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Michel Ocelot / Photo 7 Jours à Clermont
Michel Ocelot / Photo 7 Jours à Clermont
Culture

Michel Ocelot : “mon premier ingrédient c’est la sincérité”

Michel Ocelot est le réalisateur du film d'animation "Kirikou", le long métrage culte qui a marqué un véritable tournant dans l'histoire du cinéma français. Présent à Clermont pour l'ouverture de la seconde édition du festival Animade in France, il a conquis les fans de son œuvre par sa gentillesse et sa sincérité.

Michel Ocelot, réalisateur du célébrissime film d’animation Kirikou a ouvert, la seconde édition du festival clermontois, Animade in France, Il s’est longuement prêté au jeu des questions-réponses avec un public intergénérationnel, conquis par le charisme de cet homme, profond, sincère et magnant avec habileté le second degré. Il a également bien voulu accorder un long entretien à 7 Jours à Clermont, média qui soutient le festival.

7 Jours à Clermont : Lorsqu’on vous demande quelle est votre profession, que répondez-vous ? cinéaste ou raconteur d’histoires ?
Michel Ocelot : Quand on me fait choisir, je prends les deux, mais je suis quand même réalisateur, j’aime le cinéma, la mécanique du cinéma, l’image et le son du cinéma, mais bien sûr que je suis un conteur. Au début je croyais que j’étais essentiellement un dessinateur, mais aujourd’hui je suis essentiellement un conteur.

7JàC : Le cinéma d’animation vous accompagne depuis longtemps ?
M. O : Je pense que ce que je fais aujourd’hui, je le faisais quand j’avais 10 ans, c’est à dire que je m’amuse bien, j’invente des choses, je dessine, je bricole. Mes premier films étaient du bricolage, cela me plaisait beaucoup. Si j’étais arrivé à l’époque de l’informatique, peut-être n’en aurais-je pas fait, parce que je suis arrivé par le bricolage, le jeu, le jeu avec les autres, les ciseaux, le papier, des petites magies innocentes, des pliages… c’est arrivé comme ça dès l’enfance.

7JàC : Pourtant vous vous êtes formé aux Beaux-Arts puis aux Art-décoratifs …
M.O : Il était clair que j’étais un artiste et le cinéma est arrivé relativement tard parce que ma famille allait peu au cinéma, on habitait dans des endroits où il y avait peu de cinéma, nos parents ne voulaient pas de télévision… tout ça me fascinait mais me semblait hors d’atteinte. J’ai été enchanté par les premiers films de Walt Disney et ensuite j’ai été fasciné par les petits films courts que l’on voyait par hasard en première partie d’un long métrage et plus tard dans les festivals… des créateurs dans leurs chambrettes, qui font quelque chose qu’ils doivent faire. Il ne feront jamais fortune, mais cet objet qui va bouger, ils doivent le faire. Je voyais aussi des difficultés, je voyais comment c’était fait et cela m’enchantait, j’ai senti que s’était mon monde. Donc d’une part un très beau spectacle comme les premiers films Disney et d’autre part ce bricolage très personnel, où l’on imite pas les autres, on fait ce que l’on doit faire nous même. Quand j’ai compris ça, je savais que j’avais trouvé mon domaine, j’ai eu de la chance, je suis satisfait de cette vie.

Michel Ocelot, debout / Photo 7 Jours à Clermont7JàC : Est-ce que le manque de moyens a accompagné et accompagne  votre carrière ?
M. O : Il y a eu deux manques de moyens. Le premier est de ne pas avoir eu accès aux outils, la grande souffrance de ma vie. Ensuite j’ai commencé à faire quelques films, j’en ai fait trop peu… à partir de Kirikou qui a été fait avec très peu d’argent, on a trouvé un budget convenable pour faire Azur et Asmar mais après ça s’est détérioré. Je me suis accommodé de ce manque de moyens quand je me suis mis a faire des contes en théâtre d’ombre, poussé par le manque d’argent, mais cela m’a énormément plu, et je continue de loin en loin à en faire pour le plaisir. Je sens bien qu’il y a une partie décalquée d’un film qui n’a rien à voir avec l’argent. Le cœur qui bât, en fait c’est gratuit, mais il faut qu’il batte… à partir du moment où j’ai à peu près un budget, je ne me sens pas du tout en état d’infériorité. Je sais que mon premier ingrédient c’est la sincérité, elle est vraie, une affection pour les humains, surtout une partie (rire) en ce moment il y a une partie que je n’aime pas du tout.

