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Un marché aux chevaux en Pologne.
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Équidés : au-delà des tortures et des meurtres…

En deux ans, plusieurs dizaines d'équidés ont été victimes de mutilations et d’actes de cruauté dans plusieurs régions de France. Ces faits incompréhensibles provoquent un sursaut d’indignation dans la population, de l’angoisse et de la colère chez les propriétaires d’animaux.

En mai 2011, un poney, Pago, avait été massacré à La Moutade, dans le Puy-de-Dôme. On l’avait atrocement mutilé en découpant ses deux membres postérieurs. Quelques mois plus tard, dans le même département, Fonzy, un hongre de 18 ans, avait été retrouvé sérieusement blessé dans son pré. Il avait pour compagnon Chouchou, un bélier avec qui il partageait son herbe depuis sept ans. Chouchou avait été massacré à coups de pierres, et mutilé de ses membres alors qu’il était probablement encore vivant. On a pu supposer alors que le but de ces horreurs était alimentaire, aussi barbare que cela puisse paraître. La cruauté doublée de lâcheté s’exerçant sur les animaux n’est hélas pas nouvelle, mais il est plus rare que l’on s’en prenne à de très gros animaux. Cette fois, la fréquence et le nombre des victimes, le fait qu’il s’agisse d’équidés, une espèce qui jouit d’un gros capital de sympathie, le mystère qui entoure ces tortures gratuites, peut-être aussi une sensibilité nouvelle de la part du public, font que les médias s’y intéressent de près.

Mais que sait-on au juste de la façon dont sont traités le million et quelques dizaines de milliers d’équidés présents sur le sol national ?

Les veinards…

Il n’y a pas de chevaux ni d’ânes sauvages en France. Chaque individu est la propriété d’un ou plusieurs bipèdes. Il existe plusieurs façons de « posséder » un équidé. Soit il est outil de travail (agriculture, spectacles, loisirs, compétition sportive), animal de rente (élevage et négoce), soit il est assimilé à un animal de compagnie… Les propriétaires de clubs hippiques, de chevaux de course, les veneurs, les agriculteurs, les éleveurs de chevaux ou autres équidés destinés, entre autres, à la boucherie, appartiennent à la première catégorie. La seconde réunit les « amis » des chevaux et autres ânes qui en font l’acquisition pour pouvoir partager avec eux des moments privilégiés, balades, soins, etc. Les équidés considérés comme des animaux « de compagnie » n’échappent toutefois pas aux aléas de leur statut présumé. En effet, les abandons se multiplient parmi leurs rangs. Souvent, ce sont les associations dédiées à leur protection qui les récupèrent. Celles-ci hébergent un cheptel important, ce qui n’est pas très bon signe.

Comme on peut le voir, le sort des équidés est d’une manière générale assez inégal d’un statut à un autre, et l’on peut considérer que ceux qui connaissent une vie heureuse, avec des soins et un abri, de l’herbe grasse et du foin frais, en prime une relation de respect, de complicité et d’affection avec un bipède, ont bien de la chance…

Et les autres  

Un cheval cherche à fuir dans un abattoir- photo L214.

Car, pour les autres… L’association L214 fait le point sur l’hippophagie en France. Le pays, s’il est assez peu consommateur de viande de cheval, en importe du continent américain, mais exporte aussi des animaux vivants en Italie et en Espagne et fait venir des chevaux de Pologne. La façon dont ils sont traités sur les marchés aux chevaux ne laisse pas de place au doute. En 2013, une association avait rapporté des images du marché de Maurs, dans le Cantal. Apparemment, rien n’a changé, puisque la Fondation 30 Millions d’Amis, revenue sur les lieux en novembre 2019, avait établi les mêmes constatations. Quant aux transports interminables, ils sont conformes à ce qu’on en connaît : promiscuité, chaleur ou froid intenses, sans eau, sans nourriture, sans repos.

La France abat pour la viande actuellement moins de 20.000 chevaux par an, ce qui, en comparaison des quelques 24 millions de porcs qui connaissent le même sort, peut sembler infime (bien qu’une vie, quel que soit le chiffre par lequel on la multiplie, reste une vie). Mais décidément les abattoirs ne sont pas des lieux très fréquentables. On peut découvrir à ce sujet les enquêtes terrassantes de L214, par exemple cette vidéo tournée en 2018.

La brute bouge encore

Faut-il évoquer le sort des chevaux de course, abattus sans la moindre hésitation s’ils ne sont pas rentables, les trotteurs de réforme revendus à des veneurs, pour s’épuiser lors de mortelles chasses à courre, un exercice qui les brise inexorablement ? Les chevaux de manège ou de clubs hippiques qui passent leur vie à porter sur leur dos des cavaliers inexpérimentés, maladroits, voire brutaux ? Les poneys, les ânes, les mulets improductifs froidement éliminés ? Les équidés de toutes sortes négligés par des propriétaires ruinés ou peu soucieux de leurs animaux, et retrouvés parfois à l’état de cadavre au milieu d’un pré, parmi des congénères plus morts que vifs ?

Qui peut prétendre qu’en France les équidés sont bien traités ? Certains le sont, bien sûr. Cela est laissé à l’appréciation des propriétaires. Pour les protéger, il faudrait commencer par interdire l’hippophagie, mais ce ne serait pas suffisant. Les animaux que l’on ne mange pas ne sont pas considérés pour autant.

Des lois existent contre les mauvais traitements, encore faut-il dénoncer et sanctionner. Les services de l’Etat interviennent souvent lorsqu’il est trop tard, lorsqu’ils interviennent. Et l’on tombe toujours sur le même écueil : sans volonté politique forte, rien ne changera.

Ces atroces meurtres de chevaux nous renvoient une terrible image : celle d’une société qui, en dépit de ses grands principes, laisse encore une place à la brute.

À propos de l'auteur

Josée Barnérias

Josée Barnérias

A toujours été au plus près de la cause animale. En septembre 2010, a fondé La Griffe, association d'information et d'intervention pour les animaux. Aujourd'hui encore, elle en est la présidente. A travaillé pendant trente années dans la Presse quotidienne régionale. Elle vit à Clermont-Ferrand.

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