank de la mobilité et des modes de vie du futur. Olivier Bianchi, maire et président de Clermont Auvergne Métropole, assurera l’ouverture de cette rencontre qui sera ensuite disponible sur la plateforme france.tv.
Casser le “4e mur”
7 Jours à Clermont : Pourquoi avoir décidé de faire sortir C. politique des studios TV ?
Thomas Snégaroff : Cela fait longtemps que je me balade en France avec mes livres ou des conférences et parfois les gens viennent me dire “on aime bien C politique, on vous regarde souvent” et je me suis dit pourquoi ne pas envisager de discuter directement avec les gens, de leur proposer comme une émission mais en vrai, en fait, d’aller les voir pour provoquer une vraie rencontre. On a des émissions qui s’adressent aux gens mais on a pas de retour en direct parce qu’ils sont dans le public mais ne parlent pas. L’idée était donc de casser ce “4e mur”.
7JàC : En fait le mot politique prend ainsi tout son sens.
T.S : Oui c’est un projet politique en fait. C’est très politique d’aller voir les gens aujourd’hui, de sortir de Paris, de répondre à une demande et ça nous fait plaisir de les rencontrer. Je suis très content de venir à Clermont et c’est aussi un moyen de lutter contre ce que l’on appelle une archipélisation de la France, de gens qui ne se parlent pas, d’une haine de Paris et de l’élite, une espèce de déconnexion. On nous dit vous c’est à Paris, comme si on était tous parisiens parce qu’on travaille à la TV à Paris… C’est donc un projet politique et jouissif en même temps parce que franchement se promener et entendre dire “on vous regarde tous les dimanches” c’est presque égotique mais quand même très agréable.
“Il faut aussi accepter l’inattendu”
7 Jours à Clermont : La rencontre va être captée pour être diffusée en ligne. Vous allez ensuite faire du montage ? enlever des questions qui ne seraient pas des questions ?
Thomas Snégaroff : Un sujet comme celui de la mobilité à Clermont est très sensible comme nous l’a expliqué notre chauffeur de taxi en arrivant. Mais voilà, la rencontre n’est pas un meeting politique, sur la scène il n’y pas le maire, il n’y a pas la ville, ce n’est pas une réunion municipale… pas du tout. Si les gens veulent dire des chose la dessus, je leur dirai que l’on est pas outillé, que l’on ne connaît pas Clermont dans le détail. Ni moi, ni aucun de nos invités, n’est de Clermont et c’est cela qui est intéressant. On a pas de spécialistes de l’aménagement du territoire, de politicien ou un représentant du réseau de transport en commun, pas du tout. Mais il faut aussi accepter l’inattendu. Quand on va rencontrer les gens et bien, on rencontre les gens… acceptons le risque.

7JàC : Finalement ce n’est pas si éloigné que cela de la TV…
T.S : Quand on fait un direct à la télévision, on prend un risque mais on connait nos invités. Quand on fait quelque chose en vrai dans une société, on prend un autre risque mais on l’accepte, sinon on reste chez nous et on fait des émissions enregistrées. C’est le principe et je l’assume complètement et si cela prend une autre tournure cela racontera quelque chose du sujet à savoir la mobilité et les tensions que cela provoque. C’est le sujet le plus concernant possible. On est tous mobiles dans la vie et donc que les gens parlent d’eux même, c’est tant mieux et c’est normal en fait.
7JàC : Pourquoi avoir choisi Clermont pour la première ?
T.S : Pour choisir une ville on a une équation à trois inconnues. La première c’est une ville qui veut bien nous accueillir car elle met la salle à notre disposition. Clermont nous accueille à La Comédie qui une très belle salle. Ensuite on choisit une ville qui ne soit pas une mégapole ou une très grande métropole. Clermont est une grande ville mais c’est le bon échelon car c’est une ville qui bouge beaucoup, où beaucoup de choses se passent mais qui est loin de Paris et loin même en transport. La troisième c’est le thème qui doit rencontrer la ville. Assez vite, l’enclavement m’est apparu comme un sujet intéressant. En mettant bout à bout les trois, c’était bien de commencer par Clermont, mais on retrouve ce sujet à Nancy, à Nimes, à Nice qui existe peut-être de manière moins forte mais qui existe quand même.
7JàC : Quel est pour vous la définition de l’enclavement ? Quant on habite ici, on a plutôt tendance à penser que l’on est pas enclavé parce qu’on est au centre de le France.
T.S : Vous avez raison. L’enclavement c’est du ressenti. Il y a des facteurs que l’on pourrait qualifier de rationnels comme la distance face à la capitale, la distance aux frontières, aux grands centres, au relief… mais c’est du ressenti. Je dis enclavement mais c’est moins la question de l’enclavement qui n’apparait pas dans l’intitulé, que celle de la mobilité qui m’intéresse. Ici c’est presque le premier sujet car il y a aussi le rugby…
Retrouver le nomade qui est en nous
7 Jours à Clermont : Aujourd’hui faut-il que nous apprenions à vivre avec la notion de slow ?
Thomas Snégaroff : Ça c’est le grand truc. Ce que montrent les livres de nos invités, c’est que l’on va de plus en plus vite. La vitesse a été intrinsèquement liée au progrès depuis le XVIIIe avec le chemin de fer notamment. Aller plus vite et donc plus loin, c’est le signe du progrès. Mais aujourd’hui, on mesure à quel point on est peut-être arrivé au bout de quelque chose dans la mesure où cette vitesse, cette distance longue, crée peut-être plus de problèmes que de bénéfices, des problèmes environnementaux bien sûr, mais aussi d’enracinement, d’identité et même de sédentarité. C’est le grand paradoxe soulevé par Pascal Picq, le paléontologue. Selon lui, on est plus sédentaire sur les longues distances car on ne bouge pas, que quand on marche ou quand on fait du vélo. Il nous invite a retrouver le nomade qui est en nous, comme l’homme préhistorique ou plus récent celui qui prend le vélo. Paradoxalement on a l’impression que la distance c’est le nomadisme, mais pas du tout. C’est en fait une forme de sédentarité parce qu’on avance avec un téléphone dans la main sans voir ce qui se passe sur les côtés, alors que quand on marche, qu’on prend l’air, qu’on court, là c’est du vrai nomadisme. Quand on met tous les problèmes bout à bout, est-il souhaitable de revenir au slow ? sans doute… est-ce que c’est faisable ? c’est plus compliqué parce qu’anthropologiquement, on a tous intégré la vitesse.
7JàC : En 2025 il faudrait finalement que l’on fasse l’éloge de la lenteur ?
T.S : Je n’ai pas à donner mon avis, mais je pense que oui. Pour les gens qui me connaisse c’est ultra paradoxal. Je parle vite, je travaille vite, je conduis vite, je suis intégré dans la vitesse mais je sens au fond de moi que la lenteur à une vertu. De toute façon à un moment, on aura pas le choix. La vitesse détruit l’environnement, les liens sociaux… regardez le nombre de gens qui travaillent loin d’où ils vivent… ils ne sont plus enracinés. Ce sont des questions politiques et même démocratiques qui sont posées par le sujet. Donc l’idée est de réencastrer nos existences avec nos transports et ce n’est pas facile !
Première édition des Rencontres de C politique animé par Thomas Snégaroff, mercredi 8 janvier 2025 à partir de 18h30, Hall des Pas perdus de la Comédie de Clermont, boulevard Mitterrand. Pour participer à cette rencontre, le public doit s’inscrire via le lien d’inscription https://ftvetvous.fr/













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