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Olivier Bianchi / Photo Eloïse Gerenton
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Entretiens Politique

Olivier Bianchi, 30 ans de vie politique à la mairie de Clermont

Impliqué dans la vie politique de Clermont depuis trois décennies, Olivier Bianchi retrouve aujourd'hui un poste de simple conseiller d'opposition. Retour sur plus de 30 ans d'engagement politique, de sa première carte du PS au fauteuil de maire de Clermont.

Olivier Bianchi a fait ses cartons, récupéré ses livres personnels et fait nettoyer le bureau qui devient, ce 27 mars, celui de Julien Bony au cabinet du maire de Clermont. La rue Philippe Marcombes, Olivier Bianchi la connaît très bien. Il y est venu quotidiennement depuis 30 ans, d’abord comme conseiller, puis adjoint et enfin maire. Ce n’est pas une page de la vie politique clermontoise qui se tourne mais un très long chapitre, de près d’un siècle qui se referme. 2026, année de l’alternance, Clermont n’est plus une citadelle socialiste. Un tel événement, que certains qualifient de séisme, valait bien un entretien fleuve avec le nouveau chef de l’opposition, membre de l’équipe des gardiens du temple socialiste dont la carrière a débuté aux coté de Roger Quilliot.

Les années Bianchi : 1988 / 2014

Comment est arrivé votre engagement politique ?
J’ai commencé à 18 ans. Ce qui a été constitutif chez moi, c’est les manifs Devaquet, à 16 ans. Je fais partie de cette génération-là. Ensuite, quand j’arrive à la fac, je me rends compte que j’ai envie d’agir. Donc à la fois j’adhère au syndicat étudiant, par ailleurs je deviens président du club Forum qui était les jeunes rocardiens, et puis je rentre au PS en 90 à peu près, donc à l’âge de 20 ans,  ça fait une trentaine d’années.
Très vite à 25 ans, je me rapproche du maire de Clermont, Roger Quilliot, qui à l’époque en 1995, affronte Giscard d’Estaing… donc déjà quelque chose qui ressemble un peu à ce qu’on vient de vivre là, c’est-à-dire à la fois une gauche qui arrive un peu à bout de souffle, Roger Quilliot qui est en fin de carrière, qui y va pour affronter Giscard mais qui prend le choix de mettre une douzaine de jeunes sur sa liste : “Si jamais on perd, les douze premiers seront une nouvelle génération”. J’étais moi-même douzième.
On gagne de 850 voix, il me confie les fonctions de conseiller municipal délégué à la jeunesse et à la création culturelle. Et donc là, je fais d’abord un apprentissage de ce qu’est la vie publique. Et d’ailleurs c’est ce que va vivre l’équipe de Bony, c’est-à-dire qu’on ne devient pas immédiatement élu, il faut comprendre la complexité d’une administration, comprendre les ressorts de la décision, comment tout ça se mène.

Ce  premier mandat était donc celui de l’apprentissage…
Je vais d’abord me concentrer sur des projets qui étaient dans le programme : la Coopérative de Mai, la Carte Cité Jeune… on est la première ville de France à donner des subventions au CROUS pour aider les étudiants précaires. Cette subvention existe toujours d’ailleurs, 30 ans plus tard. Et surtout je découvre ce qu’est le service Jeunesse. À l’époque ça s’appelait l’OMJL, c’est devenu la DAJL, c’est-à-dire que ça a été réinternalisé. Avant, c’était une association, mais avec les lois Sapin, j’ai fait partie de ceux qui ont aidé à sa restructuration pour que ce soit légal. Du coup, je découvre des fonctionnaires, qu’une politique jeunesse ça s’incarne dans des indicateurs, des animateurs socioculturels, des maisons de quartier… Et à l’époque, je fais beaucoup de vernissages, d’expositions au centre Pierre-Laporte, pour ceux qui s’en souviennent, ou dans les maisons de quartier.
Donc je découvre le tissu associatif, je découvre les acteurs de la ville, six ans d’apprentissage, avec les premiers mariages, les premières fois, la première représentation…