“Le miracle Kirikou a fait du bien à beaucoup de monde”

7 Jours à Clermont :  on a coutume dire qu’il y a un avant et un après Kirikou 
Michel Ocelot : Et comment qu’il y a un avant et un après Kirikou !  et comment pour ma vie et comment pour le cinéma d’animation français et d’autres pays. Avec Kirikou, on a montré qu’il film totalement innocent, mais juste, pouvait être un bon produit commercial. Cela a donné des idées de films qui vont dans ce sens et cela a surtout montré que l’on pouvait faire une carrière avec un long métrage d’animation fait en France ou en Europe. Le miracle Kirikou a fait du bien à beaucoup de monde et a changé le paysage de l’animation française qui avait beaucoup de mal à faire des longs métrages, à se faire reconnaître, en particulier par le public qui ne savait pas que cela existait. Il y a eu un déclic et un déclanchement dans l’année qui a suivi Kirikou, on s’est mis faire plusieurs longs métrages d’animation en France chaque année.

7JàC : Après des années de vaches maigres, comment êtes vous parvenu à cette bascule ?
M. O : Mes contes en silhouette, j’y croyais beaucoup, j’y crois toujours et je pense en faire d’autres plus tard. Mais ce n’était pas la mode. J’ai envoyé des projets à toutes les télévisions d’Europe qui ne m’ont pas répondu et Didier Brunner (ndlr : producteur), m’a dit un jour “arrête de perdre ton temps avec la télé et écris moi un long métrage”. Alors je lui ai écrit Kirikou, et voilà !

7JàC : Est-ce que le succès vous a apporté plus de liberté dans la création ?
M. O : Je n’avais pas de liberté dans la création puisque je n’avais pas d’argent… Cela a changé totalement ma vie et j’ai eu droit à la création. Auparavant j’avais fais des petits films, de la création, mais c’était tout petit avec des grands espaces vides. À partir de Kirikou, j’ai eu droit d’être un créateur et de faire des films, ce qui est déjà énorme.

7JàC : Finalement, peut-on parler de chance avec Kirikou ?
M. O : Il y a d’abord eu une malchance,  je n’ai fait Kirikou qu’à 50 ans passés. Il y a vraiment une partie de ma vie qui me manque. Mais à partir de Kirikou, j’ai la vie que je voulais, j’ai fait des films et je raconte ce que je veux. Tous mes films, c’est moi qui les ai décidés, tous mes films sont mes histoires. Je n’en reviens pas, tous les films sont mes idées, c’est fou, on devrait me brûler, c’est pas normal.

“Je ne travaille pas trop et ce n’est pas tout à fait du travail”

7JàC : Pour votre création, y a -t-il des passages obligés des œuvres incontournables ?
M. O : Si quelques chose ne me plaît pas, je le jette, il n’existe plus. Et si c’est quelque chose qui ne me plaît pas d’une certaine manière, je le mets en scène et je le combats. Encore une fois, je suis un privilégié absolu, privilégié de vivre à cette époque… qui a ses malheurs… mais en occident pour l’instant dans la paix. Là aucun snipper ne va nous abattre alors qu’on est devant une vitre, c’est extraordinaire et puis je fais le métier que je veux, je ne perds jamais mon temps. On me dit que je travaille trop. Mais je ne travaille pas trop et ce n’est pas tout à fait du travail.

7JàC : Michel Ocelot est-il un optimiste ?
M. O : Hum….un petit peu, mais seulement un petit peu. L’humanité m’effraie. Trump et Poutine ça m’empêche de respirer, ça m’effraie profondément et je me trouve chanceux, personne ne m’a torturé, personne ne m’a tué… c’est extraordinaire. Mais si je vois bien le mal absolu dans de nombreux endroits, je rencontre aussi  beaucoup de gens gentils, généreux, ne voulant pas de ces tyrans et les tyrans n’auront jamais les mains tout à fait libre, parce qu’on est là. Et des gens généreux, j’en ai rencontré. Je prend beaucoup de plaisir à rencontrer les gens, parce que je travaille pour eux, pour eux et moi et j’ai besoin des deux.

Après son passage à Clermont, Michel Ocelot a prévu de se remettre rapidement au travail pour terminer un film d’animation destiné à être diffusé dans des planétariums. Ce court de 19 minutes met en scène des lapins à trois oreilles, très mélomanes, dont on arrive à obtenir beaucoup pour peu qu’on leur siffle certains airs. Ils sont multicolores, très gais, grimpent très bien aux arbres. Michel Ocelot promet des lapins tout autour des spectateurs qui devraient sortir des séances en claquant des mains en rythme. Le films doit être présenté en avant-première au festival d’Annecy en juin prochain avant d’être projeté dans les planétariums. Celui de Vulcania sera-t-il dans la liste ? Le papa de Kirikou confirme qu’il veut bien revenir en Auvergne pour le présenter…

Informations et réservations sur le programme détaillé en ligne d’Animade in France

 

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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