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Un bouvreuil- photo Christian Bouchardy.
Chroniques

Au diable les piafs

En 1962, Rachel Carson publiait un livre intitulé "Printemps silencieux", en allusion à une possible disparition des oiseaux et pour dénoncer l'emploi des pesticides. Ce livre qui a été en grande partie à l'origine de l'éclosion de la conscience écologique mondiale a été diffusé à plus de 2 millions d'exemplaires! 55 ans plus tard, où en sommes-nous?

A priori, tout le monde ou presque, aime les oiseaux. Hormis quelques allergiques à la plume ou chasseurs forcenés, la plupart d’entre nous est sensible au chant des oiseaux, à leur beauté et à leur présence dans notre environnement. Rien qu’en Auvergne, la Ligue pour la Protection des Oiseaux compte plus de 1600 adhérents. Il n’est que de voir l’engouement pour les nichoirs et les mangeoires dans les jardins pour corroborer cet intérêt, et pourtant, nous restons sourds au message que nous envoient les oiseaux.

Le déclin des oiseaux nicheurs

On entend bien, ici ou là, des réflexions sur la raréfaction des passereaux autour des maisons ou dans les campagnes, mais ce n’est qu’une vague impression et les chercheurs savent bien qu’une sensation ne fait pas une vérité. Pour en avoir le cœur net, plongeons nous dans les résultats tout récents d’une vaste étude sur le déclin en France des oiseaux nicheurs, menée par le gratin de la recherche dans ce domaine : l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature, le Muséum National d’Histoire Naturelle, la Ligue pour la Protection des Oiseaux , la société des études ornithologiques de France et l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage. Précisons que ce dernier organisme ne doit pas être confondu avec les fédérations de chasse et qu’il regroupe des spécialistes de l’avifaune de grande valeur, même si au grand dam de nombre de ses agents, l’ONCFS est encore trop lié au monde de la chasse.

Que nous disent les ornithologues et y-a-t-il de réelles raisons de s’alarmer ?

L’étude a porté sur les 284 espèces d’oiseaux nicheurs recensées sur le territoire métropolitain. En  2017, ce sont 92 espèces, soit le tiers du total qui a désormais rejoint le triste rang des oiseaux en déclin, dont certains sont au bord de la disparition.

Non seulement la tendance au déclin se poursuit, mais elle s’accélère à une vitesse jamais atteinte. Plus encore que la disparition des espèces rares, dont il ne faut minimiser la gravité, c’est la régression continuelle d’oiseaux communs qui doit nous inquiéter. En à peine une décennie, des oiseaux aussi communs que les hirondelles, le chardonneret, le verdier ou le bouvreuil ont vu leurs effectifs drastiquement chuter.

Signal d’alarme

Chardonneret- photo Christian Bouchardy.

Quand bien même n’aurions-nous aucun attrait pour nos amis à plumes, sachons entendre le signal d’alarme de leur disparition car elle est due à la dégradation de leur milieu de vie et donc du nôtre : assèchement des zones humides, bétonnage et goudronnage de 800 km2 de sols chaque année en France, agriculture intensive boostée aux pesticides, pollution de 90% des rivières, destruction massive des haies et des prairies naturelles, artificialisation des côtes marines, changement climatique etc…En Auvergne, sur les 177 espèces nicheuses, seules 67 ne sont pas menacées. Aucune région et aucun pays ne sont épargnés. Ou faudra-t-il en arriver avant que la perte de biodiversité et les moyens mis en œuvre pour y remédier ne deviennent une priorité absolue ? Mais il est vrai que les lobbies n’ont pas encore suffisamment gagné d’argent sur le dos du bien commun !

 

À propos de l'auteur

Christian Bouchardy

Christian Bouchardy

Depuis 40 ans, il arpente la nature. Ses travaux sur la loutre lui ont notamment permis de recevoir le Grand-Prix international de la fondation Ford. Tour à tour cinéaste (il a réalisé une quarantaine de films), écrivain, photographe, producteur (société Catiche productions), ce spécialiste de nature et du patrimoine local a, en outre, été vice- président du Conseil régional, chargé de l’environnement, entre 2010 et 2015.

1 Commentaire

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  • Bravo et merci pour ce cri d’alarme ! Chaque fois qu’une espèce disparait ce sont des écosystèmes qui se dérèglent.
    Il ne peut y avoir de vie clairsemée sur la Terre. Le système doit être étendu et vigoureux. Si le biote se réduit au 1millième la Terre deviendra inhospitalière. 1 oiseau sur 3 a disparu en 30 ans.
    Agissons pour la biodiversité !

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