Vous avez en mémoire des anecdotes de cette période ?
Plein, mais j’en ai une savoureuse en particulier. Pour ma première représentation, le maire Roger Quilliot m’envoie au départ en retraite du directeur des archives départementales. Moi j’ai 25 ans, 26 ans, je ne suis pas très affirmé dans mon identité d’élu… donc je me mets dans un coin, je vais quand même le saluer en lui disant que je représente Roger Quilliot. Et le lendemain sur la photo je suis coupé, parce que les photographes de La Montagne ne savent pas qui je suis.
À l’époque, c’est un autre monde, je suis convoqué par le directeur de cabinet de Roger Quilliot parce que le maire veut savoir si j’ai bien honoré ma représentation puisque je ne suis pas visible. Et je dis : “Oui oui, d’ailleurs l’épaule qu’on voit sur la photo, c’est moi”. Et Roger Quilliot me dit : “Bon, très bien, tu l’as fait, mais alors la prochaine fois tu diras au journaliste : “Je représente le maire, donc vous ne me coupez pas sur la photo”.
Mon premier mandat, c’est surtout des apprentissages et des premières fois.

Après il y a eu la période adjoint à la culture
En 2001, je deviens adjoint à la culture, à l’occasion d’ailleurs, parce qu’il faut toujours dire les choses telles qu’elles ont été, de l’élection de Serge Godard au Conseil départemental. Serge Lesbre, (ndlr ; adjoint au maire en charge de la création culturelle et des festivals, élu conseiller général du canton de Clermont sud ) qui avait des positions très tranchées, ne voulait pas cumuler. Donc le poste se libérait et comme j’avais montré mon appétence pour le sujet, puisque c’était un secteur qui m’intéressait et qui me passionnait… je suis devenu adjoint, puis vice-président à la culture en cours de route durant mon deuxième mandat.
J’ai fait une petite quinzaine d’années, puisqu’il y avait un mandat de 6 ans et un mandat de 7 ans. J’ai été adjoint et j’ai eu la chance d’être sous la houlette d’un maire, Serge Godard, qui n’avait pas la passion de la question culturelle mais qui avait compris une chose, c’est qu’il fallait construire une métropole… il était dans cet état d’esprit et son adjoint, Dominique Adenot, portait beaucoup le Grand Clermont. Serge Godard avait fait la place de Jaude et le tramway… et il avait compris que dans une grande métropole, ce qui fait une de ses identités, c’était les emplois à haute valeur ajoutée,  la recherche, l’enseignement supérieur… il en était d’ailleurs puisqu’il avait été directeur de l’observatoire de physique du globe… et aussi la culture.

Cette période n’a-t-elle pas été une sorte d’âge d’or pour vous ?
Si, puisqu’on vit une sorte de période enchanteresse. On va faire la Cour des Trois Coquins, finaliser la Coopérative de Mai, faire la Tôlerie (centre d’art contemporain), l’Hôtel Fontfreyde pour la photo, la rénovation de l’Opéra, les péripéties de la bibliothèque qui vont se terminer finalement 30 ans plus tard, la Scène nationale… du coup j’avais le premier budget d’investissement après l’urbanisme, traditionnellement le plus important parce qu’il y a toute l’espace public. C’était un moment de grand enthousiasme avec une direction de la culture, avec un directeur formidable qui s’appelait François Robert et avec un accompagnement parce qu’à l’époque il y avait encore un peu d’argent dans les collectivités, un accompagnement très fort des associations, des festivals. Se monte Traces de Vies, se monte le Carnet de Voyage… donc un accompagnement extraordinaire et une vie au milieu des acteurs culturels. Et moi j’étais très concentré sur ces politiques publiques au point d’ailleurs d’avoir des responsabilités nationales : d’abord président de la commission culture de toutes les intercommunalités françaises, puis président de la commission culture des maires de grandes villes pendant 12 ans, puis secrétaire national à la culture au PS.
J’étais identifié comme une des personnes de la politique culturelle. Alors pourquoi la culture ? Je disais souvent qu’à gauche, il y a trois champs de conflit ou de combat. Le premier c’est le champ économique, c’est des gens qui sont contre l’économie capitaliste. Il y a un deuxième champ, le champ du social, qui est au fond la question de la protection des plus fragiles. Et puis il y a un troisième champ qui est peut-être moins évident pour beaucoup mais qui compte énormément, c’est tout ce que j’appelle le champ de l’émancipation, c’est-à-dire culture, éducation… comment donner des outils pour comprendre le monde dans lequel on est et pour s’émanciper de notre déterminisme sociologique.
Et donc moi j’ai choisi ce champ culturel à l’époque parce que j’avais d’ailleurs travaillé dans une mairie avant comme dans un service culturel à Cournon et que j’avais vu ce que ça pouvait générer. Moi j’avais participé au début du festival Enfance et Jeunesse à Cournon… j’étais à la fois quelqu’un qui connaissait le champ culturel du point de vue professionnel mais qui aussi avait compris politiquement tout son intérêt.

