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Au marché des Salins
Loisirs Week-End

Puces des Salins : le monde autour de la chine

Foire aux puces à laquelle se sont greffés marchands des quatre saisons et traiteurs exotiques, le marché des Salins est un haut lieu de l'activité dominicale clermontoise.

Ce rendez-vous hebdomadaire est bien installé dans les habitudes clermontoises. L’origine du marché des Salins ne remonte pourtant qu’à trois ou quatre décennies. Ce fut d’abord un grand vide-greniers qui se tenait dans la cour de l’ancienne gare routière. L’initiative attira si bien chalands et vendeurs que le « marché aux bus » s’agrandit sur la place Gambetta où il est toujours.
Côte à côte déballent antiquaire et maman encombrée des vêtements des petits, collectionneur compulsif décidé à céder quelques objets de sa passion et routard projetant de payer le prochain voyage en monnayant ce qu’il a ramené du précédent, fashionista déterminée à désencombrer le tiroir des carrés Hermès et héritier de bimbeloteries encombrantes. Et puis des biffins bien sûr, fouilleurs de poubelles et récupérateurs ultimes venus se faire un billet qui devra durer la semaine. Bref les vendeurs, c’est n’importe qui. Les chalands ne sont pas moins divers. Entre le chineur invétéré, écumeur matutinal du moindre déballage, le jeune couple en phase d’installation, le bricoleur du dimanche et les collectionneurs dans toutes les disciplines, plus les badauds, c’est toute la société qui se côtoie pendant la meilleure moitié du dimanche. Un rayon de soleil et c’est la cohue. Qu’il gèle à pierre fendre, on trouve toujours les stands de ceux qui ont besoin de la recette des Salins pour faire bouillir à la marmite. Seule une pluie battante acoquinée à un vent à embarquer les parasols perturbent sérieusement le programme.

La stratégie du rôtisseur de poulets

Le monde attire le monde. Alors, il y a quelques années, le trottoir de l’avenue de la Libération a commencé à être envahi par des professionnels de la victuaille. Leurs fruits et légumes n’ont pas toujours emprunté les circuits courts. Probablement ont-ils pris forme sous la mer de plastique qui couvre cette partie de l’Espagne où seuls se plaisent scorpions et producteurs de westerns. Et les patrons maraîchers, parce que pour les petites mains, ce n’est pas l’Eldorado… Enfin il faut bien manger, et l’impécunieux, espèce proliférante, trouve là de quoi faire une ratatouille à prix cassé. Gros succès également du rôtisseur de poulets. On est dans une gamme de prix plus convenue, mais les traiteurs de cette corporation usent pour faire tomber le client dans leurs rets de stratégies implacables : ils le tiennent par le nez. Quand vient midi, il faut être un ascète ceinture noire, apôtre patenté de la frugalité, ou bien frappé d’anosmie, pour résister à la machination olfactive. La file d’attente s’allonge jusqu’à se mêler à celle des acheteurs de pain du vrai et bon boulanger voisin. Sur le chemin se rencontre une marchande d’huîtres de Marennes, familière des lieux de longue date. Depuis quelques saisons, une famille de poissonniers vient de la région de Sète et propose des poissons qu’on classera parmi l’aristocratie des ressources halieutiques en dépit de leur prix très démocratique. Sardines, soles et rougets de roche se négocient à rythme soutenu, avec d’autres poissons étrangers au bougnat mais parfaitement identifiés par la clientèle d’hommes nord-africains et de femmes en boubous qui les achètent au kilo. Capitaine de ce stand, Mohammed amène parfois des huîtres de Bouzigues mais aussi des violets, ce crustacé absurde et sournois, déguisé en patate pourrie, qui vous balance un jet d’eau quand vous le pressez et dont le goût iodé vous explose dans la bouche. Une rareté dans le coin, donc on vous refile le tuyau…

Falafels et mahjoubas

Pendant un temps, nous fûmes client régulier d’un père et de son fils, ce dernier encore enfant mais déjà dégourdi par on ne sait quelle histoire. Ils devaient venir de quelque part dans l’ancienne Yougoslavie et vendaient leur production de bureks, cette pâtisserie salée à la viande ou aux épinards, spécialité des Balkans. Le père ignorant le français était l’assistant muet du gamin qui tenait la boutique. A la douceur du père, à l’assurance tranquille et jamais crâneuse du môme, on savait que le burek ne serait pas frelaté. Un jour, ils ont cessé de paraître. Des faiseurs de falafels les ont remplacés. Ils voisinent avec des femmes originaires du Maghreb qui confectionnent sur place des mahjoubas, crêpes farcies spécialités de l’Algérie, avec des marchands de verdures qui parfument les soupes en extrême-orient ou des vendeurs de menthe et de coriandre qui semblent accompagnés d’un vent de Marrakech… Alors on baguenaude comme on le ferait en voyage, mais sans crainte de manquer son avion.

À propos de l'auteur

Christophe Grand

Christophe Grand

Journaliste de presse écrite et de radio, amateur de voyages et d’images, particulièrement intéressé par l’architecture et l’urbanisme, les arts décoratifs, le jardin et la cuisine, la littérature et le monde des idées...

2 Commentaires

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  • On a plaisir à parcourir votre article… tout comme on flânerait aux puces!
    Merci d’avoir capté l’essence de ce quartier où il fait bon habiter.

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