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Florent Dutto, gérant de "La Tête dans le Pion".
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A Clermont, le jeu de société, ça vous gagne.

Aussi vrai que l'homme est porté à la sociabilisation, il l'est à jouer. Depuis les années 2000 le jeu de société opère un retour en force. Qu'en est-il aujourd'hui ? Et sur Clermont-Fd ? Réponse avec Yohann Laurent de Blackrock Games, distributeur de jeux de société, et Florent Dutto, gérant du café ludique, La Tête dans le Pion.

Le jeu a toujours été une passion. Depuis tout petit.” Ces mots sont ceux de Florent Dutto, gérant du café-jeux, La Tête dans le Pion. Quatre ans que dans le vieux Clermont ce passionné a ouvert un espace qui lui ressemble, rue des Petits-Gras. Un lieu accueillant, acidulé comme l’enfance. Chaque jour, à partir de 17h, les amateurs de jeux s’y donnent rendez-vous et le lieu ne désemplit pas. Soirées entre copains, soirées à thèmes, La Tête dans le Pion fait salle comble. Un engouement qui dépasse l’échelle locale. Au national et à l’international, les jeux de société cassent la baraque et ce depuis le succès de deux jeux devenus mythiques : Les colons de Catane et Carcassonne. “Des classiques” pour Florent. “Pas super beaux sur le plan esthétique mais très bons sur le gameplay.” Leur succès planétaire relance l’intérêt pour ce type de jeux qui opère un retour en force dans les années 2000 et le phénomène n’est pas prêt de s’arrêter. “Le jeu c’est pas pour les adultes. Cette remarque n’arrive plus“, explique Yoann Laurent, président de Blackrock Games, troisième distributeur français de jeux de société, récemment racheté par Hachette Livre. Installée à Romagnat, l’entreprise familiale (1) connait une “très forte progression” en 2019. A l’image d’un secteur qui lui aussi progresse avec plus d’un millier de nouvelles références par an et des chiffres de vente en hausse. De quoi entretenir un cercle vertueux. Les associations se multiplient de même que les festivals. Plus de 260 à ce jour. Le plus attendu ? Le festival international des jeux de Cannes, la Mecque des joueurs et des professionnels qui se déroule chaque année au mois de février.

Yoann Laurent., président de Blackrock Games.

Un marché en plein boom pour un secteur qui se professionnalise

Comment analyser cette popularité ? Une résistance aux jeux vidéo ? Un besoin de retour au réel ? “La plupart des joueurs de jeux de société ne sont pas forcément amateurs de jeux vidéo“, analyse Yoann. Pour Florent il n’y a pas de réelle frontière entre les deux. Pas de camps distincts mais des gamers qui peuvent passer aux jeux de société. Des jeux sur lesquels les mordus aiment à échanger et pas que dans le réel. Les communautés sont très actives sur le net, notamment sur Facebook. Signe de cette popularité, dans la couronne clermontoise, plusieurs associations lui sont dédiées. Quant aux cafés ludiques, ils continuent de pousser comme des champignons un peu partout en France, et à se fédérer en réseaux. Le plus connu, le réseau des cafés ludiques, est un réseau mutualisé, fondé en 2017. A ce jour il regroupe une quarantaine d’associations sur l’ensemble du territoire, dont La Tête dans le Pion. Au cours des dernières années le secteur s’est grandement professionnalisé. En attestent la création, en 2016, de l’UEJS, l’Union des éditeurs de Jeux de Société et du Groupement des Boutiques Ludiques ; en 2017, de la SAJE, la Société des Auteurs de Jeux.

Pléthore de jeux pour un public hétéroclite, en quête de jeux fun

A l’intérieur, le casier des jeux.