Ressentez vous de la fierté de tout cela ?
OUi, je suis très très fier de tout ça. C’est-à-dire une partie de l’empreinte culturelle actuelle de Clermont.  C’est grâce à ce que m’a autorisé à faire et à porter l’équipe de Serge Godard, au point que d’ailleurs, quand même les pires détracteurs de mes activités doivent me concéder des qualités, c’est au moins sur les enjeux culturels. En fait, on reconnaît quand même que j’ai fait des choses, par exemple, Mille Formes, voilà, c’est un truc dont je suis extrêmement fier, cet outil pour les 0-6 ans en matière artistique. Et puis ça a permis qu’en 2014, quand Serge Godard décide d’arrêter et qu’il y a quand même une compétition, parce qu’on est six sur le le coup,  c’est qu’au fond j’incarnais un début de cette mutation métropolitaine et puis dans une politique publique qui finalement n’était pas conflictuelle, sur laquelle il pouvait y avoir une sorte de consensus. C’est moins vrai maintenant, mais sur lequel il y avait un consensus qui fait que peut-être j’étais justement, un personnage plus consensuel, plus agréable que ce quand je suis devenu maire où j’ai polarisé sur des choix qui faisaient justement qu’on n’était pas tous d’accord

Les années Bianchi : 2014 / 2026

En 2014 je deviens maire. Jusqu’à aujourd’hui, j’ai conduit une politique en devant élargir mon spectre en fait,  sur le développement économique avec la métropole, sur la question de mobilité, etc.
J’ai essayé d’avoir trois points qui étaient essentiels. Le premier, c’est d’avoir une vision géopolitique territoriale au moment où on perdait la capitale de région, parce qu’on oublie toujours ça. Je rappelle que quand on perd la capitale de région, tout le monde nous prédisait qu’on allait finir plus bas que terre. Et en fait, moi j’ai très vite théorisé qu’on était la capitale du Massif central. La candidature de la Capitale Européenne de la Culture qui a échouée mais qui était quand même autour de cette notion, a été certainement un formidable atout pour rester dans une géopolitique. J’ai vu d’ailleurs ce matin que Julien Bony disait : “On est la capitale du Massif central”. Je pense que j’étais un des premiers à le théoriser. Pierre-Joël Bonté l’avait fait aussi. À l’époque j’avais adhéré au Comité de massif, Clermont était la seule ville au milieu des départements ruraux. Et donc je pense que ça, par exemple, c’est un de mes héritages. Et on n’a pas oublié, on n’a pas perdu de poids géopolitique grâce à ça.

