L'Essentiel
7 Jours à Clermont : Ingrid, peux-tu nous décrire ton parcours ?
Ingrid Balestrino : Déjà, je suis passionnée d’équitation depuis toute petite. Puis par la suite, tout en gardant l’équitation à côté, je me suis dirigée vers le métier d’éducatrice spécialisée. J’ai toujours emmené des jeunes à découvrir le milieu équestre. De par mes observations et mes expériences, j’ai passé le diplôme de BPJEPS équitation, pour consolider ces accompagnements auprès des chevaux.
7JàC : Comment as-tu trouvé ce lieu où le temps semble s’être arrêté ?
Ingrid Balestrino : Après avoir travaillé à Chazeron, j’ai cherché un lieu pour pouvoir poursuivre mes projets avec les chevaux qui allient médico-social (accompagnement de la personne en difficulté), et le centre équestre. Je voulais rester dans cette région que je connais bien, où j’ai ma clientèle également, et après plusieurs recherches, je suis tombé sur ce lieu, en plein hiver.
« Un lieu de rencontre et de partage où chacun avance à son ryhtme »
7 Jours à Clermont : C’est un lieu où il se passe plein de choses autour du cheval ?
Ingrid Balestrino : Je veux que ce soit un lieu de rencontre et de partage avant toute chose, où chacun avance à son rythme et se sente à l’aise. Quel que soit son parcours, sa différence, nous pouvons tous nous retrouver autour du cheval. Sur cet endroit qui date du 14e siècle, et qui a toujours été occupé, il était important de continuer à l’animer et à le faire vivre. Il y a aussi un projet de jardin avec les enfants qui permet de travailler sur les repères (cycle de la vie, les saisons) et il y a la présence des ruches pour faire du miel. J’ai également un vaste projet d’hébergement pour différents publics.
7JàC : Tu accueilles pas mal de public de la région de Clermont- Ferrand ?
I.B : L’idée, dans la mesure de mes possibilités est d’accueillir tout le monde. Je ne me suis pas fermée à une problématique en particulier. Ici, il y a des enfants qui présentent de la déficience intellectuelle, des troubles du comportement, d’autres qui viennent d’un CER (centre éducatif renforcé), des jeunes de l’ITEP et des adultes qui ont des vulnérabilités psychiques. Ici, c’est un peu une parenthèse, on profite du cadre, du lieu, de l’eau qui coule, des chants des oiseaux. C’est un espace où tout le monde se croise. La notion de différence s’atténue et disparaît le temps d’un instant. Il faut penser (panser) le lieu et penser (panser) la rencontre avant toute chose.

« Le cheval est un animal non jugeant »
7JàC : On parle aussi pas mal d’équithérapie. Quel est ton avis dans ce domaine ?
I. B : Je suis partie du principe que l’équithérapie, je ne pouvais pas la pratiquer toute seule. J’ai mon diplôme d’éducatrice spécialisée, j’ai mon savoir d’enseignante d’équitation et il est important pour moi, dans cette thématique de soins avec les chevaux, de s’appuyer sur les équipes de professionnels. C’est la complémentarité de tout ce travail mis en commun qui va permettre à la personne d’avancer. C’est cela à mon sens qui décrit l’équithérapie.
7JàC : Le cheval accompagne l’humain depuis la nuit des temps. Quels sont ses apports auprès de l’homme ?
I. B : Le cheval est un animal non jugeant et les bénéfices sont multiples. Cela est aujourd’hui prouvé scientifiquement. C’est un animal apaisant, comme le décrit la littérature. Tout se joue également au niveau du positionnement de la personne. Si cette dernière est en retrait, c’est le cheval qui va venir la chercher. Au contraire, si la personne s’impose trop fortement, le cheval va partir. Tout est question de sensibilité pour que la rencontre puisse se faire. Le point prioritaire est de rechercher le bien-être et par la suite tout cela va pouvoir s’articuler, tout en respectant le rythme de chacun. Ici, nous prenons le temps d’être avec, de profiter de ce moment, où grâce à l’animal, tout devient plus supportable, et apaisé. Il m’est arrivé de travailler avec des enfants qui pouvaient s’automutiler, et le cheval amène son aide précieuse par sa présence, et son calme. Il permet d’abaisser les tensions, et d’ébaucher doucement quelques stratégies de participation. Nous laissons faire les choses. Il n’y a pas de consignes, rien n’est imposé. Nous laissons le temps que la relation s’installe tout en mettant la personne en sécurité.
7JàC : Pour conclure Ingrid, en ces temps troublés pour l’éducation spécialisée, on souhaiterait qu’il s’ouvre plein de lieux comme celui-là ?
I. B : Ici les choses se font de façon naturelle et sans jugement. Je pense qu’au niveau du médico-social, il y a besoin de sortir de cette pression qui impacte les travailleurs sociaux en voulant absolument faire du chiffre et des résultats.
L’actualité nous le montre bien d’ailleurs. Il faut retrouver de l’humain et revenir au cœur de ce qui fait sens dans ce métier d’éducateur spécialisé, basé sur la rencontre avec l’autre. Et le cheval est un bon levier pour y parvenir.













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