Le marché propose des jeux de société contemporains,”modernes, beaux, bien édités, avec des règles adaptées.” Pour un public souvent aiguillé dans une boutique ou au hasard d’une discussion dans un festival. “En quête de jeux courts, fun et de règles qui s’apprennent vite, détaille Florent. Yoann résume : “les jeux adultes fun ont vraiment le vent en poupe.” Le distributeur auvergnat d’annoncer pour début 2020 plus de 100 000  exemplaires vendus sur ses gammes Blanc-Manger Coco, Juduku et Taggle. “Les jeux japonisants plaisent aussi beaucoup“, complète Florent. La durée des parties ? Ca dépend. Le plus souvent 3/4 d’heure. “L’important, c’est ce qu’on va vivre avec les gens plus que le jeu lui même.” Au-delà du défi une constante demeure : l’échange et la synergie pendant les parties. Entre amis, potes ou famille. Des jeux il y en a pour tous les goûts : du jeu de rôle au jeu de plateau en passant par le jeu d’ambiance. Stratégique ou coopératif. Pour ce qui est de la fréquentation, à La Tête dans le Pion, la tranche d’âge est stable : entre 20 et 35 ans. En revanche, Florent constate qu’il y a peu de personnes seules. La majorité des joueurs vient à plusieurs, en petits groupes. Comme aujourd’hui. Trois jeunes jettent un coup d’œil dans le café, se renseignent sur l’horaire d’ouverture puis repartent. Ils avaient prévu de jouer, ils repasseront plus tard.

Des éditeurs et des distributeurs qui jouent le jeu

Autant dire qu’à Clermont, le jeu, ça vous gagne. A La Tête dans le Pion, près de 600 références s’empilent sous et sur le comptoir. Et dans la bibliothèque voisine. De tout format, de toute taille. Face à l’entrée, en guise d’invitation, une sélection. L’occasion pour le visiteur de contempler des packagings au graphisme travaillé, au trait toujours plus personnel, les éditeurs rivalisant d’originalité pour capter l’attention d’un public toujours plus exigeant. Beaucoup de références donc mais pas forcément toutes achetées car face à la notoriété grandissante des cafés-jeux, éditeurs et distributeurs n’hésitent plus à mettre à disposition leurs nouveautés, “pour les faire découvrir.” Blackrock Games confirme cette stratégie promotionnelle, “(…) différente de celle qu’on peut voir dans d’autres milieux.” Le bouche-à-oreille étant plus efficace qu’une campagne de pub. “Ce qui compte, c’est la qualité des jeux, le fait que (les gens) y jouent et qu’ils trouvent le jeu qui correspond à leur envie”, souligne Yoann. Pour cela, des lieux comme La Tête dans le Pion sont très importants pour nous.

“Une mouvance culturelle” plutôt qu’une tendance

A quelques minutes de partir, Florent se prépare, lui, à ouvrir, confiant sur l’avenir du jeu de société. Certes, “ça ralentira probablement mais ce type de jeux s’inscrit dans une mouvance culturelle.” Car oui, le jeu a une fonction sociale. En jetant un coup d’oeil sur les commerces qui occupent le plateau central, difficile de ne pas lui donner raison. Plusieurs boutiques s’y concentrent. Seule ombre au tableau : le manque de stationnement. Remédier à cet inconvénient, voilà qui pourrait bien devenir l’enjeu d’un futur jeu coopératif. En attendant, prochain évènement à noter dans votre agenda : le festival Au pays des jeux au Cendre, les 17 et 18 octobre prochain. A vous de jouer.

(1), Fondée en 2007 par Alain Ollier.

À propos de l'auteur

Sandrine Planchon

Sandrine Planchon

Après une prépa lettres et des diplômes en sciences humaines, Sandrine Planchon s'oriente vers la radio. Depuis 1999 elle travaille différents formats sur Altitude, Arverne, RCF, RCCF. Investie depuis 2015 dans un projet sur le numérique avec Elise Aspord, historienne de l'art, elle encadre aussi depuis 2014 les projets d'étudiants du Kalamazoo College (US).

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