Vous aviez déjà l’idée de la métropole ?
Oui je voulais qu’on soit une métropole, c’est le second point, de la politique stratégique.À l’époque, mes accointances avec Hollande, avec le Premier ministre Manuel Valls, dont on peut me reprocher beaucoup, m’ont permis de rentrer dans les trois dernières métropoles qui n’avaient pas été calculées au début avec Toulon et Metz. Et donc on a eu ce statut de métropole. Et cette métropole, j’ai souhaité qu’on la gouverne pas en espace politicien puisqu’en fait, on était des élus de deuxième rang. Donc j’ai animé un collectif de pairs (P.A.I.R.S). Et ça aussi, c’est une chose dont je suis très fier, c’est-à-dire que je pense qu’aujourd’hui on me reconnaîtra, et même mes adversaires de centre-droit ou de droite, en tout cas les 20 maires de la métropole me reconnaissent d’avoir animé ce collectif et d’avoir permis de porter des schémas qui sont aujourd’hui des schémas qui sont pas vraiment remis en cause : le plan local de l’urbanisme, le plan local de l’habitat, etc. Tout cela a toujours été voté à l’unanimité quasiment, pratiquement en tout cas des 20 maires.

Le troisième est donc l’écologie…
OUI, j’ai fait la rupture du modèle urbain à un moment où en 2020, tout le monde se préoccupait d’écologie. Eric Faidy expliquait qu’il allait être le premier maire vert, il était macroniste. Jean-Pierre Brenas faisait l’apologie de ce qui sera ensuite “Inspire”, c’est documenté, on a des vidéos. D’ailleurs en 2020 mon programme était “Naturellement Clermont”, tout le monde aspirait à ce qu’on prenne en compte cette évolution du climat. C’est là qu’on lance les cours d’école végétalisées, c’est là qu’on lance la question de mobilité, avec deux nouvelles lignes de bus parce qu’on ne l’avait pas fait entre 2008 et 2020 et qu’on avait du retard. C’est là où on lance les pistes cyclables. Ce projet-là,  a beaucoup tendu, notamment les gens qui pensaient qu’on devait rester dans le monde de la voiture, et qui est en partie une des causes ou une des raisons de mon échec.
Je ne dis pas que les gens n’ont pas compris, parce que je trouve ça assez pédant. Mais pour la suite, l’urgence climatique va continuer, la question est comment des obligations d’ordre général que nous devons imposer pour pouvoir sauvegarder notre modèle, qui dérégulent la vie quotidienne personnelle de chacun, créent une tension qui produit un échec politique.
Mais il va falloir quand même continuer à faire ça parce que sinon ça marchera pas. Les inondations qu’on vient de vivre dans le Puy-de-Dôme, les maisons fissurées partout, enfin on peut donner mille exemples. Cette élection n’a pas été très écologique, mais les collègues, dans les sept ans, n’échapperont pas à des arbitrages dans ce domaine, par exemple la rénovation thermique des bâtiments privés. Donc qui était dans notre projet mais qu’il faudra faire parce que sinon tout ce qui est classé E, F ne pourra  être ni loués, ni vendus. Et quand on les transmettra à nos enfants, on leur transmettra plus un petit patrimoine que les gens ont construit à la sueur de leur front, on va leur transmettre un poids parce qu’ils sauront pas quoi en faire et ça sera des coûts.

Vous pensez avoir payé le fait d’avoir mis en œuvre ce qui était devenu nécessaire ?
J’ai fait un mandat qui a été un mandat de rupture, qui a été perturbant. Moi je veux bien entendre que ça bouleversait beaucoup l’existence des gens. J’avais souvent cette formule : “ce serait quand même dingue que je perde parce que j’ai refait des tuyaux d’eau”, mais en fait j’ai perdu parce que j’ai refait des tuyaux d’eau. Le risque, c’est qu’on ait beaucoup de maires — pas qu’à Clermont — dans la décennie qui vont manquer de courage, c’est-à-dire que le mieux ça sera de ne rien toucher.

On vous aussi reproché de ne pas être assez ferme sur la question de la sécurité
Oui,  j’ai été rattrapé par le phénomène du narcotrafic. En 2014 quand je suis élu, ma première visite c’est pour le centre de police. Je crée un commissariat, je crée un centre de supervision urbaine. On passe de 14 caméras à 300, on recrute… on passe de 45 policiers à 80. Oui, ça n’a pas été assez vite, j’ai mis trop de temps à comprendre peut-être que la question n’était pas qu’une question nationale même si pour moi ça reste une question nationale. Mais que le maire devait, en tout cas dans son affichage, donner le sentiment d’être plus actif. Et le paradoxe c’est que plus on montait le jeu, plus le narcotrafic montait le jeu et on en oubliait les vraies questions qui sont des questions de santé ou de consommation. Pourquoi notre société va mal et pourquoi il y a tant de gens qui ont recours à ces dérivatifs.

Vous avez le sentiment que la mobilité et la sécurité ont occulté le reste ?
Moi je regarde mon bilan avec le stade Marcombes, avec le gymnase Édith Tavert, avec le centre Gisèle Halimi, je pourrais multiplier… le jumelage avec Krementchouk. Je ne crois pas avoir démérité, je ne crois pas que mon bilan est catastrophique. Je ne fais pas non plus de gloriole en disant que j’ai tout réussi. Je viens de dire que sur le régalien, sur la transition écologique et ses conséquences dans la vie quotidienne on n’a peut-être pas été assez bons. Pour l’instant on a le contrecoup de l’événement. Mais oui quand ce contrecoup va passer, quand les mois, les années vont passer, je pense qu’il y aura un regard plus positif sur mes mandats.

Vous devenez en ce 27 mars le leader de l’opposition clermontoise, vous souhaitez poursuivre ?
J’ai toujours dit que j’aimais bien la marque qu’on pouvait laisser, donc je serai plutôt rassuré. Après, moi je n’ai pas encore arrêté ma vie politique. Je vais siéger au moins un temps dans l’opposition, je verrai l’ambiance. Je serai vigilant pour qu’il n’y ait pas d’atteinte aux services publics : les infirmières scolaires, les cantines gratuites qui sont quand même aujourd’hui… vous savez 50 % des enfants qui payent moins de 1 euro. Tout ça je vais le regarder, je vais regarder ce qu’ils en font. Je dénoncerai quand je considérerai que c’est une atteinte à l’avenir de l’intérêt des Clermontois, je voterai pour quand je serai convaincu et favorable. Je rappelle d’ailleurs tout ça pour… puisqu’on commence à sortir de la campagne et de tout ce qu’elle a d’exacerbé, que 80 % des délibérations d’un conseil municipal durant un mandat sont votées à l’unanimité. Donc tout ça devrait continuer.

Vision de la gauche et nouvelle vie d’Olivier Bianchi

Le bureau de maire de Clermont est désormais vide. Y a-t-il des choses que vous regrettez de ne pas avoir fait ?
J’ai dit le dimanche soir que j’avais pas de regrets, je voulais dire que je ne suis pas aigri, pas amer. Après, je vais certainement évoluer. Il est certain que sur la question de l’insécurité, j’ai le regret de ne pas avoir été plus rapidement convaincu que j’avais des choses à faire en plus que ce que j’avais décidé, et de ne pas avoir convaincu que j’étais mobilisé sur le sujet. Ça c’est un vrai regret.
J’ai un autre regret, mais ça c’est intime, c’est celui de la Capitale Européenne de la Culture. Parce que je pense que ça aurait été pour Clermont une formidable chance. Mais voilà, il y a un jury, quoi qu’il en soit. Je n’ai pas de regret d’avoir concouru, parce qu’il y a des gens qui pourraient dire : “Finalement, il ne fallait pas le faire, c’est de l’argent jeté en l’air”. D’abord, ce n’est pas de l’argent jeté en l’air, il y a des héritages de tout ça. Je pense par exemple que les quatre expositions sur les arts asiatiques avec le musée Guimet, c’était grâce à la capitale  et ça va durer quatre ans.

Pourtant vous n’avez pas voulu reprendre la parole après, au risque d’essuyer le reproche d’avoir jeté l’argent par les fenêtres
Oui, mais parce que je ne cache pas que ça a été une blessure personnelle. Parce qu’il faut la relire à l’aune de ce que je viens de dire, c’est-à-dire que depuis 95 je suis engagé sur la question culturelle. En 2001 je deviens adjoint, en 2008 je me rappelle d’ailleurs de la polémique avec Télérama, ce qui prouve que j’étais extrêmement attaché à ce sujet. La Capitale ça aurait été la reconnaissance de 10 ans de politique publique culturelle.
Mais il y a un moment qui va être pour moi un moment clé, ça va être l’ouverture de la grande bibliothèque. Alors je ne sais pas si la grande bibliothèque… je ne sais pas si elle portera mon nom puisque je ne suis pas encore mort… je m’en moque un peu, je préférerais rester vivant. Mais par contre je sais que j’en serai un usager assidu. Donc je me dis qu’au fond ce qui importe, c’est pas ce que les gens disent, c’est ce que les gens vont vivre dans des choses que j’ai pu mettre en place avec mes colistiers, avec mes adjoints, avec mes équipes, avec mes services.

Ce weekend on a vu que le bleu prenait beaucoup de place en France. Il y a eu une période où tout était à gauche autour de Clermont… aujourd’hui tout est à droite. Quelles sont pour vous les raisons de ce revirement ?
D’abord il y a une droitisation de la société. Enfin je veux dire, un : il y a une droitisation effective, elle se traduit par exemple dans cette élection par le fait qu’il y ait une porosité des électeurs entre la droite et l’extrême-droite. Mais c’est aussi ce qui se passe à Nice, on pourrait multiplier.
Il y a une bataille culturelle qui a été gagnée par des acteurs que j’appellerais réactionnaires pour ne pas être trop… mais notamment c’est CNews, c’est Europe 1, le JDD, le travail de ces grands groupes et de leurs chefs qui ne se cachent pas d’un projet de société réac. Donc ça c’est la deuxième raison.
Et puis à Clermont, parce que tout ne vient pas des autres, il y a une usure de la gauche. C’est-à-dire que, vous savez, quand vous êtes trop longtemps tous au pouvoir et que vous avez tout, bah il y a un appauvrissement de la pensée, un appauvrissement des talents.

La gauche s’est trop éloignée des électeurs ?
Oui c’est la quatrième raison, nationale et locale : la gauche ne parle pas aux gens aujourd’hui. Elle est vide intellectuellement. Enfin moi je le dis très tranquillement, autant au niveau local on peut continuer à avoir des acteurs, et je vois des grands maires de gauche qui portent des projets pour leur ville, autant le Parti Socialiste, puisque c’est ma maison, intellectuellement  n’est plus là. On pourrait faire un micro-trottoir ensemble : “Qu’est-ce que pense le PS sur l’Europe ?”, “Qu’est-ce que pense le PS sur l’éducation ?”, “Quel est le projet du PS pour le modèle économique, pour le modèle social, sur la défense ?”… Par exemple, des sujets dont on parle assez peu mais aussi sur les nouvelles technologies, sur l’IA, sur ce que ça va engendrer, sur la génétique, sur la santé…

Vous en avez parlé avec les instances ?
J’ai eu l’occasion de dire à Olivier Faure hier, plutôt que de parler de “pour ou contre LFI”, “pour ou contre la motion”, “pour ou contre la censure”, “pour ou contre ceci”, on ferait mieux d’abord de se remettre à travailler. C’est ce qui m’avait d’ailleurs amené à soutenir Boris Vallaud qui, au congrès, me semblait être celui qui portait un peu ce désir de retour à une réflexion. Faut défricher les dossiers, faut reprendre les projets. Il y avait une politique culturelle dans les années 80, et moi j’en étais un héritier. Il y a une politique éducation nationale pendant des années. Mais aujourd’hui, bien intelligent celui qui pourrait dire quelles sont les positions de la gauche social-démocrate sur ce sujet.

 Le décès de Lionel Jospin le jour du second tour n’est-il pas un symbole fort ?
 J’ai fait un tweet en disant que c’était un signe. Je crois qu’en plus c’est marrant, parce que c’était aussi l’homme de la gauche plurielle. Moi j’avais fait les “Assises de la transformation sociale” et je me rappelle bien de tout ça parce que je suis un vieux militant. Assises de la transformation sociale, mise en orbite des premiers acteurs de l’écologie, du socialisme ensemble, du communisme. Par exemple localement c’était Danielle Auroi qui incarnait ça aussi. Et donc la mort de Lionel Jospin c’est la mort enfin d’un socialisme voilà, et c’est la mort de la gauche plurielle. Et donc aujourd’hui nous sommes dans un bal des egos. On peut quasiment considérer que si la gauche ne trouve pas une solution pour avoir un candidat unique, et si vous avez un candidat écolo, un candidat communiste, un candidat socialiste, Glucksmann, Ruffin et Mélenchon, bah je peux vous annoncer d’ores et déjà qu’en 2027 le Président de la République sera d’extrême-droite à… quasiment assurément, ou d’une droite mais certainement pas de gauche.

Ce vendredi vous quittez la mairie, fin avril la métropole et vous redevenez un citoyen clermontois. Vous êtes né à Paris, vous avez des origines italiennes, vous avez bougé parce que votre père travaillait à la SNCF. Malgré tout vous restez profondément attaché à Clermont ?
Ah oui ! Mais moi j’adore cette ville, d’abord, et j’adore ses habitants. Et puis ma vie s’est construite ici. Mon fils est en fac ici, il fait ses études de recherche ici. Sa mère est ici, ma compagne travaille ici. Donc moi je vais rester ici. Déjà la première chose, je ne déménage pas, je ne quitte même pas Clermont, je reste dans ma rue et on se croisera les uns les autres.

Et quelle va être votre nouvelle vie ?
Je vais retourner travailler, parce qu’il faut évidemment avoir une existence. Puis je reste présent dans le champ public, à la fois comme homme d’opposition municipale et métropolitaine — enfin métropolitaine je ne sais pas encore. Et du coup je parlerai, je militerai… En résumé, on ne fait pas 30 ans d’action publique pour tout lâcher. Moi j’ai toujours été étonné par ceux qui se réveillaient, c’était le “syndrome Macron”, à un certain âge de leur vie et tout d’un coup se disaient : “Bon bah maintenant c’est comme un hobby, je ne me suis intéressé qu’à moi mais je vais m’intéresser aux autres et je vais me lancer en politique”. Ça m’a toujours un peu surpris parce que je trouve que la politique c’est une sorte de sacerdoce dans lequel on s’inscrit très jeune, très longtemps. Et donc à l’inverse, un sacerdoce ça ne s’abandonne pas, on ne pose pas l’habit, comme on dirait, on ne défroque pas, parce que tout d’un coup on n’a plus les responsabilités. On continue à être un homme de conviction. Donc moi je vais être un citoyen effectivement comme les autres, mais en même temps attentif à la vie publique et sûrement acteur, à ma place, de toujours de cette vie publique.

On vous verra en citoyen, profitant des allées du Cardo, assis confortablement en train de bouquiner un livre d’histoire ?
Voilà, que j’aurais acheté dans ma librairie préférée. Et on me verra à la bibliothèque régulièrement, dans des bars et dans des restaurants comme tous les Clermontois, faisant mes courses à Noël prochain au centre Jaude… Enfin je peux multiplier à l’envi. Faisant mes courses dans mon supermarché parce qu’il faut bien que j’aie des yaourts pour mon petit-déjeuner et mon café. Et puis je participerai à des manifs, j’irai… enfin des manifs de tout ordre. J’irai à des spectacles. Je vais aussi retrouver un peu de temps pour moi. J’ai de la tristesse, mais j’ai aussi une forme de légèreté. C’est-à-dire que je viens de poser un certain nombre de responsabilités, d’obligations, qui vont maintenant se porter sur le prochain personnage qui sera assis dans le bureau, qui s’appelle Julien Bony, et c’est lui qui va devoir incarner le maire avec tous les devoirs et toutes les obligations, les grandeurs et les servitudes de la fonction.

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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